Suite
Le vent frais soulève agréablement mes cheveux en une longue ondulation pendant que sous moi l'étrange bestiole qui ressemble à quelques détails près à celle que j'ai aperçue en rêve bat machinalement de ses ailes immenses fendant le ciel naturellement et aussi facilement que si elle n'avait porté aucun passager.
– Rappelle-moi pourquoi je suis suspendue à mille mètres de haut sur une sorte de dragon croisé avec du cristal ?
Rynuvia a un léger rire de gorge qu'elle ne possède plus avant de me répondre :
– Les Vokoatos qui nous ont trouvés sont des Sentinelles, ils ont comme particularité de détecter les pouvoirs nouveaux dans un certain périmètre et lorsque c'est le cas de rapatrier les novices vers un lieu de recensement où on scanne leurs capacités avant de les envoyer vers des centres d'apprentissage spécialisés.
Je pousse un long soupir et regarde le sol à un millier de mètres en contre bas avec la brusque envie de sauter. Juste pour voir... Peut-être que l'Amoliar sur lequel je suis juchée derrière son maître légitime me rattrapera-t-il avant que je ne touche terre ou bien peut-être que le pouvoir ignoble et inhumain qui grandit en moi s'en chargera-t-il ? Oui je me demande, et si je tombais ? Qui serait là pour me rattraper ?
– Arrête avec ce genre de pensées Rubis, je ne plaisante pas. De plus se donner la mort pour un Vokoato est presque aussi impossible que de rétablir un jour l'ordre entre les différents royaumes.
J'ai une grimace, vexée, avant de répondre :
– Rien n'est impossible avec un minimum de bonne volonté et d'acharnement...
°○°○°
Un grondement lointain de bête me fait frissonner de la tête aux pieds alors que lentement l'Amoliar qui me sert de véhicule entame sa descente. Le temps que nous avons passé en l'air m'a semblée durer des heures avec Rynuvia qui ne cessait de me rabâcher la même chose. Paraît-il qu'il faut que je sois polie, correcte, et surtout que je m'exprime en vokoato si je ne veux pas que les personnes qui s'occupent de classer les nouveaux arrivants ne me prenne en grippe. J'ai un soupir las.
Le grondement inquiétant du sol lorsque la bête que je chevauche s'y pose me fait froncer les sourcils et me recentre sur la réalité, ma réalité désormais. Une réalité peuplée de monstres à visage d'hommes et de bêtes à regard d'hommes. Alors mon cerveau déraille et je me demande comment l'animal qui m'a transporté peut voler si une fois au sol la terre peine à le supporter. Ces bêtes sont de vraies machines de guerre, malgré la douceur presque poignante de leurs regards...
Absorbée à mes pensées ce n'est qu'une fois le pied à terre que je remarque mon environnement on ne peut plus étonnant. Le manoir devant lequel nous avons atterri est construit avec des pierres blanches lumineuses sur lesquelles poussent d'immenses plantes orangées qui font d'autant plus ressortir la blancheur immaculée de la construction que la noirceur consommée de l'herbe courbée qui l'entoure. Autour de moi les autres bestioles se posent et des Vokoatos habillés différemment des Sentinelles arrivent en courant avec pour but apparent de s'occuper de ces merveilleux prédateurs. La vision que j'ai actuellement de ce monde, de mon monde à présent, m'arrache un sourire joyeux. Comment un endroit dont l'existence repose sur des pouvoirs aussi destructeurs peut-il être aussi beau, paraître aussi vivant ? Dans ma poitrine mon cœur bat la chamade et cette constatation m'étonne. Pourquoi est-ce que j'ai l'impression d'être intimement liée avec cette maudite planète ? Pourquoi est-ce que son histoire, son existence me remue-t-elle autant ?
Je suis encore en train de me poser mille et une questions lorsque, suivant le mouvement des six sentinelles qui m'ont découverte à mon arrivée sur la planète, je me retrouve plongée dans un immense hall tout en pierres brillantes et colorées. La bouche encore ouverte d'étonnement je ne peux m'empêcher de faire une sorte de bond ridicule lorsqu'une alarme stridente se met en route et commence à me vriller littéralement les tympans. La panique s'insinue lentement en moi alors que je me recroqueville pour tenter d'échapper au supplice que représente ce son. Que se passe-t-il ? Subissons-nous une attaque ? Quelques secondes après mon arrivée ? Si ça, ce n'est pas une poisse monumentale...
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Rubis - I. Renaissance
FantasyLe destin. Quelle belle connerie. Sérieusement, qui croit à ce foutoir ? Moi, en tout cas je n'y croyais pas. Je n'y ai jamais cru. Je suis une orpheline, abandonnée par ses parents. Mais ça on s'en fout. Parce que le problème c'est que, même s'ils...
