Chapitre 38 : La Résistance

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For'Nor se dressait comme un joyau austère, taillé dans la roche brute des montagnes du Nord. Ses remparts massifs, noircis par le temps et les batailles, semblaient défier quiconque osait les contempler. Les tours de guet, hérissées de balistes rouillées et de fanions déchirés, surveillaient la vallée avec une vigilance implacable.

Alors que nous approchions, un vent glacial, chargé de l'odeur âcre de la pierre humide et du bois brûlé, me fouetta le visage. Les montagnes entourant la ville s'étendaient comme un rempart naturel, leurs cimes enneigées jetant une ombre froide sur les toits d'ardoise.

Une forteresse, au sens le plus pur du terme. Rien ici n'est fait pour plaire à l'œil. Juste pour survivre.

Styx marchait devant nous, guidant le groupe avec un pas assuré. Sa grande faux noire se balançait en rythme sur son épaule, et elle fredonnait doucement un air ancien. Cette nonchalance m'étonnait toujours autant, surtout dans un lieu aussi sombre.

« Aëdan, je dois vous faire rencontrer Nicolaüs avant que vous ne puissiez vous reposer, » déclara-t-elle soudain, sans se retourner.

Je hochai la tête en silence, mes pensées tourbillonnant. Nicolaüs... Le chef de la Résistance. Un homme que je devrais théoriquement admirer, mais... Le souvenir de la mission avec Shin, les esclavagistes, et cette armée elfique en marche s'imposèrent brusquement. Peut-être devrais-je plutôt me méfier.

Nous franchîmes les lourdes portes de la ville, où deux gardes, emmitouflés dans des capes épaisses, nous saluèrent d'un geste bref. À l'intérieur, la vie grouillait. Les rues étroites étaient encombrées de soldats en armes, de charrettes pleines de provisions, et de villageois empressés. L'air était saturé de bruit : des cris d'enfants, le martèlement des forgerons, et les ordres aboyés par des officiers. Tout ici semblait animé par une même énergie : la préparation à la guerre. Je laissai mon regard errer sur les bâtiments : des maisons trapues aux murs épais, coiffées de toits inclinés pour supporter le poids de la neige. Chaque façade portait les traces d'un hiver rigoureux ou d'un siège récent. Ce n'est pas une ville. C'est un bastion. Une déclaration. Une promesse : vous ne passerez pas.. 

Styx me conta brièvement l'histoire de la ville à ma demande. D'après elle, For'Nor avait été construite à une époque où la paix semblait un rêve lointain, bien avant le roi Karma. Elle avait vu défiler des générations de guerriers, d'hommes et de femmes qui avaient fait d'elle leur dernier refuge face à l'ennemi. Ses remparts portaient encore les marques des flèches elfiques, et ses portes massives, bardées de fer, avaient résisté à plus d'un siège. Si la ville n'était pas encore tombé aux mains des elfes, c'était en partie grâce à sa position géographique - au pied d'une chaine de montagnes rudes et bien trop dangereuses pour abuser de ce flanc. De plus durant la guerre contre les Elfes, Karma s'était réfugié à For'Nor. Il avait alors construit un gigantesque réseau souterrain, l'avait piégé et, durant une bataille, il avait poussé les elfes à abuser de ce dédale. Ses ennemis furent piégés et moururent rapidement malgré une domination numérique sans partage.

Les exploits du feu roi Karma étaient très souvent relatés à travers le pays. Néanmoins, durant mon service auprès d'Isil, j'avais pu lire que ce dernier était loin d'être un exemple de paix. Il avait sombré dans sa folie meurtrière à la fin du conflit. Triste fin pour un grand personnage.

Nous atteignîmes enfin le cœur de la ville : un imposant donjon, son sommet perdu dans la brume glaciale. Les murs, d'un gris sombre, étaient parsemés de gravures : des runes antiques, des visages humains sculptés dans la pierre, leurs expressions figées oscillant entre défi et désespoir.

« Ces visages... Ce sont ? »

« Les premiers défenseurs de For'Nor, » répondit Styx. « On raconte que leur esprit veille encore sur la ville. »

Le Destin d'Aëdan [Original Story]Où les histoires vivent. Découvrez maintenant