Chapitre 34 : For'Zas

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Les jours qui suivirent notre départ du village furent une course contre le temps. Nous traquions les marchands d'esclaves avec une détermination féroce. Chaque fois qu'Erina tendait la main, une lumière dorée semblait effleurer les empreintes laissées par nos cibles, révélant des traces que je n'aurais jamais cru possibles. À mesure que nous avancions, je ne pouvais m'empêcher de me demander : à quel point est-elle puissante ? Peu à peu, je comprenais pourquoi elle avait été à la fois admirée et redoutée à Veyloria.

Le paysage changeait au fil de notre progression, chaque transition marquant un nouveau défi. Les vastes plaines baignées de lumière laissèrent place à une forêt dense, une mer d'arbres imposants dont les troncs noueux se dressaient comme des sentinelles silencieuses. La lumière du jour se fragmentait en faisceaux hésitants, peinant à percer le toit végétal. L'air, saturé d'humus et de résine, portait une lourdeur presque suffocante. Les sons étaient rares : un bruissement furtif, une branche craquant sous mes pas, et, de temps à autre, le cri lointain d'un oiseau.

Je ne pouvais m'empêcher de jeter des regards nerveux autour de nous. Et si quelque chose se cachait dans ces ombres ? Ma main se resserrait instinctivement sur le pommeau de mon épée, comme si ce simple contact pouvait repousser les menaces invisibles.

Un soir, alors que nous campions près d'un ruisseau, le murmure apaisant de l'eau brisa le silence oppressant de la forêt. Le feu de camp crépitait doucement, projetant des ombres dansantes sur nos visages. Erina, assise en face de moi, semblait perdue dans ses pensées. Les flammes illuminaient ses traits avec douceur, révélant une gravité que je commençais à deviner familière. Ses yeux dorés, vibrants et énigmatiques, brillaient comme des joyaux dans l'obscurité.

Je brisai le silence, plus pour alléger l'atmosphère que par réelle curiosité. « Tu as vraiment un talent pour repérer des choses que je ne vois même pas. Cette magie, tu l'as apprise à Veyloria ? »

Elle releva la tête, détachant son regard des flammes pour me fixer. « Oui... en partie. Mais ce n'est pas qu'une question d'apprentissage. Veyloria... » Elle marqua une pause, cherchant ses mots. « C'est un monde très structuré, rigide même. Parfois, c'est étouffant. »

Je fronçai les sourcils. « Rigide ? »

Elle hocha doucement la tête, ses yeux se perdant à nouveau dans le feu. « Nous fonctionnons sous un système de classement strict pour les mages, basé sur leur puissance et leur maîtrise. Les rangs vont de E à SSS. Ce système est à la fois une source de fierté et un fardeau. »

Je reposai lentement mon morceau de pain, intrigué. « Et toi, tu te situais où ? »

Un sourire amer effleura ses lèvres. « Rang SS. Trop puissante pour qu'on m'ignore, mais trop proche d'un seuil que le pouvoir en place refuse de tolérer. »

Je l'écoutais, fasciné. Ce système rigide semblait si loin de tout ce que je connaissais. Quel genre de société peut élever quelqu'un pour ensuite le craindre au sommet de sa puissance ?

Je penchai la tête. « Pourquoi ? »

Elle poussa un léger soupir, comme si elle portait le poids d'un monde invisible. « Parce que le souverain de Veyloria ne doit jamais dépasser le rang S. C'est une règle tacite pour éviter les abus de pouvoir. Ceux qui franchissent cette limite sont perçus comme une menace. Falathar s'est servi de cette peur pour monter un complot contre moi. »

Mon regard se durcit. « Et personne ne t'a défendue ? »

Un voile de tristesse passa sur son visage. « Une seule personne. Une servante, Nara. Elle m'a avertie, au prix de sa vie. Elle a distrait mes assaillants pour me permettre de fuir. »

Le Destin d'Aëdan [Original Story]Où les histoires vivent. Découvrez maintenant