Assise sur le dos de mon fidèle animal je ne peux m'empêcher de penser : et rebelote. Sous moi, l'étrange masse colorée d'Iris s'éloigne lentement au fur et à mesure que nous nous envolons vers cette planète morne et morte qu'est Ouranos. Alors que nous entrons dans l'espace et que l'air disparaît, une bulle magique m'englobe automatiquement et le voyage continue. Voguer au milieu de l'espace sans aucune barrière physique a quelque chose de terriblement grisant. Au sein de cette noirceur sans consistance, la moindre seconde paraît... volée, arrachée à l'immensité du temps immémorial qui règne ici. Le moindre souffle ressemble à un sacrilège et l'étrange impression que j'ai de flotter ne fait que me rendre plus vulnérable à la toute-puissance de cet endroit. Me concentrant, je me détourne de mes sentiments pour me centrer sur ce qui m'attend une fois arrivée sur cette chère planète sombre. Le plan établi avec mes amis reste plutôt flou en ce qui concerne ma propre partie. Mais c'était voulu. Je veux pouvoir faire ce que j'estime juste pour protéger ceux que j'ai promis de soutenir. Cependant, je suis presque sûre qu'on ne me fera pas le meilleur des accueils. Il me faut quelqu'un à l'intérieur. Et j'ai déjà trouvé cette personne. Fermant les yeux je projette mon esprit à travers les liens dont j'ai découvert récemment la présence et, avec toute la délicatesse dont je suis capable, m'introduis dans l'esprit du prince des ténèbres dont je me sens étrangement proche alors que je suis encore à des milliers de kilomètres, perdue dans l'espace.
– Erèbe...
Il y a un moment de flottement avant qu'une réponse ne me parvienne.
– Rubis.
Il y a dans sa voix, même si celle-ci n'est qu'un souffle mental, tellement d'émotions contenues que je manque de flancher. Concentre-toi ! Je m'intime au plus profond de mon âme, inaccessible à quiconque. Je prends une grande goulée d'air en me préparant à ce qui va suivre puis lui annonce le plus calmement possible :
– J'arrive d'ici quelques minutes. Peux-tu m'indiquer un coin discret pour débarquer, je n'ai pas envie de finir en brochette avant d'avoir eu le temps de dire « Shiva ».
Ma blague ne le fait pas rire et il reste si longtemps silencieux que je ne crains qu'il soit parti.
– Erèbe ?
– Pourquoi Rubis ?
Sa réponse presque murmurée me fait frissonner. Parce que je ne suis pas stupide. Parce que je sens la puissance dans chacune des syllabes qu'il vient de prononcer. Mais surtout parce que je sens la violence de sa douleur. La discussion avec Yale me revient en tête, oui j'ai fait souffrir énormément de gens. Mais il n'est pas trop tard pour me faire pardonner, j'en suis persuadée. Je serre les dents et lui explique tout ce qu'il s'est passé depuis la dernière fois. En lui épargnant cependant mon épisode « dépression » très peu glorieux du retour sur Iris et mon récent égarement avec Yale. Je lui avoue la découverte du sombre projet de ma mère. L'alliance de tous les pays, la raison de celle-ci. Je n'oublie rien. Et il m'écoute sans jamais m'interrompre. Lorsque j'en ai fini, le silence s'étire s'allonge, prend dans mon crâne tout l'espace. Et je ne sais pas pourquoi, je ne sais pas ce qui me pousse à murmurer ça, mais les mots sortent de ma bouche sans que je ne fasse rien pour les en empêcher :
– Tu me manques, Erèbe, Prince des Ombres.
Il se décide enfin à rompre le vide qui m'entoure et me détrompe :
– Je ne suis plus prince. J'ai été couronné une semaine après ton départ.
Je reste un moment sans répondre, le temps de digérer la nouvelle et d'envisager tout ce qu'elle représente.
– Je... C'est super, félicitation... Mais... et... ta mère ?
Il pousse un soupir avant de répondre :
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Rubis - I. Renaissance
FantasyLe destin. Quelle belle connerie. Sérieusement, qui croit à ce foutoir ? Moi, en tout cas je n'y croyais pas. Je n'y ai jamais cru. Je suis une orpheline, abandonnée par ses parents. Mais ça on s'en fout. Parce que le problème c'est que, même s'ils...
