Chapitre 30 : La Liste de Schindler

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Lorsque François entra dans le bureau, Oskar reprit le plus rapidement possible un visage assuré et sortit deux verres d'une commode :

-Ah, bonjour François, comment allez-vous aujourd'hui ? 

-C'est plutôt à moi de vous demander ça...

La réponse du français étonna l'allemand qui lui lança un regard interrogatif. Ne voulant pas révéler qu'il l'avait espionné, il décida de prétexter :

-J'ai vu Amon Goth sortir de votre usine et il ne semblait pas très...Comment dire...Serein...

-Oh, ça ! Non, il a juste quelques soucis avec  sa servante juive ! Et il m'a demandé de faire plus attention à cause de mon dernier séjour en prison !

-Ce ne serait pas plutôt avec les juifs que vous êtes en train de demander ? 

Un silence s'installa durant quelques secondes avant que le quadragénaire explique :

-Vous m'avez demandé de faire amener beaucoup de monde dans votre usine, monsieur Schindler ! Et si ça a attiré mon attention, ça a forcément attiré l'attention de certains membres haut placés chez les nazis ! Et, pour être franc, je ne crois pas vraiment que ce soit pour une discussion amicale qu'Amon est venu, je me trompe ?

La question était évidemment rhétorique pour François mais il voulait que Schindler lui révèle la vérité sur pourquoi il avait fait venir autant de juifs pour son usine. Le visage du chef d'entreprise refléta de plus en plus la compréhension de l'inutilité de mentir et  avoua alors :

-vous avez raison, monsieur Resses... J'ai été imprudent... Trop imprudent...

Sur ces mots, il ouvrit un tiroir de son bureau et sortit une liasse de papiers qu'il tendit au français. Intrigué, ce dernier les prit et constata que c'était une liste de noms. Une énorme liste de noms dont la majorité sonnait de manière israélite. Plusieurs questions fusèrent dans sa tête alors que le patron commença à expliquer :

-Ceci est la liste de mes employés...Les employés que je compte faire venir de divers camps pour les amener dans mon usine...Je comptais faire monter une usine d'obus dans un pays étranger, loin des camps, pour pouvoir mettre ces gens à l'abri...

Sur ces mots, le chef d'entreprise se servit un verre en ayant un rire mer :

-Mais on ne m'a pas laissé le choix...Je vais devoir faire cette usine en Tchécoslovaquie...Là où règne ce boucher de Heinrich Reynhard...

-Oskar...Combien de gens y a-t-il sur cette liste ?

-Oh, eh bien, selon les comptes de mon secrétaire, nous sommes à mille cent noms...Mais je dois encore rajouter la servante d'Amon, je ne veux pas qu'elle reste auprès de lui...

En entendant le nombre exorbitant,  François eut beaucoup de mal à le croire. Même s'il avait des amis haut placés, jamais Schindler n'aurait pu négocier la sortie d'autant de noms, ce qui l'amena à se demander :

-Comment vous avez fait ? Tous ces noms...On n'a pas pu vous les céder comme ça ! La seule manière  aurait été à la rigueur de...

Tout à coup, alors qu'il allait le dire, une chose frappa François qui se mit à regarder autour de lui. Il n'y avait jamais fait attention mais, depuis la première fois qu'il était venu, il manquait beaucoup de choses. La pièce était beaucoup plus austère, comme vidée d'objets de valeur et de décorations prestigieuses. En ayant fait ce constat, la réponse lui devint de plus en plus évidente mais il avait beaucoup de mal à y croire :

-Vous...Vous les avez acheté ?! Tous ces noms...Vous avez dépensé de l'argent pour chacun d'entre eux ? Mais.... Mais combien...

-Si vous aviez été là quand j'ai eu cette idée, j'aurais été ravi que vous m'en empêchiez, monsieur Resses, plaisanta Schindler. Parce que mine de rien, ça m'a coûté une grosse fortune...

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