48 - BEL

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Il y avait plus relaxant que de se retrouver sur l'île de Consolation un samedi matin.

L'air y était sec et poussiéreux et Bel avait hâte que cette semaine se termine car elle était épuisée. Contrairement à son chef qui n'affichait pas le moindre signe d'épuisement ; bien qu'il ait massacré une cinquantaine de personnes dans le plus grand des calmes la veille. Chose que la fonctionnaire n'arrivait toujours pas à se sortir de la tête.

Lorsqu'ils arrivèrent sur la base, Bel réalisa que les plages de cendres de l'île étaient presque romantiques comparées aux blocs de béton dans lesquels ils cheminaient désormais. Elle suivait le groupe d'hommes à travers les couloirs froids du bâtiment jusqu'à ce qu'ils arrivent devant une grande porte double en acier.

Lorsque le groupe entra dans l'immense salle que cachaient ces portes, Bel fut la seule à s'arrêter nette. Droit devant elle se dressaient d'énormes cuves dans lesquelles des créatures aux formes vaporeuses flottaient endormies, ou presque mortes. La femme savait que sur ces îles avaient toujours vécu des esprits mais elle était persuadée que ces esprits avaient toujours vécu libres et non confinés et utilisés pour l'énergie sacrée qui émanait d'eux.

— Vous ne nous suivez pas Mademoiselle Khan ?

La voix de Sternheart résonna plusieurs fois dans la cervelle de Bel avant qu'elle ne revienne à elle. Son visage trahissait sa surprise, elle n'arrivait toujours pas à bouger.

— Mademoiselle Khan ? répéta Sternheart, visiblement agacé.

Mais sa voix semblait toujours lointaine pour elle.

— Mademoiselle Khan ? maugréa-t-il, se tenant désormais juste devant elle, déversant la totalité de son aura antipathique sur elle. Qu'attendez-vous ? s'impatienta celui qui ne s'impatientait jamais.

Mais Bel n'arrivait pas à lui répondre ; fascinée, de la manière la plus intolérable qu'il soit.

Sternheart l'attrapa par le bras et se pencha vers elle avec un air intransigeant sur le visage.

— Vous allez immédiatement vous reprendre, lui ordonna-t-il les mâchoires serrées en l'emprisonnant sous son ombre.

Elle se doutait que la candeur qu'il lisait dans ses yeux l'énervait mais elle n'arrivait pas à sortir de cette torpeur. Elle sentit la main froide du Ministre se poser sur sa joue et son front se rapprocher du sien.

— Je vous ai fait venir ici pour que vous compreniez votre place, lui grommela-t-il au visage. Alors reprenez-vous. Nous ne sommes pas seuls, ajouta-t-il en faisant allusion à la dizaine d'hommes qui, par chance, étaient déjà descendus vers les cuves et ne pouvaient plus être témoins de la scène qu'elle lui faisait.

Bel sentit la main de Sternheart se crisper jusque sous sa mâchoire et dans sa nuque afin de l'acculer à sortir de son ahurissement.

Elle posa finalement son regard dans celui de l'homme, présente mais toujours bousculée par la situation.

— Peu importe ce que vous verrez à partir de maintenant, lui intima-t-il, je ne veux plus vous voir dans cet état.

— Oui, Monsieur, balbutia-t-elle.

Elle voyait bien sur le visage du Ministre qu'il n'avait plus grand espoir en elle lorsqu'il relâcha son emprise et l'incita à descendre pour rejoindre le reste du groupe.

— Quel est l'indice de stabilité des générateurs ? demanda-t-il autoritairement à l'équipe d'ingénieurs qui l'attendaient en bas des escaliers.

Alors que les ingénieurs s'affairaient à faire fonctionner les consoles aux pieds des cuves, Bel garda un visage fermé. Elle ne pouvait pas empêcher son cœur de battre la chamade à la vue de ces esprits captifs, vidée de leur énergie comme de vulgaires batteries.

LE MOIS DU VIDEOù les histoires vivent. Découvrez maintenant