Chapitre 67 : Une bénédiction

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L'obscurité m'enveloppait, froide et infinie, semblable à un gouffre sans fond où mon esprit se perdait. Mon corps flottait dans le vide, suspendu entre deux réalités, comme une feuille morte emportée par le courant. J'essayai de bouger mes doigts, mais ils étaient lourds et engourdis, comme s'ils étaient remplis de plomb. Tout mon être était paralysé, vidé de toute force. J'avais la sensation d'être un pantin brisé, un fragment d'existence à la dérive dans une mer de néant.

Puis, une sensation étrange me parcourut : un frisson glacial qui remonta le long de mon échine, suivi d'un souffle glacé qui me caressa la joue. Une odeur familière me parvint aux narines, un mélange d'encens, de pierre froide et de magie ancienne, une odeur qui évoquait à la fois la puissance et le danger.

J'ouvris les yeux.

Un plafond d'une blancheur irréelle s'étendait au-dessus de moi, vaste et lisse comme un ciel figé. L'air était lourd, silencieux, chargé d'une énergie surnaturelle qui me donna la nausée. Je clignai des yeux, essayant de m'habituer à la lumière intense qui baignait la pièce.

Le Puits de l'Infini. La réalisation me frappa comme un coup de poing. Je suis de retour.

J'étais allongé sur le sol poli du grand hall du château, mon corps endolori protestant au moindre mouvement. Les murs d'un blanc éclatant s'élevaient tout autour de moi, scintillants comme s'ils pulsaient d'une lumière intérieure. Les immenses vitraux, ornés de motifs géométriques complexes et de scènes mythologiques, laissaient filtrer une lueur étrange, irréelle, peignant le sol de reflets mouvants qui semblaient danser et se tordre comme des flammes. L'atmosphère était à la fois majestueuse et inquiétante, empreinte d'une puissance ancienne et mystérieuse. Je me sentis minuscule et insignifiant au milieu de cette immensité.

Un ricanement ironique me fit sursauter.

Je tournai lentement la tête et mon regard se posa sur une silhouette massive, drapée d'ombres mouvantes. Assis nonchalamment sur un trône d'ivoire sculpté, orné de symboles arcanes et de figures mythologiques, Beeus me fixait d'un air exaspéré, le menton appuyé sur sa main. Ses yeux mordorés brillaient d'une lueur moqueuse, et un sourire narquois étirait ses lèvres. Il était vêtu d'une simple tunique blanche, qui contrastait avec sa peau bronzée et ses cheveux noirs comme la nuit.

« Tu es franchement pitoyable, Aëdan. » Sa voix était un grondement lointain, vibrante d'une lassitude irritée. « Targal t'a écrasé. J'ai dû t'arracher à la mort moi-même. »

Son regard s'attarda sur moi comme s'il évaluait un objet défectueux. Il claqua la langue et se redressa, faisant craquer les jointures de ses doigts.

Je tentai de me redresser, mais une douleur fulgurante explosa dans mon torse. Je haletai, agrippant mes côtes brisées. Mon corps était encore marqué par mon combat perdu : mes bras tremblaient, mes jambes refusaient de me porter.

« Pourquoi... je suis ici ? », demandai-je d'une voix rauque.

Beeus leva un sourcil, amusé. « La dernière fois, je ne t'ai pas tout expliqué sur le Puits de l'Infini. » Il croisa les bras, penchant légèrement la tête. « Une fois que quelqu'un reçoit ma bénédiction, mon pouvoir demeure en lui. Cela signifie que le Puits de l'Infini ne t'abandonnera jamais. »

Le Destin d'Aëdan [Original Story]Où les histoires vivent. Découvrez maintenant