Chapitre 2

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Ce soir-là, lorsqu'Esther rentra chez elle, il faisait déjà nuit. Elle poussa la porte et s'engouffra dans la maison. Elle soupira de soulagement en abandonnant le froid de l'extérieur. Il faisait bien chaud. Une fois qu'elle se fut débarrassée de son manteau et de ses chaussures, elle se dirigea dans la pièce principale qui servait à la fois de cuisine et de salle à manger. Dans la pièce voisine, son père attisait les flammes de la cheminée et son frère faisait une sieste dans le canapé.

-        Bonsoir ma chérie, lui dit sa mère, qui s'affairait au fourneau. Tu rentres tard.

-        Edgar ne voulait pas me lâcher. Il m'a fait épousseter une bonne partie des bibliothèques.

-        Ce vieux fou alors, dit son père en s'approchant pour faire la bise à sa fille.

-        Il m'a offert un livre.

Esther courut presque jusque dans le vestibule pour fouiller dans son sac. Elle en ressorti le bouquin et alla le montrer à ses parents. Son père et son frère ne s'adonnaient pas à la lecture mais sa mère aimait de temps en temps se poser avec sa fille dans le salon et lire des livres qu'Esther lui conseillait.

-        Orgueil et Préjugés, lut sa mère sur la couverture. Ca raconte quoi ?

-        Ça porte sur les relations humaines et comment une personne peut se faire une fausse idée d'une autre. C'est une romance.

-        Une romance ? demanda son père. Au lieu de lire des romances, tu ferais mieux de rentrer aider ta mère à faire les corvées tu ne crois pas ?

-        Je te rappelle que je travaille chez Edgar donc j'ai d'autres corvées en plus de celles de la maison.

-        Et alors ? C'est toi qui a accepté de travailler avec ce vieux timbré. Pas moi. Je t'avais bien dit qu'il fallait mieux que tu refuses.

Son père avait l'habitude d'appeler Edgar « vieux fou » ou « vieux timbré ». De manière générale, les gens du village le trouvaient gentil mais un peu étrange, marginal. Le propriétaire de la librairie était assez casanier et solitaire. Il vivait en ermite par rapport aux autres habitants.

-        Mais je ne m'en plains pas, je suis contente de travailler là-bas. Ca me change un peu du quotidien.

-        Quotidien, quotidien..., bougonna son père.

Son frère se réveilla. Il s'étira en baillant bruyamment. François était un jeune homme de 22 ans. Il travaillait avec son père sur le bateau de pêche. Il n'avait jamais aimé l'école et l'avait quitté dès ses 16 ans. Pour lui, les livres étaient une perte de temps. Il ressemblait beaucoup à leur père avec son nez assez large, ses cheveux bruns froncés et ses yeux noirs. Sa carrure était assez imposante et ses larges épaules attiraient l'œil de nombreuses jeunes filles. Certaines avaient déjà accosté Esther afin que cette dernière les présente à son frère. Elle avait refusé ce qui expliquait pourquoi elle n'était pas très appréciée par ses camarades de classe féminines, exceptées Anne et Madeleine bien sûr. Esther, elle, ressemblait davantage à sa mère. Elle avait hérité de son petit nez, de ses hautes pommettes, de son teint très pâle, de ses yeux bleu-gris et de ses longs cils. Mais tandis que Marie avait des cheveux roux, Esther les avait bruns.
François jeta un coup d'œil au bouquin que tenait sa sœur.

-        Orgueil et Préjugés, c'est quoi ?

-        Un livre.

-        Je vois bien, mais ça veut dire quoi « orgueil » ? C'est français, au moins ? 

-        Sérieusement François ? Demanda Esther désespérée.

-        Bon ce n'est pas le moment de vous chamailler, intervint leur mère. De toute façon on mange, alors aidez-moi à mettre la table.

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