Chapitre 43 : L'Infirmerie

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En plus de la peur de mourir et de finir dans une chambre à gaz, François avait peur d'un autre bâtiment au sein du camp. Il était bien plus grand que les autres et, d'après les discussions que le français avait espionné, possédait un vaste sous-sol majoritairement composé de cellules d'isolement. Officiellement, le bâtiment était nommé "L'Infirmerie" mais à chaque fois qu'on y passait à côté, on pouvait entendre des hurlements et des bruits sordides.

Toujours en écoutant les bruits qui courent, le quadragénaire appris que cette infirmerie était beaucoup plus un laboratoire. Un laboratoire qui servait principalement au docteur du camp, un certain docteur Mengele. Il y menait des études sur des maladies comme la malaria, sur diverses thérapies et réactions physiologiques mais surtout sur le phénomène des naissances jumelles, si bien que lorsque des jumeaux arrivaient au camp, ils étaient emmenés directement à l'infirmerie.

Là où l'histoire devenait sordide, c'est que ces expérimentations étaient effectués sur les prisonniers du camp. Quand ceux-ci ne pouvaient plus travailler ou se blessaient gravement, il arrivait qu'au lieu de les abattre, les nazis les envoyaient à "l'Infirmerie". Et très souvent, les patients ressortaient aussi rapidement qu'ils étaient entrés car ils n'étaient pas parvenus à passer la nuit.

Il était assez difficile de croire aux rumeurs concernant les expérimentations mais avec tout ce qu'il avait vécu dans le camp, François ne se permit plus d'être sceptique. Et à chaque fois qu'il allait au travail, il passait devant ce maudit bâtiment duquel les bruits sordides n'avaient de cesse de sortir. Craignant de voir un musée des horreurs, il n'avait jamais osé regarder par les fenêtres. 

Mais il savait, il savait que c'était un musée des horreurs. Il en eut la confirmation presque par hasard : Un jour, deux prisonniers sortaient un corps sur un brancard recouvert par un drap. Mais l'un d'entre eux trébucha et révéla une chose immonde : Le cadavre du malheureux avait été atrocement mutilé. Ses yeux avaient été énucléés, des dents lui avaient été arraché, ses jambes étaient brisés au point de se plier à des endroits où cela n'était naturellement pas possible.

Sa peau était brûlée par endroits et des plaies purulentes avaient été faite de part en part. La vision de ce martyr confirma au français que, quoi qu'il puisse arriver, il ne fallait jamais tomber dans "L'Infirmerie". C'était, avec la Chambre à Gaz, les deux endroits qu'il craignait le plus dans le camp, et pour atterrir dans ces deux endroits, il y avait une seule et unique raison : Ne plus être apte au travail.

C'était pour cela que, malgré les coups de fouet, les passages à tabac et autres humiliations que François continua malgré tout de redoubler d'effort pour continuer à travailler, même si la tâche était largement pénible et qu'il était largement mal nourri. Depuis ces deux années, il s'acharnait à tout faire pour survivre mais cela ne fut pas sans conséquences, aussi bien physiquement que psychologiquement.

Physiquement, il avait affreusement maigri au point de ressembler aux prisonniers qui lui avaient fait horreur la première fois qu'il les a vu. Le manque de sommeil lui avaient creusé de très profondes cernes et ses muscles s'étaient petit à petit atrophiés. Les coups qu'il avaient subi avaient marqué son corps de plusieurs plaies dont certaines ne parvenaient pas à guérir à cause de la régularité des coups. D'autres n'avaient de cesse d'être purulentes et d'être douloureuses

Il se sentait de plus en plus fatigué, risquant de plus en plus de s'évanouir au fur et à mesure que le temps passait. De plus, à cause de l'hygiène déplorable, il était tombé malade et était fréquemment soumis à des nausées ou à des diarhées. Malheureusement pour lui, la seule eau à laquelle il avait droit pour boire était très loin d'être potable. Il avait de temps en temps des difficultés à respirer et avait souvent la gorge irritée.

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