Chapitre 24

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Avant tout, cher lecteur, je tiens à te remercier pour ta curiosité. Grâce à toi, cette histoire peut vivre et raisonner dans un autre imaginaire que le mien. Merci beaucoup ! Par ailleurs, si tu aimes cette histoire et que tu prends plaisir à lire ce chapitre, je t'invite à mettre une étoile. Ca m'aiderait énormément ! N'hésite pas à commenter, poser des questions... je serais ravie de dialoguer avec toi. N'oublie pas de t'abonner pour ne pas manquer la suite et soutenir l'histoire d'Esther et Leonhard! 

Bonne lecture ! _ MG

- Bon c'est quoi votre plan ? demanda Esther

Ils restèrent tous debout. L'atmosphère était froid, malaisant. Paul et Jean se tenaient de part et d'autre du canapé. Le lieutenant restait derrière le fauteuil. Anne et Esther étaient près de la porte.

- Toujours le même, déclara Paul, d'une traite.


- Tu veux toujours faire exploser leur réserve de munitions ?

- Ouais.

Les deux filles se tournèrent vers le lieutenant et lui lancèrent un regard suspicieux. Il allait vraiment les aider à faire ça ? Ce dernier soutint leurs regards.

- Je vais vous aider, affirma-t-il. Ce ne sera pas facile, ni sans risques mais je pense qu'on peut y arriver.

« On ». Ca faisait tellement bizarre de l'entendre dire cela comme s'il faisait partie de l'équipe. Le fait est que c'était le cas : il était des leur à présent. A l'avenir, il leur faudrait s'habituer à le voir, à lui parler... . Devaient-ils se tutoyer ? S'appeler par leur prénom ? Esther frémit à cette idée. Elle n'y arriverait sûrement pas.

- Bien, fit Jean pour rompre le silence qui s'était installé. Par quoi on commence ?

Et c'est ainsi que commença leur collaboration. Le lieutenant venait tous les mercredi, les jeudi soir, avant l'heure du dîner. Il pouvait se libérer le samedi avant midi. Les autres s'adaptaient sur ses horaires de disponibilités. Bien sûr, Esther avait du mal à combiner leurs réunions et son travail à la librairie. Elle se dépêchait de finir et partait plus tôt. Elle arrivait ici en dernier. L'officier leur fit un schéma de la route menant à la réserve de munitions : il s'agissait d'un bunker construit à l'occasion par les précédents Allemands qui avaient occupé le village. Ils ne s'en étaient pas beaucoup servit mais l'officier leur avait expliqué que depuis l'arrivée du nouveau régiment, Schmidt avait entendu durcir la surveillance et alimentait de nouveau la réserve. Cette dernière était étroitement surveillé. Toutes les deux heures, des sentinelles se relayaient. Il y en avait deux devant l'entrée, et trois qui tournaient autour en permanence, de sorte à couvrir tout le périmètre. Ca ne serait pas évident.
Les semaines passèrent, l'été arriva. Ils avaient quelques ébauches d'idées mais ils ne savaient toujours pas comment faire pour se débarrasser des gardes. Attendre le moment propice et agir pendant la relève ? Les assommer ? C'était leur plus gros problème. Ils savaient comme se rendre au bunker, comment faire exploser la réserve... mais ils étaient comme coincés. Toutefois, ils ne se décourageaient pas.
Esther et Anne avaient toujours du mal à savoir comment agir en face du lieutenant. Même si ce dernier avait finit par leur dire qu'elles pouvaient le tutoyer et l'appeler Leonhard, elles ne parvenaient à faire ni l'un, ni l'autre. Si elles commençaient à se montrer familière avec lui ici, elles auraient trop peur de faire une gaffe en dehors de la vieille bicoque. Esther n'osait pas lui parler. Elle évitait autant que possible de se retrouver seule avec lui. Lorsque ça arrivait, elle essayait de trouver un prétexte pour partir et rentrer chez elle. Il n'insistait pas. Il devait se douter qu'elle n'était pas à l'aise et ne voulait pas la gêner davantage. Lui aussi paraissait assez embarrassé avec elle. Mais lorsqu'elle fermait la porte derrière elle, son embarras se muait presque en déception. Il aurait aimé gagné sa confiance.
Madeleine ne venait plus. Ou quasiment. La seule fois où ils l'avaient revu à la vieille bicoque, c'était lorsqu'elle amené les devoirs à Paul qui avait séché les cours toute la journée pour rester dans leur planque et réfléchir au plan. La blondinette n'avait même pas jeté un regard en direction de l'officier.

