DIX-HUIT

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Chapitre dix-huit

Riverside, CA, États-Unis / Université UC - Mardi 25 octobre 2022, 12h20

LAKE

« J'arrive princesse. »

Je serre contre moi mon téléphone en poussant un soupir de soulagement. Mes yeux ont parcouru plusieurs fois ces deux mots pour m'assurer de son retour. Je n'ai pas eu besoin de dire grand-chose, je suis soulagée qu'il ne pose pas plus de questions avant de rappliquer.

Je suis surtout soulagée qu'il ne me considère pas comme une petite gamine en manque d'affection qui le quémande pour un rien ; il semble avoir pris ma demande au sérieux.

Assise sur le sol du bureau de Warren qui se trouve à l'arrière de sa chambre dans laquelle je n'ai pas vraiment le droit de pénétrer – j'ai toujours pensé ça depuis que ma mère est morte, j'essaie de rester le plus calme possible.

Je n'ai plus jamais eu le droit ou ni même pensé que je pouvais re venir dans cette chambre pour me rassurer comme je le faisant quand elle était encore là. Seulement, là, je ne pouvais pas rester seule. Mon père est allongé sur un transat dehors, alors je ne suis pas réellement seule mais il ne se doute encore pas un seul instant que sa fille est en panique totale, parce qu'il va finir par l'apprendre et en y pensant, ça me fait encore plus vriller.

J'essaie de respirer convenablement pour ne pas l'alerter s'il décidait de rentrer, ayant trop chaud ou je ne sais quoi. Je regarde son téléphone qui gît dans ma main posée au sol. Je pense que s'il apprend que j'ai trouvé le code qui déverrouille la porte de son bureau et en plus son mot de passe de téléphone, et que je m'en suis servi pour le déverrouiller et fouiller dedans, il risque de me punir à vie pour m'apprendre ce qu'est la vie privée. Mais je n'ai rien fouillé, je ne pense pas trouver grand-chose sur mon père. Je voulais juste le numéro d'Alcinder. Je reste persuadée que si je lui avais demandé, il aurait froncé ses sourcils épais, penché la tête sur le côté et se serait moqué avant de poser trois tonnes de questions. Je préfère nous épargner ça à tous les deux.

Quand enfin je reprends mon calme je décide de me remettre sur pieds, arrêtant de me cacher derrière son bureau. Je peine un court instant à trouver l'équilibre, ma tête se mettant à tourner. Depuis qu'Elena m'a ramené à la maison je n'ai pas arrêté de pleurer ; voilà bientôt trois heures et mes yeux me font mal, ma tête également. Je passe ma main sous mes yeux en essayant de fixer un point pour essayer de retrouver la possession claire de ma vision.

C'est d'abord flou jusqu'à ce que je lise distinctement le titre du document posé devant moi. Je vais bien, je dois juste prendre deux secondes pour m'assurer que je ne vais pas m'effondrer en plein milieu de la chambre de mon père. Mes doigts viennent effleurer les lettres en relief devant mes yeux.

« B R A T Y A ».

Je détourne les yeux, remarquant à quel point ce bureau est rangé. Mon père n'est presque jamais dedans, ça ne m'étonne pas. C'est sûrement le dossier qu'il traite en ce moment, une entreprise de je ne sais quoi...

Je ferais mieux de ne pas plus traîner là. Je repose le téléphone de Warren à sa place initiale et je me glisse hors du bureau vérifiant que la porte est bien fermée derrière moi. Je parcours l'espace entre la porte du bureau et celle de la chambre sur la pointe des pieds avant d'y coller mon oreille pour vérifier qu'il n'y a aucun bruit dans la maison. Je dois être prudente, Warren pourrait m'apercevoir à la sortie de sa chambre à travers les baies vitrées immenses du couloir qui donnent sur la piscine. Une chance pour moi, quand j'ouvre la porte, il est toujours allongé sur le transat dos à sa chambre. En vitesse je me jette presque dans le couloir en veillant à refermer la porte de sa chambre derrière moi, puis je me précipite dans ma chambre.

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