Chapitre 36 : La vente aux enchères

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La nuit enveloppait For'Zas dans une obscurité dense, épaissie par la brume saline qui montait du port. Les rues étaient presque silencieuses, à l'exception du craquement des pavés sous nos pas et des rumeurs éparses provenant des quelques tavernes encore ouvertes. Pourtant, même ce calme avait une lourdeur oppressante, comme si la ville elle-même retenait son souffle.

Le bâtiment de briques rouges se dressait devant nous, sombre et imposant, éclairé par de simples torches dont la lueur vacillante projetait des ombres menaçantes sur les murs. Les portes massives étaient gardées par deux hommes à l'air austère, armés jusqu'aux dents. Leur présence seule suffisait à dissuader quiconque de poser des questions.

Je jetai un coup d'œil à Erina. Sa tenue — cette robe verte sombre qui épousait parfaitement ses mouvements — semblait la transformer. Elle dégageait une aura impressionnante, presque souveraine, et pourtant, il y avait une tension dans sa posture que seuls ceux qui la connaissaient bien pouvaient remarquer. Ses yeux dorés fixaient les gardes avec une intensité calculée.

« Tu es prête ? » murmurai-je, tentant de cacher mon propre trouble.

Elle hocha la tête, ses lèvres étirées en un sourire à peine perceptible. « Toujours. »

Nous avançâmes ensemble, nos pas évoquant une confiance que je ne ressentais pas. Les gardes croisèrent leurs bras massifs devant la porte, leurs regards scrutant nos visages et nos vêtements avec une vigilance méfiante.

« Nom et raison de votre présence ? » demanda l'un d'eux, sa voix rauque résonnant dans la nuit.

Erina fit un pas en avant, son ton étudié mais ferme. « Maître Levran et Dame Aelis, venus de la province d'Erenor. Nous avons entendu parler de la qualité exceptionnelle des lots proposés ce soir. »

Un silence pesant suivit. Les gardes échangèrent un regard, puis l'un d'eux nous désigna l'entrée d'un geste brusque. « Entrez. Mais ne causez pas de problèmes. »

Nous entrâmes dans l'antre de la cruauté.

L'intérieur était à la fois somptueux et sinistre. Des lustres en fer forgé suspendus au plafond éclairaient faiblement la pièce principale, jetant des ombres mouvantes sur les murs nus. Les chaises disposées en rangées face à une scène surélevée étaient presque toutes occupées par des hommes et des femmes richement vêtus, leurs visages masqués par une indifférence glaciale.

Les conversations étaient feutrées, échangées dans des murmures entrecoupés de rires sourds. Chaque éclat de voix me faisait tressaillir. Comment pouvaient-ils rire ici ? Comment pouvaient-ils trouver cela normal ? Mon regard se posa sur Erina, qui semblait absorbée par l'étude minutieuse de la salle. Elle nota chaque sortie, chaque garde posté à des endroits stratégiques.

Je suivis son exemple, mais mon attention fut bientôt attirée par la scène. Mes poings se serrèrent lorsque les rideaux de velours rouge s'ouvrirent, révélant une rangée d'enfants alignés. Ils étaient enchaînés les uns aux autres par des liens épais qui leur meurtrissaient les poignets. Leur peau était cireuse, leurs visages creusés par la fatigue et la peur.

Un garçon à peine plus âgé que dix ans attira mon attention. Ses cheveux étaient emmêlés, ses genoux tremblaient, mais son regard était fixé droit devant lui. Une détermination farouche étincelait dans ses yeux, même si son corps trahissait l'épuisement. 

Est-ce Gabin ?

Un homme trapu, portant un costume noir impeccable, monta sur la scène. Il leva les bras pour réclamer le silence, et l'assemblée se calma immédiatement.

« Mesdames et messieurs, bienvenue à cette vente exclusive. Ce soir, nous avons des lots d'une rare qualité, soigneusement sélectionnés pour satisfaire vos exigences les plus élevées. »

Le Destin d'Aëdan [Original Story]Où les histoires vivent. Découvrez maintenant