- Tu fais même passé ça avant l'école ? Tu n'est vraiment pas raisonnable, l'avait sermonné la blondinette.

- Il y a plus important dans la vie que de savoir que deux et deux font quatre, non ? lui avait retorqué l'aîné des Laurencin. Tu n'as rien à faire là. Cette planque, c'est pour ceux qui participe au coup.

Il était devenu plus froid avec Madeleine depuis qu'elle avait quitté le groupe.

- Paul, lâche-là, tu veux, avait dit Esther. Tu n'as pas le droit de la juger sur sa décision.

Le jeune homme avait grogner dans sa barbe mais n'avait rien ajouté de plus. Madeleine était repartie, toujours en évitant de regarder l'Allemand et elle n'était plus jamais revenu, prenant pour argent comptant la remarque de Paul. Il était à cran depuis le début de leur collaboration. La pression de réaliser un projet comme ils n'en avaient jamais fait auparavant devait y être pour quelque chose mais Esther savait qu'il n'y avait pas que ça. Le soir même où il leur avait présenté l'officier, Anne avait rompu avec lui. Depuis, il était plus souvent sur les nerfs, encore plus impatient et il était moins sûr de lui.

- Le pauvre, je crois que tu le fais souffrir, avait dit Esther à son amie.

- A qui la faute ? avait-elle rétorqué. Ca lui apprendra. On ne peut pas avoir le beurre et l'argent du beurre dans la vie !

Elle avait bien raison. Mais quand Paul s'énervait pour des broutilles ou s'agaçait en voyant sa pile de devoirs à rattraper grandir, Esther regrettait presque leur rupture et fut tentée de demander à Anne de se remettre avec lui rien que pour leur épargner ses sauts d'humeur.
Même si les filles n'étaient pas très à l'aise avec le jeune Allemand, ça n'était pas le cas des frères Laurencin qui avaient lié une certaine amitié avec lui. Surtout Paul. Lui et Leonhard (comme c'était étrange de l'appeler par son prénom) étaient devenus presque complices. Ils riaient aux même blagues, achevaient parfois les phrases de l'autre... . Le lieutenant était la seule personne qui imposait le respect à Paul. Le jeune français se comportait avec lui comme un petit frère. Esther ne l'avait jamais vu écouter aussi bien les conseils et les recommandations de quelqu'un. Au moins l'officier lui enseignait-il les vertus de la patience et de l'écoute.
Parfois, tandis qu'ils se réunissaient pour parler du plan, elle regardait l'étrange assemblée et ne pouvait s'empêcher d'imaginer la réaction de son père et de son frère s'ils les voyaient. Chaque fois qu'elle pensait à ça, elle frissonnait. S'ils savaient, ils feraient un carnage. Ca faisait bizarre de passé presque toute une soirée avec Leonhard et de revenir pour manger le soir, en écoutant les complaintes et les critiques de sa famille concernant les Allemands. Elle avait l'impression de voyager entre deux mondes bien distincts. Elle qui n'était pas bavarde à table évitait encore plus de parler. Elle avait l'impression que si elle ouvrait la bouche, elle cracherait la vérité malgré elle, sans même le vouloir. 


Merci d'avoir lu ce chapitre ! N'oublie pas de soutenir cette histoire en mettant une étoile ! 

_MG

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