Le nouveau bureau de Bel se trouvait dans le long couloir qui menait vers le bureau du Ministre de l'Intérieur.
La fonctionnaire se tenait debout devant son poste de travail, le regardant comme un cadeau attendu depuis longtemps qui s'avérait complètement empoisonné.
Elle n'arrivait plus à comprendre la société dans laquelle elle vivait, ni la façon dont les administrations valtaises fonctionnaient. Il y a un jour elle était adjointe du directeur, aujourd'hui elle était promue assistante. Elle comprenait bien que le Ministère de l'Intérieur était plus prestigieux que celui de la Mémoire, mais passer d'adjointe à assistante ? Cela lui paraissait carrément être une rétrogradation. On lui avait tendu un déchet emballé dans un papier cadeau en or, réalisa-t-elle.
— Votre bureau ne vous plaît-il pas ? demanda la voix lente de Waldemar Sternheart.
Bel sursauta en se tournant vers son nouveau chef.
L'homme l'impressionnait. Il représentait ce qu'elle désirait être. Assez haut pour prendre des décisions qui avaient un réel impact lorsqu'elles retombaient sur le peuple.
— Mademoiselle Khan ? la voix de Sternheart la sortit à nouveau de ses songes.
— Monsieur ?
— Manque-t-il quelque chose sur votre bureau pour que vous puissiez prendre possession de vos nouvelles missions ? Vous semblez chercher quelque chose que vous ne trouvez pas.
Bel était gênée. Elle ne pouvait pas lui dire qu'elle y cherchait la reconnaissance pour toutes ces années de loyaux services mais qu'elle n'y avait trouvé qu'une rétrogradation.
— Tout est parfait ! répondit-elle avec un sourire aussi grand que faux.
— Très bien, alors, dit-il en sortant une pochette de sa mallette. J'ai besoin que vous me traduisiez rapidement ces documents de l'aijiro vers le valtais, déclara-t-il en tendant la pochette à Bel. Avant qu'il ne la laisse l'attraper, il fixa ses yeux pâles sur elle. Je n'ai pas besoin de vous préciser que tout ce qui vous est demandé ici est d'une confidentialité extrêmement élevée, n'est-ce pas ?
— Non, monsieur le ministre.
— Tout ce que vous voyez, tout ce que vous entendez, tout ce que vous faîtes... Rien ne doit sortir des murs du ministère, Mademoiselle Khan.
Un spasme se forma au milieu des joues rondes de Bel. L'homme d'Etat l'effrayait un peu et elle n'arrivait pas à le cacher.
— J'ai bien compris, monsieur le ministre.
— Très bien, dit-il en la laissant attraper les documents. De toute évidence si vous ne tenez pas votre langue, je le saurai.
Il disparut dans son bureau laissant ses deux grands gardes se positionner devant les portes qu'ils venaient de fermer.
Bel avait l'impression que le départ de l'homme avait fait revenir l'oxygène dans la pièce et qu'elle pouvait à nouveau respirer. Elle s'assit, acceptant ainsi son sort. Au moins, pensa-t-elle, elle n'aurait plus à supporter les bêtises toxiques de Brightbourne dont les souvenirs flottaient autour d'elle telle une réminiscence de boule puante.
La fonctionnaire attrapa la pochette que Sternheart venait de lui donner et en sortit un des deux documents. Il semblait dater de l'Empire aijiro. Il y avait en haut à gauche la photo d'une personne très jeune, une fille de seize ans, lut-elle plus bas. Le document lui, avait dix-huit ans d'après la date qu'elle y avait trouvée. Cette adolescente avait donc aujourd'hui exactement le même âge qu'elle, réalisa la fonctionnaire.
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LE MOIS DU VIDE
FantasyLes brumes bleues de l'archipel Indigo murmurent que le retour du Mois du Vide est inévitable. Cette période redoutée est une épreuve de taille pour Nara, la leader désignée de la rébellion Aijiro. Alors qu'elle s'efforce de coordonner la résistance...
