26 - YUTING

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Les murs de la chambre où Yuting venait d'entrer étaient couverts de talismans.

Des talismans de toutes les tailles, tous couverts de prières rédigées avec un coup de pinceau expert tant les caractères aijiro semblaient danser sur le papier de riz. Et là où il n'y avait pas de talismans, il y avait des amulettes. Clouées sur les portes, sur la fenêtre ; certaines se balançaient même du plafond. Il arrêta rapidement de compter le nombre de bougies blanches disposées sur l'unique meuble et autour du futon. Elles avaient toutes la même largeur mais avaient toutes été usées à différentes hauteurs.

Yuting avait l'impression d'être entré dans le temple d'un dieu maudit.

Un bruit rapide et sec de pans de portes qui coulissaient pour se fermer le fit sursauter et se retourner. Contrairement à beaucoup de personnes, voir Sora se tenir devant les portes qui les isolaient désormais dans cette pièce, le détendit.

— C'est donc cela ta cage ? demanda Yuting qui n'avait jamais mis les pieds ici.

Sora passa à côté de lui.

— Je n'ai pas de cage, lui glissa-t-il, je suis une cage, ajouta-t-il en le dépassant.

Yuting regarda l'homme s'asseoir en tailleur devant l'unique commode basse de la pièce. Un meuble qui semblait contenir tous les habits de Sora, et qui n'aurait pas pu contenir un des luxueux kimonos de Yuting. La Lanterne Blanche était l'exact inverse d'un temple aijiro, se mit à penser Yuting. A la Lanterne Blanche, la frugalité était un défaut, la sobriété était un défaut, la tempérance était une impossibilité... Et aucun vêtement ne tenait dans une petite commode. Peut-être le kimono gris et léger qu'il portait actuellement, se dit-il, car il n'avait pas pu traverser la zone démilitarisée dans son vêtement de soie dorée habituel. Il avait dû l'abandonner à contre-coeur, évidemment, car il se trouvait actuellement devant le seul être qu'il cherchait sincèrement à séduire dans un vêtement sobre en coton gris qui ne complimentait pas assez son teint de porcelaine, à son goût.

— Que fais-tu ici ? lui demanda Sora en posant ses mains sur ces genoux dans ce qui ressemblait à un rituel de méditation.

— Tu as commandé un host à domicile avant de partir de la Lanterne.

Yuting regarda les longs doigts couverts de bandages de Sora s'enrouler autour du ruban bleu qui nouait son chapeau sous sa mâchoire.

— D'où ma question, déclara calmement Sora en faisant doucement glisser les liens du chapeau entre ses mains.

Yuting sourit, une vexation amusante le traversait toujours lorsqu'il échangeait avec le sombre personnage qui lui tournait le dos.

— Tu as mis hors d'usage une trentaine de mes employés les plus costauds, lui répondit-il. Ils vont mettre au moins deux jours à s'en remettre, même avec les meilleurs remèdes de Kurage. Je n'avais plus personne de qualifier à t'envoyer.

Le ruban bleu tomba sur les larges épaules de Sora.

— Tu es venu juste pour me dire que tu n'as personne à me procurer ? Tu aurais pu t'éviter le chemin et m'envoyer un messager. Tes oiseaux voyageurs sont-ils également trop fatigués et pas assez qualifiés pour moi ?

Un rire nerveux échappa des narines de Yuting.

— Traverser la zone démilitarisée entre le Quartier Ouvert et la Vieille Ville n'est pas compliqué lorsque les gardes frontières en poste sont tous des clients à moi, répondit Yuting en ignorant volontairement la nonchalance présente dans la voix profonde de son interlocuteur.

Le gérant de la maison close sentait que son adversaire du soir était bien plus calme que d'habitude. Un calme qui cachait une tension absolument palpable dans l'air, une tension qui figeait presque les flammes de bougies.

LE MOIS DU VIDEOù les histoires vivent. Découvrez maintenant