Les brumes bleues de l'archipel Indigo murmurent que le retour du Mois du Vide est inévitable.
Cette période redoutée est une épreuve de taille pour Nara, la leader désignée de la rébellion Aijiro. Alors qu'elle s'efforce de coordonner la résistance...
Sternheart n'avait pas menti, il était venu à l'aube pour écouter Mizuki chanter.
La femme l'accueillit d'un air digne tentant de faire croire à son geôlier qu'il n'arrivait pas à l'affaiblir même s'il ne lui donnait ni à manger, ni à boire.
Malgré tout, elle devait se rendre à l'évidence : il avait le dessus sur elle.
Le vrai pouvoir de Mizuki ne résidait pas vraiment dans une force physique, bien qu'elle ait été élevée par une grand-mère qui croyait en l'éducation égale du corps et de l'esprit. Son pouvoir résidait dans les secrets de famille qui étaient cachés dans sa tête. La connaissance des plantes et de leurs pouvoirs, des astres et de leurs danses, des esprits et de leur langage et des mouvements que ses mains devaient faire pour les contrôler tous. Comme tous les Kurage avant elle, ses secrets de famille n'étaient utiles que s'ils étaient broyés, mélangés, filtrés, que s'ils bouillonnaient, brûlaient, fumaient puis étaient mangés, bus, étalés ou inhalés.... Dans cette cave Mizuki n'était qu'un livre de recettes : savant et immobile.
Sternheart, dans son costume noir en velours aussi chaleureux que lui, s'assit en face. Il regarda sa montre puis la regarda elle pour lui demander de sa voix lente :
— La nuit vous a-t-elle portée conseil ?
— J'ai effectivement réfléchi, répondit Mizuki. J'aimerais un avocat, vous n'avez pas le droit de m'arrêter ainsi, j'ai un laissez-passer.
Le Ministre soupira avant de déclarer :
— La nuit vous a porté mauvais conseil. C'est une bien médiocre chanson que vous me sifflez aux oreilles.
Il semblait prêt à se lever pour quitter la pièce.
— Vous ne pouvez pas me refuser un avocat ! reprit Mizuki. C'est un droit que tous les habitants de l'archipel ont. Vous ne pouvez pas faire ce que vous voulez !
— Je peux faire absolument ce que je veux, rétorqua catégoriquement Sternheart. Vous avez été un danger public hier soir à essayer d'entrer dans la demeure d'un Conseiller avant de vous jeter au milieu de la route. Je peux vous arrêter et vous questionner pour cela. Je peux vous dépouiller de tous vos droits si j'estime que cela va dans l'intérêt de la République. Je suis le Ministre de l'Intérieur et vous n'êtes qu'une vendeuse dans un magasin de farce et attrape. Il encra son regard d'une transparence profonde dans les yeux noirs de Mizuki et ajouta : en me faisant perdre mon temps, vous perdez également le vôtre. Dîtes-moi ce que vous vouliez dire au Conseiller Creedborne ou ne me le dîtes pas, je trouverai un autre moyen de le savoir ; si c'est si important.
— C'est extrêmement important ! s'exclama Mizuki incapable de contenir l'urgence de la situation en elle. C'est l'avenir de tout l'archipel et de toute vie qui est en jeu. Je pensais que vous teniez assez à votre fille pour comprendre cela !
— Et je pensais que vous teniez assez à votre vie pour comprendre que ceci n'est pas une négociation à armes égales, rétorqua l'homme dont le visage livide atteignait une perfection que seule une sombre peinture à l'huile pouvait traduire. Parlez maintenant et vous vivrez, continuez à jouer et vous périrez.
— Si vivre se ramène pour vous à me garder dans une cellule, ce n'est pas vivre.
— Votre mère semble apprécier.
La chaise de Mizuki bougea d'une dizaine de centimètres tant cette remarque l'avait poussé dans ses retranchements. Cependant, même si sa colère était intense, elle ne pouvait rien contre les liens toujours ficelés à ses chevilles et à ses poignets.
