Ce soir-là, Sora savait qu'il avait, pour la première fois, un objectif commun avec le dragon.
Aller chez l'apothicairerie Kurage pour découvrir qui était cette personne qui, soi-disant, était immune à sa malédiction.
La fin de notre union forcée est proche !
Se réjouit le dragon d'une voix émoustillée qui résonna jusque dans les pores des os de Sora.
Il n'y avait rien que l'homme attendait plus que de se libérer de cet esprit ancestral qui le rendait fou et inutilement immortel. Une fois qu'il aura rencontré la personne capable de le toucher, il aura également rencontré la personne capable de le tuer et ainsi de le débarrasser du dragon.
Il n'y avait plus qu'une vieille porte de verre et de bois qui le séparait de ce moment crucial. Il s'apprêta à la pousser lorsqu'une personne s'arrêta à quelques pas de lui.
Une femme qui protégeait ses cheveux bruns déjà trempés sous un toit qu'elle faisait avec ses mains. Sa respiration était haletante et ses joues rondes étaient rouges. Elle regardait fixement à travers la vitrine, derrière les bocaux de thés qui y étaient placés. Bien vite, elle secoua la tête comme pour reprendre ses esprits et repartit en courant dans une direction opposée ; sans même avoir remarqué que Sora était à côté d'elle tout ce temps.
L'homme rit à ricaner à voix basse.
Elle ne l'avait pas vu : lui ? De toute sa hauteur, dans toute sa splendeur ? Il semblait la voir partout et elle semblait ne jamais remarquer sa présence. Sa volonté n'attendit pas que sa raison le lui propose, Sora se mit à marcher dans la même direction qu'elle.
Que fais-tu ?! Notre destin est derrière cette porte !
Peu importe l'acharnement avec lequel le dragon voulait imposer ses exigences, Sora l'entendait à peine. L'homme n'avait jamais vu la fonctionnaire passer un bon moment dans ce quartier et il avait besoin de voir de ses propres yeux si cela serait différent ce soir-là.
La femme mit longtemps à arriver devant le restaurant qu'elle cherchait car elle évita soigneusement les raccourcis par les ruelles sombres pour ne prendre que les axes les plus éclairés. Mais, une fois arrivée devant le lieu, au lieu de se dépêcher d'y entrer, elle hésita. Elle finit par prendre une inspiration si grande que ses épaules se soulevèrent et que son expiration la propulsa droit dans l'établissement.
Qu'est-ce qui pouvait la troubler à ce point ? se demanda Sora en levant un sourcil. Un rendez-vous galant ? Avec ce satané Sternheart ? continua-t-il d'extrapoler.
Peu importe qui elle va voir ! Tu vas nous mettre en retard chez la vieille méduse !
Ignorant totalement le dragon, Sora s'approcha d'un groupe de valtais qui attendaient d'entrer dans le même restaurant. Ils le regardèrent d'un air suspicieux jusqu'à ce qu'il soulève les bords de son chapeau et dévoile ses longs yeux aux iris d'un bleu si profond qu'il flirtait avec l'infini.
— Vous m'attendiez, leur assura-t-il en les fixant dans les yeux jusqu'à ce que toute belligérance s'y dissipe. Hypnotisés, les Valtais hochèrent la tête. Rentrons alors, s'empressa d'ajouter Sora avant de rabaisser son chapeau sur son visage.
Le dragon soupira longuement.
Il me tarde que le Vide imminent me donne le dessus sur toi. Nous prendrons alors, enfin, de bonnes décisions !
Sora entra dans le restaurant aux lumières tamisées rouges et dorées. Il vit enfin ce qui stressait tant la fonctionnaire qui, à sa connaissance, n'avait peur que de deux choses : l'obscurité et... Warren Brightbourne. Évidemment, il aurait dû s'en douter.
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LE MOIS DU VIDE
FantasyLes brumes bleues de l'archipel Indigo murmurent que le retour du Mois du Vide est inévitable. Cette période redoutée est une épreuve de taille pour Nara, la leader désignée de la rébellion Aijiro. Alors qu'elle s'efforce de coordonner la résistance...
