Chapitre 55 : Diversion

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L'odeur âcre de la fumée flottait encore dans l'air lorsque je rejoignis le messager au marché. Le souvenir de l'incendie, de la panique des habitants et de la lueur triomphante dans les yeux de Camilla me hantait. J'avais joué mon rôle, incendié cette maison, provoqué la panique... mais à quel prix ? L'image de la vieille femme aux cheveux blancs, suppliant qu'on épargne sa demeure, refusait de quitter mon esprit.

Le messager, tapi dans l'ombre d'une ruelle sordide, affichait un sourire narquois qui me glaça le sang. « J'ai cru comprendre que vous aviez accepté notre offre. »

« En effet », répondis-je, la voix rauque. La gorge me serrait à l'idée de devoir prononcer ces mots. « Mais j'ai des conditions. »

Le messager haussa un sourcil, visiblement intrigué. « Des conditions ? »

« Je veux des garanties. Je veux être sûr que Fläme tiendra sa promesse. »

« Vous avez la parole de Camilla », répondit-il avec un sourire carnassier qui dévoilait ses dents jaunies. « Et croyez-moi, elle tient toujours ses promesses. » Un frisson me parcourut l'échine. Pouvais-je réellement me fier à la parole d'une femme comme Camilla ?

Il me tendit un parchemin scellé de cire noire. « Voici les détails de votre mission. Vous devez créer une diversion à l'est de la ville. Un incendie de grande ampleur. Plus les elfes seront occupés, mieux ce sera. »

J'ouvris le parchemin et parcourus les lignes à la lueur d'une torche vacillante. Le plan était simple, brutalement efficace. Trop efficace, peut-être. Je devais déclencher un brasier qui engloutirait tout un quartier. Des centaines de maisons, des milliers de vies... L'ampleur de la tâche me fit tourner la tête.

« C'est... excessif », murmurai-je, le souffle court.

« La fin justifie les moyens », rétorqua le messager avec un haussement d'épaules qui trahissait son indifférence. « N'oubliez pas ce que vous avez à gagner. »

Il avait raison. Erina. Sa liberté, sa vie, dépendaient de ma réussite. Je n'avais pas le choix. Je devais accomplir cette mission, aussi terrible soit-elle.

« D'accord », dis-je en serrant les dents, le goût amer de la défaite sur la langue. « J'accepte. »

***

Trois jours s'étaient écoulés depuis mon sinistre rendez-vous au marché. Trois jours à dompter le feu sous l'œil implacable de Styx. La déesse, aussi patiente qu'impitoyable, m'avait poussé au-delà de mes limites, me forçant à affronter mes peurs et mes doutes pour maîtriser la magie du feu. Chaque muscle de mon corps me faisait souffrir, chaque parcelle de mon être aspirait au repos, mais je ne pouvais me permettre de faiblir.

Chaque matinée débutait par une séance de méditation intense, où j'apprenais à canaliser l'énergie brute qui bouillonnait en moi, à la modeler selon ma volonté. Assis en tailleur au sommet d'une falaise battue par les vents, je fermais les yeux et laissais le flux incandescent parcourir mes veines, me consumer de l'intérieur. Est ce que je deviens réellement plus puissant ? Est-ce que cette force nouvelle, aussi destructrice soit-elle, suffira à affronter les dangers qui nous guettent ? Le doute me rongeait.

L'après-midi était consacrée à la pratique. Dans une clairière isolée, au cœur de la forêt, Styx me faisait invoquer des flammes de toutes formes et de toutes tailles, des petites étincelles dansantes aux langues de feu voraces. La terre tremblait sous la puissance de mes invocations, les arbres s'embrasaient en un instant, réduits en cendres par la fureur du brasier.

« Imagine le feu comme une extension de toi-même, Aëdan », m'avait-elle répété inlassablement, sa voix résonnant comme le tonnerre. « Ressens sa chaleur, sa puissance, sa fureur. Dompte-le, et il deviendra ton allié le plus redoutable. »

Le Destin d'Aëdan [Original Story]Où les histoires vivent. Découvrez maintenant