Pourquoi ? Depuis la veille, Esther ne cessait de se poser la question suivante : pourquoi le lieutenant avait-il aidé Albert ? Ca l'avait tenu éveillée toute la nuit. Certes, il avait expliqué que le régiment avait besoin d'une partie de la production de la ferme. Mais l'officier avait quand même faillit se faire tirer dessus. Son premier réflexe aurait pu être de laisser le fermier faire un malaise sans l'aider. C'était le comportement auquel Esther s'attendait le plus de la part d'un officier allemand. Et pourtant, il n'était pas resté les bras croisés. De plus, le fait qu'il taise l'incident était vraiment la cerise sur le gâteau. A chaque fois qu'elle tombait sur lui, la jeune fille était surprise par son comportement. Elle pouvait compter sur lui pour ébranler ses préjugés. Toutefois, il restait celui qui était allé chercher Edgar pour le faire exécuter et ça, c'était une chose qu'Esther n'oubliait pas.
- Esther, tu es avec nous ?
Anne la secouait gentiment. En ce samedi après-midi, le groupe s'était réuni à la vieille bicoque.
- Hein ?
- Tu dors ?
- Non. C'est juste que je repense à hier.
Esther leur avait tout raconté dans les moindres détails et leur avait fait jurer de ne rien répéter, pas même à leurs parents. Il ne fallait surtout pas que l'histoire parviennent jusqu'aux oreilles de Schmidt, sans quoi Albert se ferait exécuté. Esther frissonna. Et dire que, maintenant, ce genre de choses pouvaient avoir lieu, ici, à Rochefort, petit village côtier d'Armorique où les jours avaient toujours été tranquilles et ennuyeux. A présent, on savait qu'on pouvait se faire exécuter. Même le précédent régiment ne donnait pas de telles sanctions. Si Esther avait su que de tels évènements arriveraient un jour à Rochefort, elle ne l'aurait pas cru une seconde.
- C'est vrai que c'est assez inhabituel, remarqua Madeleine.
- Quoi donc ? demanda Paul qui jouait avec un fil qui pendait d'un bouton de sa chemise.
- Le comportement de cet officier, répondit la blondinette. J'ai l'impression que le juste milieu n'existe plus. Entre le capitaine qui fait exécuter les gens à tout va, et le lieutenant qui aide un homme qui fait un malaise, je ne sais plus quoi penser de la situation.
Tous les autres acquiescèrent. Ils restèrent encore une vingtaine de minutes dans leur refuge puis décidèrent de se quitter.
- Tu ne vas pas à la librairie ce soir ? lui demanda Madeleine sur le chemin du retour.
- Non, on est samedi.
- Ah oui, c'est vrai.
Esther et Madeleine firent le chemin du retour à deux. Paul raccompagnait Anne par le chemin de la plage et Jean était rentré seul.
- Au fait..., hésita Madeleine.
La blondinette se mit à rougir.
- Oui ? l'encouragea Esther.
- Je me demandais... comment va ton frère ? Euh, non ! Enfin je veux dire, comment vont ton frère et ton père ?
- Tu es bizarre Madeleine. Ça va ?
- Oui oui, assura vivement son amie. C'est juste qu'avec les nouveaux quotas de pêche, et les restrictions concernant leur zone, je me dis que ça ne doit pas être facile.
- C'est vrai qu'ils sont obligés de se lever avant l'aube pour être sûrs d'être les premiers arrivés, expliqua Esther. Le poisson se fait plus rare, alors ce n'est pas évident.
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Coeur-éclair
RomanceEn mars 1943, malgré l'occupation, les jours s'écoulent avec une lenteur démesurée dans le petit village de Rochefort-sur-mer, en Bretagne armoricaine. Mais voilà qu'un nouveau régiment arrive pour prendre la relève et troubler ce calme sordide. Es...
