La chute semblait infinie. Mon corps flottait dans un tourbillon d'énergie et de lumière, et mes sens vacillaient sous l'intensité de l'expérience. L'air siffla à mes oreilles, ou du moins, ce que je percevais comme étant de l'air. Le Puits n'avait rien de naturel. C'était une anomalie, une énigme. Les parois, si elles existaient vraiment, scintillaient comme un diamant liquide, et leurs reflets semblaient danser autour de moi, me narguer presque. Chaque seconde semblait à la fois une éternité et un battement de cil.
Puis, les souvenirs commencèrent. Comme des éclats de verre, tranchants et imprévisibles, ils surgissaient, disparaissaient, et revenaient en boucle. Ma mère, son rire clair lorsqu'elle m'apprenait à ramasser ces fameuses fleurs bleues. Isil, son sourire plein d'espoir juste avant... Non. Mon poing se serra. Ce souvenir-là, je ne voulais pas y faire face. Pas maintenant. Un vertige plus fort que les autres me fit perdre toute notion d'espace, et soudain, tout s'arrêta.
Je n'atterris pas. Non, ce fut comme si le Puits décidait simplement que ma descente était terminée. Je me retrouvai debout sur une surface étrange, douce et légèrement élastique, comme un nuage condensé. Je fixai mes pieds, m'attendant presque à les voir s'enfoncer dans cette matière irréelle. Mais non, je restais stable, bien que mes sens peinaient à comprendre ce qui se passait.
Autour de moi, le silence. Pas un silence apaisant, mais un silence dense, oppressant. L'air semblait chargé d'une énergie que je ne pouvais nommer. Tout était blanc, jusqu'à ce que je lève les yeux.
Là, devant moi, se dressait un palais. Gigantesque. Parfait. Immaculé. Ses tours se perdaient dans une brume laiteuse, et ses murs, d'un blanc éclatant, étaient ornés de gravures complexes qui semblaient presque palpiter. Une aura d'intemporalité émanait de cet édifice, et malgré moi, je me sentis attiré vers lui. Chaque fibre de mon être me criait d'avancer.
« Quel est cet endroit... ? » murmurai-je.
Je fis un premier pas, hésitant. La surface nuageuse s'adapta sous mon poids sans bruit. Les portes du palais, hautes de plusieurs mètres, s'ouvrirent d'elles-mêmes alors que je m'approchai, comme si elles m'attendaient. Une fois à l'intérieur, je fus frappé par l'immensité du lieu. Les plafonds étaient si hauts qu'ils semblaient toucher le ciel. Les murs, d'un blanc nacré, étaient ornés de fresques représentant des scènes que je ne comprenais pas. Une bataille ? Une célébration ? Des visages familiers et étrangers y apparaissaient, mais je ne pouvais les nommer.
Je m'enfonçai dans le palais, chaque pas résonnant doucement sur le sol poli. À mesure que je progressais, une étrange sensation de solitude m'envahissait. Où étaient les habitants de cet endroit ? Était-ce un test ? Une illusion ?
La propreté des lieux et cette sensation de vide me rappelait le jour où j'avais attaqué Will dans les rues de For'Royal. Je me souvenais avoir marché dans les rues vides avant de m'évanouir. Il s'agissait d'un rêve autrefois mais à présent, je n'en étais pas si certain.
Une grande salle attira mon attention. Le sol, un miroir parfait, renvoyait mon reflet. Je m'arrêtai, pris au dépourvu par l'image qui me fixait. Mon visage. Mon corps. Fatigués. Marqués par tout ce que j'avais traversé.
Une pensée fugace me traversa : était-ce là ce que je voulais devenir ? Juste un homme brisé qui cherche désespérément à réparer ce qui est déjà perdu ?
Je détournai les yeux, refusant de me laisser distraire. Je repris ma marche, traversant un couloir bordé de colonnes infinies. Ici, chaque colonne était ornée d'inscriptions que je ne pouvais lire, mais leur présence me donnait la sensation d'être observé. Une tension invisible pesait sur mes épaules, comme si le palais lui-même me jugeait.
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Le Destin d'Aëdan [Original Story]
FantasyDans les ruelles sombres de For'Royal, la misère côtoie la majesté des tours elfiques. Aëdan, un jeune humain marqué par la brutalité du monde qui l'entoure, grandit dans l'ombre et la violence. Chaque nouveau matin pourrait être son dernier, tandis...