Soudain, Esther se mit à courir. Elle courait comme elle ne l'avait jamais fait auparavant, à tel point qu'elle ne sentait même plus ses jambes et que sa vision se brouilla. La maison devint flou, le vent fouetta son visage et sifflait à ses oreilles. IL était à l'intérieur. Elle ne pouvait penser à rien d'autre. Elle s'aperçut alors qu'elle hurlait son nom comme une forcenée :
- LEONHARD !!!!!!
Elle arriva devant la porte de la bicoque, ou du moins ce qu'il en restait car la porte s'était effondrée en même temps que la toiture. Ses yeux la piquèrent aussitôt et elle toussa : l'air n'était plus que poussières. Un gros tas de poutres et de tuiles était entassé au centre de la pièce, là où il y avait auparavant le salon et la cheminée. Paul entra à son tour dans la pièce.
- Jean ?! Tu m'entends ?!
Un toussotement leur parvinrent du coin gauche de la cheminée. Il y avait quelques gravas et beaucoup de poussières mais cette endroit-là de la pièce avait été globalement épargné. Il sursautèrent en voyant une silhouette se mouvoir dans la poussière. Esther et Paul se précipitèrent. Jean était recouvert de plâtre.
- Jean ! Tu vas bien ? Tu n'as rien de cassé ? demanda Paul précipitamment.
- Ca va, je crois que j'ai rien, répondit son cadet en toussant. Mais je ne sais pas si je peux en dire autant de Leonhard. Je crois qu'il était vers le bureau quand tout s'est effondré.
Esther se précipita en contournant le monticule qui s'était formé au centre de la pièce.
- Esther, attends ! lui cria Paul.
Mais la jeune fille n'écoutait pas. Son cœur battait à tout rompre, elle avait l'estomac noué à la pensé que quelque chose soit arrivé au jeune allemand.
- Leonhard ! appela-t-elle désespérément. Leo !
Mais un épais tas de gravats recouvrait désormais le bureau qui était en pièce. L'extrémité d'une poutre, moins épaisse que les autres, en ressortait. Soudain, le cœur d'Esther se serra lorsqu'elle aperçut la main, inerte, entre les gravats.
- Il est là ! S'exclama-t-elle.
Elle commença à enlever les pierres qui l'ensevelissaient. Elle put enfin distinguer son visage, plein de suie et de poussière. Du sang coulait de son arcade sourcilière. Il était inconscient sous la poutre qui le bloquait au sol. Même si elle n'était pas très épaisse, Esther savait qu'elle ne pourrait pas la déplacer seule sans risquer de faire davantage de mal au jeune homme. Elle l'appela encore dans l'espoir qu'il se réveille :
- Leo ! Leonhard ! Réponds-moi, je t'en prie !
Elle le secoua par les épaules. Elle commençait à croire qu'il n'était plus de ce monde lorsque lentement, il ouvrit les yeux. Il voulut bouger mais la poutre le clouait au sol. Il grimaça et gémit de douleur. Le jeune homme pesta en allemand. Paul et Jean accoururent. L'aîné des deux frères soupira de soulagement.
- Merci mon Dieu, il est en vie ! s'exclama-t-il en joignant les mains au ciel.
- Oui mais au cas où tu ne l'aurais pas remarqué, dit le jeune lieutenant d'une voix faible, je suis coincé sous une poutre.
- Ouais j'ai vu. T'inquiètes, on va te sortir de là.
- Faites-vite. J'ai mal aux côtes. J'ai peur de m'en être cassé une.
Esther blêmit en entendant cela. Sa main tremblait. Paul l'appela :
- Esther, tu m'entends ? Va te mettre vers sa tête et tiens-toi prête à le tirer lorsque l'on soulèvera la poutre, lui dit Paul.
La jeune fille s'exécuta. Elle attrapa Leonhard sous les aisselles et se tint prête.
- Prêt frérot ? demanda Paul.
- Quand tu veux, répondit Jean en se positionnant de l'autre côté de la poutre.
- A trois. Un, deux, trois...
Ils soulevèrent la poutre sans trop de difficultés. Leonhard poussa un cri de douleur lorsque celle-ci se détacha de son corps. Esther le tira de toute ses forces. Elle eut tout juste le temps d'apercevoir la pointe métallique teintée de rouge qui dépassait de la surface de la poutre. C'était un clou d'au moins cinq centimètres. La jeune fille s'agenouilla auprès du blessé qui affichait toujours une expression de douleur. Elle posa sa tête sur ses genoux avec douceur et jeta un coup d'œil à son abdomen : une tâche de sang de la taille d'une balle de ping pong teintait sa chemise. Le clou l'avait transpercé entre les cotes. Paul, Jean et Esther regardait la tâche, horrifiés.
- Qu'est-ce qu'on fait maintenant ? Demanda Jean.
Telle était la question. Leonhard était blessé. Leur planque fenait de s'effondrer. C'était un cauchemar. Comment feraient-ils pour se réunir et mettre en place leur dernier grand coup ? Il y avait encore tellement de détails à passer en revue. Et Leonhard ? Si les autres Allemands le voyaient dans cet état, cela éveillerait les soupçons. Hors de question qu'il se fasse soigner par le médecin du régiment. Mais Lefebvre pourrait s'occuper de lui. Il allait certainement se poser des questions en les voyant arriver chez lui avec un officier allemand blessé mais avaient-ils vraiment le choix ? Et puis Esther avait confiance en lui. Elle savait que le médecin ne ferait jamais rien qui puisse mettre les jeunes du village en danger.
- Il faut l'emmener voir Lefebvre, dit Esther.
- Lefebvre ?! S'exclama Paul. T'es dingue ? Il va nous harceler de questions !
- On peut avoir confiance en lui, insista Esther. Si on lui demande de ne pas nous interroger, il ne le fera pas. J'en suis sûre.
- Ça reste un médecin ! Il va forcément lui demander comment il s'est fait ça. De toute façon, il devinera que ce n'est pas par l'opération du Saint-Esprit qu'il s'est troué le bide !
- Paul, j'ai beau être à moitié dans les vapes, je t'entends, grogna Leonhard. Alors si tu pouvais m'épargner la description, ce serait bien.
- Désolé mon vieux, s'excusa Paul.
- On ne peut pas le laisser retourner au camps dans cet état, reprit Esther. Les autres soldats trouveront ça suspect et on prendrait un plus gros risque qu'en allant voir Lefebvre.
Elle sentit Leonhard remuer sur ses genoux. Il eut un spasme et une grimace de douleur déforma son visage. Elle posa une main sur son front. Il était brûlant. Elle angoissait de plus en plus.
- Paul, s'il te plaît, supplia-t-elle. Tu crois vraiment qu'on a le choix ?
Paul regarda Esther, puis Leonhard. Il semblait déchiré par le doute et l'incertitude. Leonhard respirait bruyamment, comme si chaque inspiration était une souffrance.
- D'accord, tu n'as pas tort.
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Coeur-éclair
RomanceEn mars 1943, malgré l'occupation, les jours s'écoulent avec une lenteur démesurée dans le petit village de Rochefort-sur-mer, en Bretagne armoricaine. Mais voilà qu'un nouveau régiment arrive pour prendre la relève et troubler ce calme sordide. Es...
