La résidence d'automne des Doubtsworth avait tout d'une maison traditionnelle aijiro.
Elle était placée sur une colline de la Nouvelle Capitale dans un quartier où les Valtais plein aux as avaient leurs résidences secondaires. Semi n'avait jamais mis les pieds dans ce quartier, mais, grâce à Yuting, il se retrouvait désormais dans le maison d'automne de la femme la plus connue de toute la République.
La fille du défunt Guide du Conseil l'avait accueilli dans sa demeure avec une attitude qui traduisait beaucoup de choses, mais, pas de tristesse pour le deuil qu'elle était censée endurer.
Elle conduisit rapidement le leader des Nal-Ari dans ses appartements, une réplique presque parfaite de ce qu'étaient les appartements des princesses aijiro disparues à la chute de l'Empire. Les murs intérieurs et extérieurs de la demeure étaient faits de bois foncé et de parois qui coulissaient les unes sur les autres pour créer d'immenses fenêtres qui donnaient d'un côté sur la baie et de l'autre sur un jardin. Mais Cynefin emmena Semi dans une salle sans fenêtre, où se trouvait une immense collection d'objets aijiro. Des objets parfois aussi banales que des sandales ou des parapluies. Elle laissa l'homme tourner autour des différents présentoires en verre et des étagères en bois.
Semi sentait que la façon dont il regardait avec admiration ces objets qui appartenaient à sa communauté, ressemblait à la façon dont la femme aux longs cheveux roux le regardait : avec envie et passion.
— Qu'en pensez-vous ? demanda-t-elle à Semi.
Il s'arrêta devant une étagère d'antiquités de tous les jours.
— Quel âge ont ces objets ? demanda-t-il en observant particulièrement un parapluie.
La maîtresse de maison s'approcha et se mit à admirer ces choses de la vie avec lui.
— Près de 100 ans je dirais, lui répondit-elle.
Semi hocha la tête.
— Vous devriez vous en séparer avant leur centième anniversaire, lui conseilla-t-il en passant à l'étagère suivante.
Étonnée par sa remarque, Cynefin se lança sur ses talons.
— Ces objets ont été abandonnés par leurs propriétaires après la chute de l'Empire, lui expliqua-t-elle. A cause des lois de régulations de la culture au sein de la République, ils ont été jetés dans les rues, délaissés dans les maisons... ma famille les a sauvés de l'oubli ! Vous voulez que je les abandonne à nouveau ?
— Je dis ça pour vous, dit monotonement Semi, vous pouvez bien en faire ce que vous voulez.
Elle sourit, clairement attirée par la froideur qu'il avait à son égard.
— Ce sont des objets qui ont été interdits au point où plus personne n'en fait, dit-elle pour relancer la discussion. Ils sont rares et tout ce qui est rare a une valeur : comme vous.
Un souffle sortit du nez de l'homme. Elle l'avait traité de chose. Elle n'avait pas idée à quel point elle avait raison, pensa-t-il, à quel point il se sentait proche de ces objets qui avaient été jetés par leurs propriétaires car ils étaient devenus des fardeaux au lieu de rester des trésors. Toutes leurs années de service, oubliées, niées, effacées,... Il ne leur en voudrait pas s'ils se mettaient en colère le jour de leurs cent ans. Semi continua de circuler dans la salle où l'atmosphère était si pesante qu'elle semblait se refermer sur les gens malgré l'espace qui s'y trouvait.
Cynefin vint se placer à côté de lui au moment où il s'arrêta devant une étagère où il ne restait plus qu'une place. Semi était obnubilé par les trois masques mortuaires de guerriers qui se trouvaient exposés devant lui. Un masque du clan Ueda, un masque du clan Liu, un masque du clan Shin, ...
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LE MOIS DU VIDE
FantasíaLes brumes bleues de l'archipel Indigo murmurent que le retour du Mois du Vide est inévitable. Cette période redoutée est une épreuve de taille pour Nara, la leader désignée de la rébellion Aijiro. Alors qu'elle s'efforce de coordonner la résistance...
