Les visages des servants aijiro poussés de force dans le tombeau de Doubtsworth ne cessaient d'étouffer dans l'esprit de Bel.
La fonctionnaire avait beaucoup de mal à se concentrer sur les traductions que le Ministre de l'Intérieur lui avait demandées. Dès qu'elle pensait, elle avait l'impression de suffoquer.
La femme se leva de son bureau pour aller se rafraîchir dans la salle de bain privative du Ministre. Ce dernier n'était pas là, car les festivités mortuaires valtaises duraient des heures après l'enterrement. On mangeait et on trinquaient à la mémoire de celui qui était parti. Surtout lorsque celui qui était parti laissait à ceux qui restaient de belles opportunités
Bel se regarda dans le miroir tout en faisant couler l'eau dans le lavabo devant elle. Elle mouilla ses mains et les porta sur ses joues rouges de honte et de colère et, très certainement, d'impuissance. L'eau froide lui permit de faire redescendre la température de son corps mais elle ne lui permit pas de nettoyer ce qu'elle avait vu. Sa respiration semblait toujours coincée dans sa gorge, incapable de remonter vers sa tête, incapable de descendre vers ses poumons. Elle se mit à défaire avec difficulté les deux boutons du col de sa chemise. Elle avait toujours du mal à les défaire, surtout lorsqu'elle était pressée. Ils étaient si petits et si proches ; ses longs ongles finissaient toujours par s'entrechoquer sans arriver à les attraper.
Bel grogna.
Elle leva ses yeux vers le miroir pour essayer de mieux voir ce qu'elle était en train de faire. Elle aperçut dans son reflet deux grandes mains couvertes de bandelettes blanches glisser de derrière son col, de longs doigts osseux s'entremêlant avec les siens...
Elle laissa échapper un petit cri et sursauta en lâchant son col.
Les mains qu'elle avait cru voir avaient disparu aussi vite qu'elles étaient apparues. Les boutons de son col étaient défaits et sa respiration était enfin libérée.
Bel retourna à son bureau en réalisant que ce qu'elle venait de voir dans le miroir n'était pas une illusion... c'était un souvenir de la veille que sa gueule de bois lui avait fait réprimer. Elle se rappelait désormais qu'elle avait été raccompagnée chez elle la veille par cet homme au visage à moitié caché, qu'elle l'avait laissé entrer dans sa chambre, et... qu'elle avait vomit ses entrailles devant lui. La trentenaire ferma les yeux. Elle ne voulait pas se rappeler de plus, de toute manière elle n'y arrivait pas. Mais elle savait que lorsque l'Umm Aîn allait rentrer dans ses pensées prochainement, elles allaient à nouveau passer un mauvais quart d'heure.
— Khan ? La voix du garde du corps de Sternheart la sortie de ses pensées. Monsieur le Ministre a besoin de toi, tout de suite !
Bel sursauta, elle était tellement absorbée par son amnésie retrouvée qu'elle n'avait ni vu Sternheart revenir, ni passer devant elle. Elle attrapa les dossiers sur son bureau et se mit à marcher rapidement vers l'énorme porte qui donnait sur une énorme salle aux murs de verre.
— Monsieur le Ministre, le salua-t-elle avant de s'asseoir face à lui.
L'homme était caché derrière des piles de classeurs, de parapheurs et de pochettes. Cela ne l'empêcha pas, alors qu'il ne l'avait même pas encore regardé, de dire à son assistante :
— Vous avez mauvaise mine, Mademoiselle Khan.
Bel porta la main à son visage.
— Quelque chose que j'ai dû mal digérer, Monsieur.
— Quelque chose comme la cérémonie de ce matin ? répliqua-t-il en levant ses yeux pâles et froids vers elle.
Tous les traits du visage de Bel se tendirent. Même si elle avait voulu répondre, sa gorge était complètement asséchée. Cet homme était impressionnant de charisme et sa froideur semblait vider l'autre de toute répartie.
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LE MOIS DU VIDE
FantasyLes brumes bleues de l'archipel Indigo murmurent que le retour du Mois du Vide est inévitable. Cette période redoutée est une épreuve de taille pour Nara, la leader désignée de la rébellion Aijiro. Alors qu'elle s'efforce de coordonner la résistance...
