Chapitre 8

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Ce jour-là, il faisait chaud. Pas cette chaleur torride dont j'avais acquis l'habitude à Libra Sincera. Non, l'atmosphère était d'une chaleur douce, favorable à une longue promenade dans les champs, à une baignade dans le lac, ou simplement, à une sieste sous l'ombre délicieusement fraiche d'un arbre.

Depuis mon arrivée, Aidan avait pris l'habitude de me réveiller discrètement aux aurores, tandis que tout le monde était toujours sous l'emprise du sommeil, pour m'entrainer avant de partir à l'académie. Il m'obligeait ainsi à me lever, à m'habiller et à me préparer en silence, pour finalement sortir dans la douce rosée du matin, le suivant de près.

C'est ainsi que je marchai doucement sur le sentier parsemé de cailloux, regardant devant moi la silhouette longiligne et élancée du garçon se dessiner de plus en plus vaguement entre les ombres que projetaient les arbres sur nous. Ce rituel étrange entre nous durait depuis mon arrivée, et à chaque fois, entre entrainement physique et magique, Aidan m'aidait à affiner mes capacités. Quelques mètres plus loin, nous arrivâmes à une clairière baignée dans les chauds rayons du soleil qui filtraient à travers les arbres alentours. Un silence total s'accaparait les lieux, comme à l'habitude.

Aidan s'arrêta, et je freinai moi-même, quelques pas derrière lui. Il se tourna vers moi et annonça :

– Aujourd'hui, on va non seulement travailler sur le plan physique, mais aussi sur le plan émotionnel. On commence par le physique ?

Je souris. Je savais exactement ce qu'il allait dire, étant donné qu'il répétait le même ordre depuis le commencement de mes entrainements.

– Frappe-moi, fit-il.

Je m'exécutai. J'essayai d'enchainer les coups les uns après les autres, mais mon incroyable capacité à en éviter n'était absolument pas la même quand il s'agissait d'en attribuer. Il prévoyait toutes mes attaques, et les bloquait toutes sans exception.

Et alors que j'étais occupée à essayer d'atteindre son visage, il m'asséna un coup de pied qui me fit basculer en arrière. Mon pied heurta une racine, et je titubai avant de m'étaler sur mon dos par terre. Il s'accroupit à côté de moi, bloqua mes jambes à l'aide des siennes, et maintint mes mains au dessus de ma tête d'une poigne ferme, s'appuyant sur l'autre bras, son visage à quelques centimètres du mien.

– Maintenant, me murmura-t-il à l'oreille, si j'étais un de tes très chers ennemis, tu serais déjà morte.

Son souffle chatouilla ma nuque, et je frissonnai. Mon regard se posa sur ses lèvres, puis remonta le long de son visage apollonien, scrutant chacun de ses traits fins, avant de s'arrêter sur ses yeux hypnotiques. J'avais chaud, et ce n'était nullement à cause de l'effort. Il sourit, et je me rendis compte de la situation inconfortable dans laquelle nous nous trouvions.

Je souris à mon tour, et, se rendant compte du ridicule du moment, il recula lentement, me libérant par la même occasion. Je me redressai, horriblement consciente du rouge qui m'était surement monté aux joues.

– J'ai deviné ton point faible, annonça-t-il entre deux gorgées d'eau.

– Ah.

J'aurais souhaité pouvoir répondre quelque chose de plus constructif, mais mon état post-hypnose ne me permettait guère de faire un usage total de mes capacités cérébrales.

Il s'approcha de moi, et je levai la tête afin de pouvoir voir son visage.

– Tu te laisses trop influencer par ceci, chuchota-t-il en pointant mon cœur du doigt.

Un mélange de sentiments entremêlés se manifesta en moi. Je me sentis confuse, heureuse, et émotionnellement ébranlée. Aidan continuait à me regarder fixement. Il posa une main sur chacune de mes épaules et murmura :

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