— Vous un être au cœur austère, Sternheart ! lui asséna-t-elle, les mots restant ses seuls alliés.
— Tout comme vous, déclara-t-il sans vaciller. Pour rencontrer un père qui ne vous a jamais cherché, bien qu'il connaisse certainement votre existence, vous seriez prête à mettre tout l'archipel en danger ?
Mizuki fronça les sourcils. L'homme parlait bien et cela le contrariait d'autant plus. Ce qu'il venait de dire l'avait d'ailleurs travaillé toute la nuit. Il était vrai que Waldemar Sternheart ne semblait montrer aucun signe d'abandon. Il était vrai que s'il envoyait ses hommes vers les bonnes personnes dans le Quartier Ouvert ce qu'elle avait à lui dire pouvait très bien lui être dit par quelqu'un d'autre. Il était vrai, aussi, que si elle n'informait pas les autorités du désastre qu'annonçait la Nouvelle Lune des milliers, voire des millions, de personnes allaient périr.
Mizuki s'était précipitée lorsqu'elle avait vu le novice entrer dans l'apothicairerie, sûrement beaucoup trop, car elle se retrouvait désormais dans une situation qu'elle n'avait pas vu venir. Elle pensait qu'avec une information importante et un laissez-passer valable les portes du manoir de Morcant Creedborne s'ouvriraient à elle ; même si elle n'était pas de pur sang valtais, même si elle n'était pas un fils.
Elle se rendait désormais compte que le destin n'aimait pas les mortels qui précipitaient leur fortune. Il avait les moyens de chambouler leur sort juste pour leur donner une leçon.
La femme ferma les yeux, pour enfuir ces pensées dans son inconscient. Lorsqu'elle les rouvrit, elle dit à Sternheart :
— Je vais vous dire ce que je sais mais, en échange...
— Je n'ai aucune raison de négocier avec vous, la coupa-t-il strictement.
— En échange, reprit Mizuki qui ne se laissait jamais facilement impressionnée, j'aimerais être celle qui vous aidera à résoudre l'équation que je vais vous poser.
Un des sourcils de l'homme se leva.
— Cela dépendra de l'équation que vous allez m'exposer, lui répondit-il clairement curieux malgré les milliers de masques de monotonie cachant les vrais traits de son visage.
— Si vous me laissez vous aider, lui dit-elle d'une voix déterminée, lorsque nous aurons terminé notre mission votre nom sera bien plus puissant que celui de mon père et je ne serai plus une menace pour vous. Vous serez l'homme le plus craint et le plus révéré de l'archipel.
L'autre sourcil de l'homme se leva pour rejoindre le premier.
Mizuki intercepta l'intérêt qu'elle vit émaner du regard limpide du Ministre. Elle lui demanda malicieusement :
— Ma chanson vous plait-elle désormais ?
🌑🌒🌓🌔🌕🌖🌗🌘
Chapitre très court ! Mais échange très important. 🙂
A ce stade, je ne sais pas de quel côté est Mizuki... qu'en pensez-vous ? Va-t-elle être la traîtresse ultime ou pas ?
⭐️ Semaine prochaine c'est le retour de Bel et Brightbourne ! Un duo que j'adore détester... 🥳
Merci à tous les lecteurs qui votent et commentent et merci aux lecteurs silencieux ! Je ne vous entends pas mais je sais que vous êtes là (ça fait un peu psychopathe 😬 mais on se comprend je pense). Bref, je vous aime tous pareil ! 🥰
PS : ON M'EXCUSE S'IL Y A DES FAUTES JE SUIS À FOND DANS L'ÉCRITURE DES NOUVEAUX CHAPITRES ET J'AI PEU DE TEMPS POUR RELIRE CE QUE JE PUBLIE ICI. JE RAPPELLE QUE C'EST UNE VERSION AVANT RÉÉCRITURE. 🙃
À la semaine prochaine ! 🩵
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