La brume autour de la tête de Bel semblait s'être infiltrée à l'intérieur de son crâne.
Des nuées qui voilaient ses pensées et sa vue.
La femme avait dû régler la note sur ordre d'un Brightbourne qui s'était traîné hors du restaurant comme le poivrot que tout le monde savait qu'il était en jurant comme s'il était payé à l'insulte.
Pendant toute la soirée, Bel avait espéré pouvoir tout de même honorer l'invitation de l'apothicaire mais, à ce stade, elle espérait juste pouvoir rejoindre son lit rapidement.
Car en marchant dans la rue, elle réalisa que la terre tournait bien, elle tournait tout autour d'elle. Ce qui rendait de plus en plus dur le fait de se promener à sa surface.
Alors qu'elle regardait ses pieds pour avancer le plus stablement possible, une main se tendit vers elle. Par réflexe, et nécessité d'équilibre, elle s'y accrocha avant de soupirer. Persuadée d'avoir deviné le propriétaire de la main, elle grommela :
— Vous allez finir par croire que je n'arrive pas à tenir debout sans vous. Elle hoqueta et reprit : Mais, au risque de vous surprendre, cela fait 34 ans que j'arrive très bien à le faire.
Un rire chaleureux, connu mais inattendu, retentit en écho dans la tête de la femme.
— Que racontes-tu, Bel ? s'étonna la voix rieuse.
Les yeux de la fonctionnaire s'écarquillèrent autant que la fatigue le leur permettait encore. A travers les lumières blafardes des lanternes rouges qui éclairaient la rue, c'était son jeune collègue Victor Chantebrise qui lui tenait la main. Non l'être ténébreux, et extrêmement enquiquinant, qu'elle ne cessait de croiser récemment.
— Depuis quand est-ce que tu me vouvoies ? reprit son collègue, amusé. Laisse-moi te raccompagner chez toi, tu es complètement ivre.
Bel était juste assez consciente pour savoir qu'il avait raison. Le seul avantage que lui procurait son ébriété était de ne pas avoir à expliquer cette gênante méprise. Pourquoi avait-elle immédiatement penser que cette main ne pouvait pas être celle de quelqu'un d'autre que cet étrange dandy aijiro ?
Elle grimaça.
— Tu habites près du Quartier Administratif dans les nouveaux gratte-ciels, n'est-ce pas ? lui demanda Victor.
Bel hocha la tête.
— Ça n'est pas très loin, reprit le jeune homme, je pense que ça te ferait le plus grand bien de marcher.
Bel n'avait aucune intention de rentrer dans l'appartement que le ministère lui avait offert lors de son arrivée à la capitale ; elle détestait cet endroit. Elle n'arrivait ni à y manger ni à y dormir. Mais, elle avait encore assez d'esprit pour ne pas vouloir que ce collègue, qu'elle connaissait peu, sache qu'elle vivait chez ses parents. Elle n'avait aucune envie qu'un inconnu la ramène chez ses parents et qu'elle doive expliquer sa compagnie en plus de son état.
Bel se contenta d'accepter la proposition ; dans une vingtaine de minutes elle serait au pied de l'immeuble, il partirait chez lui et elle commencerait tranquillement la seconde partie de son périple vers l'île d'Ankabut où elle pourrait temporairement mourir jusqu'au lendemain.
Plus vite qu'elle n'avait osé l'espérer, ils arrivèrent devant le gratte-ciel blanc dont la pointe était perdue sous la brume bleue. Bel n'avait pas la carte qui permettait d'accéder à son appartement sur elle, ralentie par les vapeurs de liqueur qui continuaient d'embrumer sa cervelle elle se contenta de sourir poliment à Victor en espérant qu'il parte de lui-même. Mais Victor était d'humeur bavarde, il dit :
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LE MOIS DU VIDE
FantasíaLes brumes bleues de l'archipel Indigo murmurent que le retour du Mois du Vide est inévitable. Cette période redoutée est une épreuve de taille pour Nara, la leader désignée de la rébellion Aijiro. Alors qu'elle s'efforce de coordonner la résistance...
