Chapitre 22 : Le Passage des Epreuves

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Je m'éveillai dans un tourbillon de douleur, mon esprit embrumé luttant pour s'extirper des ténèbres. Mes paupières, alourdies par la souffrance, s'ouvrirent avec un effort titanesque. Une sensation d'étau brûlant enserrait ma tête, irradiant une douleur insoutenable du centre de mon crâne jusqu'aux confins de mon être. Chaque mouvement était un supplice, mes membres semblaient transpercés par d'ardentes lames de feu.

Mes yeux cherchèrent désespérément un point d'ancrage dans le brouillard flou qui m'entourait. Tout était distorsion et obscurité, comme si un voile sombre s'était abattu sur ma vision. Mes mains tremblantes s'efforcèrent de se soulever, mais une décharge électrique déchira mes nerfs, me faisant lâcher un cri d'agonie inarticulé.

Les plaies béantes qui zébraient mon corps étaient autant de portes ouvertes à la douleur insidieuse de l'air. Chaque contact était un supplice, chaque respiration un effort. Je sentais la vie me quitter doucement, comme une flamme vacillante qui lutte contre un vent implacable. Avec un effort surhumain, je réussis à m'asseoir, mes muscles se contractant dans une protestation acharnée contre la torture qui m'assaillait.

Une voix familière émergea du silence oppressant.

« Si tu te poses la question, nous ne sommes que trois désormais, Aëdan, » dit Lorin sèchement.

Je tournai la tête avec peine, apercevant sa silhouette dans la pénombre. Elle était indemne, ses yeux fixant les murs de pierre humide avec une détermination froide.

« Ta survie tout comme ta guérison est presque miraculeuse, continua-t-elle. La prochaine fois, tâche de m'écouter quand je te dis de ne pas foncer tête baissée.

— Qu'est-ce qui s'est passé ? demandai-je faiblement.

— C'est la deuxième fois que tu ne m'écoutes pas, Aëdan, me reprocha Lorin. Deux fois où tu risques bêtement ta vie au lieu de me faire confiance. »

J'acceptai le reproche silencieusement, incapable de trouver les mots pour répondre.

« Pour ta culture, les Tigeras attaquent systématiquement par groupes de trois, avec un quatrième membre qui reste en retrait, » m'apprit Lorin. « Maintenant, nous sommes prisonniers et probablement déjà condamnés. »

Je balayai la pièce du regard. Les parois de la cellule révélaient leur sinistre secret : des cadavres en état de décomposition avancée jonchaient le sol, diffusant une puanteur âcre et nauséabonde. Leur chair décomposée s'effritait sous l'effet du temps, leurs traits figés dans une expression de souffrance éternelle. L'air lui-même semblait porter le poids de leur agonie passée, créant une atmosphère oppressante et lugubre.

Parmi ce tableau funeste, Chorza était toujours plongé dans un sommeil profond, ignorant la réalité macabre qui nous entourait. Son visage paisible contrastait étrangement avec l'horreur ambiante.

Un bruit sourd interrompit mes pensées. La porte s'ouvrit avec un grincement sinistre, révélant la silhouette imposante d'un geôlier. Ses yeux brillaient d'une férocité sauvage. D'un geste habile, il nous lia avec une corde robuste, ménageant une cruauté dans chaque mouvement.

Nous fûmes forcés de marcher à travers un labyrinthe de couloirs étroits, chaque pas amplifiant l'oppression pesant sur mes épaules. Le cliquetis des chaînes et le grincement de nos semelles sur la pierre froide étaient les seuls bruits qui brisaient le silence écrasant. L'air était épais, saturé de l'odeur rance de la peur et de la souffrance accumulées au fil des siècles. Les murs semblaient murmurer des souvenirs oubliés, comme des voix fantomatiques portées par le vent. Ces échos oppressants se mêlaient à nos propres craintes, amplifiant chaque frisson et chaque souffle. Le frottement de nos pas résonnait comme une cadence funèbre, rendant l'atmosphère encore plus étouffante. Une froideur surnaturelle semblait s'insinuer dans mes os à mesure que nous avancions. Je pouvais sentir le poids du regard de Lorin, sa peur masquée par une expression de froide détermination.

Finalement, nous atteignîmes une vaste salle éclairée par des torches vacillantes accrochées à des piliers gravés de motifs tribaux et de figures félines. Le plafond, haut et voûté, disparaissait presque dans l'obscurité, tandis que les murs étaient décorés de bannières déchirées et de symboles représentant des épreuves passées. Une assemblée de Tigeras, se comptant par centaines, nous fixait avec un mélange de curiosité et de méfiance, leurs postures tendues rappelant des prédateurs prêts à bondir. Leurs yeux brillaient d'un éclat féroce, et un silence pesant régnait, interrompu uniquement par leurs respirations lourdes.

Au centre, un trône imposant en fer forgé était occupé par leur chef. Son pelage noir comme la nuit, rayé de doré, captait la faible lumière des torches. Ses yeux, étincelants d'une intelligence froide, scrutaient chaque mouvement.

« Chers invités, je vous en prie, ne paniquez pas. Nous sommes de bons hôtes, » annonça-t-il avec un sourire cruel.

— Relâchez-nous dans ce cas, rétorquai-je.

L'assemblée éclata de rire, un bruit rauque et discordant qui résonna contre les murs. Lorin me jeta un regard suppliant.

« La lune sera pleine demain soir, expliqua le chef. Et, comme chaque année, nous organisons un Passage des Épreuves. »

— En quoi cela nous concerne-t-il ? éclatai-je.

— Cette année est spéciale, dit-il en se levant, ses mouvements fluides trahissant une force contenue et une confiance absolue. Nous avons décidé de franchir une étape historique pour notre peuple en testant les nouvelles épreuves que j'ai imaginées. Vous serez les premiers à les affronter. »

Une agitation saisit la foule, leurs mouvements fébriles rappelant une meute de prédateurs prêts à bondir. Certains Tigeras montraient les crocs, d'autres frappaient le sol de leurs griffes, comme pour marquer leur impatience. Les Tigeras bondissaient de joie, leurs rugissements et leurs danses frénétiques transformant la salle en une arène sauvage. Les murs semblaient vibrer sous la force de leurs cris. Leur chef, lui, se contenta de sourire, ses crocs blancs brillant dans l'ombre.

« Si vous réussissez, je vous laisserai partir. Sinon... vous ne serez qu'un repas de plus, » conclut-il froidement.

Sans un mot de plus, nous fûmes traînés hors de la salle, chaque pas renforçant la certitude que nous n'étions que des pions dans un jeu cruel. Les murmures menaçants des Tigeras s'éteignaient derrière nous, leurs échos semblant s'attarder dans les couloirs. À chaque pas, les rugissements de la foule, amplifiés par les parois de pierre, résonnaient comme un sinistre écho d'une sentence inéluctable, un rappel brutal de la cruauté qui nous attendait. Mon esprit, pourtant terrifié, s'accrocha à une seule pensée : trouver une façon de retourner la situation. Mon regard croisa celui de Chorza, toujours inconscient, tandis que les Tigeras s'éloignaient, leurs pas résonnant comme un sinistre prélude à notre destin.

 Mon regard croisa celui de Chorza, toujours inconscient, tandis que les Tigeras s'éloignaient, leurs pas résonnant comme un sinistre prélude à notre destin

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Le Destin d'Aëdan [Original Story]Où les histoires vivent. Découvrez maintenant