Chapitre 23

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Esther ne pouvait pas détacher les yeux de son cadeau d'anniversaire. Elle tenait le précieux dans ses mains. Il était 9h passées. Les Leroy venaient de terminer leur dîner. Marie avait tout fait pour faire plaisir à sa fille. Pour son repas d'anniversaire, elle avait fait un écrasé de pommes de terre accompagné d'une sauce à la crème. Et en dessert, ils s'étaient régalés en mangeant une tarte aux pommes.

-    Comment as-tu trouvé la farine ? avait demandé Esther.

-    J'ai peut-être été un peu aidé par Thomas et Jeanne.

Les parents de Madeleine. Forcément. Eux ne manquaient pas de farine.

-    Allez ! Ouvre ton cadeau !

Depuis qu'elle était remontée dans sa chambre, elle ne cessait de l'admirer. Elle le tenait avec toute la douceur d'une mère pour un nouveau-né. C'était un magnifique livre, aux pages vierges et à la couverture de cuire bleu-nuit. Des filigranes dorés ornaient la reliure en dessinant des plantes grimpantes. Elles continuaient sur le pourtour de la première et de la quatrième page de couverture. Il était magnifique ! Elle l'ouvrit à la première page, là où sa mère avait écrit un petit mot de sa jolie écriture italique : Considère ce livre comme ton monde. Fais-en ce que tu souhaites. Quoique tu y inscrives, il fera rêvé les gens. Pour une future grande écrivaine !
En déballant son cadeau à table, elle n'avait pas pu s'empêcher de pleurer.

-    Les femmes, avait soupiré son père. On leur offre un rien et elles pleurent tout leur soûl ! Pourquoi lui offrir un bouquin ? Elle en voit déjà assez comme ça à la librairie, non ?

-    Ca lui fait plaisir, c'est le plus important, avait rétorqué Marie.

-    Je ne comprendrais jamais, était intervenu François. Comment peut-on vouloir un livre pour son anniversaire ?

-    Il n'y a rien d'écrit dedans, bêta, avait répondu sa sœur.

-    Encore pire.

Il ne comprenait pas. Ni lui, ni son père n'auraient pu comprendre. Ce que sa mère lui avait offert était bien plus qu'un livre ! C'était un moyen de s'évader de la triste et morne réalité, un moyen de s'échapper de Rochefort, de changer d'époque, d'univers, de vie ! C'était un moyen de respirer. C'était le plus beau cadeau qu'on aurait pu lui faire. Esther continuait de regarder le livre avec des yeux presque amoureux. Que mettre dedans à présent ? Que pourrait-elle écrire ? Quelles aventures, quels personnages, quelles créatures, quels mondes renfermerait le précieux manuscrit ? La jeune fille n'en avait aucune idée. Une semaine passa sans qu'elle ne sache encore quoi mettre dedans. Paul avait exigé une réunion à la vieille bicoque. Cela faisait longtemps qu'ils ne s'étaient pas donné rendez-vous là-bas. Les filles craignaient le pire. Il était normalement convenu qu'ils ne retenteraient rien et Paul avait assuré avoir définitivement abandonné son idée de vengeance. Alors que leur réservait-il ? Madelaine tricotait paisiblement sur le canapé. Anne et Esther jouaient aux cartes à ses pieds, agenouillées devant la table basse. Elles lui demandaient de temps à autres de jouer les arbitres lorsqu'elles ne parvenaient pas à trancher pour savoir laquelle avait remporté telle ou telle manche.

-    Non, non ! C'est moi qui ai gagné cette fois ! s'insurgea Anne.

-    Comment ça ? C'est moi qui ai posé le valet ! rétorqua Esther.

-    Oui mais mon as l'annule !

-    N'importe quoi !

-    Si je te dis... Le code se fit entendre sur la porte de la vieille maison.

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