Lorsque j'ouvris les yeux, tout semblait étrangement calme. Le tumulte et les cris s'étaient évanouis, remplacés par un silence oppressant.
Ma tête était en feu, comme prise dans un étau. Je demeurai un instant immobile, les paupières fermées, essayant de dompter la douleur qui martelait mes tempes.
Enfin, je rassemblai mon courage et me redressai, balayant les alentours du regard. J'étais toujours là, au beau milieu d'un véritable charnier : des corps gisaient en tas, certains décapités, d'autres figés dans des postures d'agonie. Les murs, le sol, tout était maculé de sang coagulé. L'odeur âcre me soulevait le cœur. Il n'y avait plus âme qui vive dans ce décor de cauchemar.
C'en était trop. Mon estomac se révulsa violemment, et je vomis tout ce qui me restait. L'Elfe sanguinaire n'était plus là.
Il s'est probablement envolé avec l'Elfette..., songeai-je, amer devant mon impuissance.
Une douleur aiguë me lança dans la poitrine, et je constatai que ma respiration devenait laborieuse.
« Il m'a bien amoché, le vieux... » gémis-je, à moitié sonné.
Je rampai tant bien que mal jusqu'au poste des officiers, frappant à toutes les portes dans l'espoir qu'on me vienne en aide. Personne ne répondit. Les deux soldats se trouvaient ailleurs, et la table renversée gisait toujours au milieu de la pièce.
Où sont-ils passés ?
Je m'aventurai dans quelques ruelles adjacentes, mais ma recherche fut vaine. La douleur grandissait, me clouant presque sur place. Finalement, je m'effondrai, en quête d'un soupçon de répit.
Je jetai un coup d'œil aux environs pour m'orienter : face à moi, je reconnus l'échoppe Chez la Jarre, et derrière, se dressait le siège des négociants, où mon père travaillait depuis plusieurs années. Ce qui me frappa le plus, toutefois, fut l'absence totale de vie dans les rues.
Que les habitants se terrent, cela se comprend après un tel massacre. Mais où sont passé les gardes ?
J'échappai un soupir d'abattement et me redressai tant bien que mal. Ma jambe me lançait horriblement.
Quelle galère...
Boitillant, je longeai la rue jusqu'à la place Higdra. J'espérais y croiser enfin quelqu'un, un marchand, un Elfe, n'importe qui.
Le vide.
« C'est... impossible... » murmurai-je.
À bout de forces, je m'assis et sentis des larmes me monter aux yeux.
« S'il vous plaît, j'ai besoin d'aide... » criai-je, d'une voix hésitante, en répétant mon appel plusieurs fois. Pas de réponse.
Le vieux n'a pas pu tuer tout le monde. Il doit bien rester quelqu'un, quelque part..., tentai-je de me rassurer intérieurement.
C'est alors qu'un éclair embrasa le ciel devant moi. Ma vision se brouilla, et je m'affaissai, roulé en boule au sol.
En rouvrant les yeux, je me retrouvai entouré d'une foule compacte, comme si elle était apparue de nulle part. Des murmures, des exclamations, des bruits de pas : la ville semblait soudain pleine de vie. J'avais l'impression d'être encore en plein rêve, tant la transition m'était incompréhensible.
Il y a quelques instants à peine, ces rues étaient désertes...
Je me hissai péniblement sur mes jambes. Des visages inconnus me dévisageaient, certains avec curiosité, d'autres avec suspicion.
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Le Destin d'Aëdan [Original Story]
FantasíaDans les ruelles sombres de For'Royal, la misère côtoie la majesté des tours elfiques. Aëdan, un jeune humain marqué par la brutalité du monde qui l'entoure, grandit dans l'ombre et la violence. Chaque nouveau matin pourrait être son dernier, tandis...