27 - TRUE

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True s'était fait violence. Afin de s'introduire dans le Quartier Ouvert sans attirer l'attention, il avait daigné porter un costume d'une simplicité insultante.

Ou, comme il l'aurait mieux décrit lui-même : un costume à la Sternheart.

En observant le tissu rêche et gris de son costume et la rigidité de la matière de sa chemise, True était persuadé que personne ne le reconnaîtrait ; il ne se reconnaissait pas lui-même. Il avait tout de même gardé son luxueux haut-de forme pour y cacher ses soyeuses mèches blondes. Il n'avait pas peur que les Aijiro le reconnaissent, les Aijiro n'avaient aucune idée de qui il était ; il n'avait pas peur que les Valtais le reconnaissent, les Valtais pensaient que tous les Faith ressemblaient à des caricatures abstraites d'humains. Cependant, depuis la coupure d'électricité dont il avait profité pour s'échapper de sa prison dorée, il y avait de nombreux gardes frontières qui patrouillaient sur l'île principale et, eux, risquaient de le reconnaître. True avait donc opté pour le déguisement du parfait fonctionnaire Valtais qui allait dépenser ses primes dans le Quartier Ouvert au lieu de les utiliser pour faire des cadeaux à son épouse.

L'homme se trouvait au milieu d'une foule mouvante, entouré par des établissements qui proposaient des services dont il n'était pas sûr de comprendre le but et des magasins dont il n'était pas sûr de comprendre l'intérêt. Mais, comme tout Valtais, il était extrêmement curieux de découvrir la culture aijiro qu'il avait tant appris à haïr. Il en était presque jaloux. C'était sûrement cette jalousie qui alimentait les regards méprisants qu'il lançait aux Aijiro qui croisaient son chemin. Cette attitude supérieure le faisait d'ailleurs parfaitement se fondre dans la masse de ses semblables qui fendait le brouillard indigo sous une lune presque absente.

Il arriva devant la vitrine de l'apothicaire que Nara lui avait recommandée lorsqu'ils étaient sur l'île de Consolation. True regarda ses mains, rien ne brillait plus sous sa peau mais il avait l'impression de la sentir, cette énergie qui dormait en lui. Cela le terrifiait mais cela l'intriguait encore plus. Il s'apprêtait à entrer dans la boutique lorsqu'il vit un panneau derrière la vitre de la porte d'entrée indiquer que le magasin était exceptionnellement fermé. True grimaça. La boutique qui n'était jamais fermée était exceptionnellement fermée au moment où il en avait besoin. Toute cette route, parcourue à pied comme un péquenaud, pour rien, pensa-t-il agacé.

— Monsieur ?

True baissa le regard vers la source de la petite voix qui semblait l'avoir interpellé. Une jeune fille aijiro se tenait à côté de lui avec un kimono brodé de lanternes blanches.

Il leva un de ses sourcils noirs.

— Est-ce à moi que tu parles ?

La jeune fille hocha la tête.

— Ma Maîtresse souhaite vous inviter à la Lanterne Blanche, dit-elle en désignant l'établissement aux lanternes virevoltantes.

True fronça les sourcils, sur ses gardes.

— Qui est ta maîtresse ? Et que me veut-elle ?

La jeune fille fit signe à True de se baisser pour qu'elle puisse lui chuchoter à l'oreille :

— Ma Maîtresse me fait vous dire qu'elle est une araignée qui attend qu'un fragile papillon vienne se prendre dans sa toile.

True ferma les yeux en se mordant les lèvres.

— Nara, maugréa-t-il entre ses dents.

L'homme se releva doucement et fixa la maison close qui apparaissait et disparaissait à travers la brume derrière la messagère. Il observa les nombreux Valtais qui gravitaient autour, aussi éméchés à l'entrée qu'à la sortie ; et les Aijiro qui y travaillaient, aussi hypnotiques que des fleurs drapées de lumière. Il ne put s'empêcher d'imaginer Nara dans ses vêtements de soie, maquillée aussi minutieusement qu'une précieuse pièce de porcelaine. True referma la bouche, il se râcla la gorge et marmonna en direction de la jeune fille :

LE MOIS DU VIDEOù les histoires vivent. Découvrez maintenant