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70 - Winter

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Winter



Je crois que ça faisait une dizaine de minutes que j'étais resté fixé devant cette porte. Je savais que je devais rentrer, je le savais, mais j'avais tellement peur.

J'avais peur de sentir une atmosphère aussi pesante que lorsque j'étais parti, de retrouver le regard accusateur de mes frères et sœurs, de reprendre à nouveau tout le blâme sur mes épaules.

Ça faisait plusieurs jours que je squattais alternant chez Luna et Céleste. Évidemment, je n'aurais pas pu faire ça encore longtemps. Leurs parents allaient commencer à se poser des questions et puis je n'avais aucune affaire.

Grace au lycée, j'ai pu repousser ce moment. En même temps, j'étais tellement prise par la pression que les profs nous mettaient pour les universités, les notes, et les examens à venir que je pouvais mettre cet aspect de ma vie sur le côté. De plus, j'avais maintenant Alex pour me divertir et malgré moi je l'appréciais quand même un peu. Il me procurait un divertissement différent des autres gars, c'était beaucoup plus calme, reposant, je savais qu'il ne voudrait pas mon corps alors j'avais une pression en moins.

Mais là je ne pouvais pas repartir et l'utiliser comme excuse une nouvelle fois pour éviter de rentrer. Je devais juste assumer les conséquences de mes actes en gardant la tête froide.

Je soupire puis insère mes clés dans la serrure en faisant cliqueter les porte-clés qui y étaient accrochés. J'ouvre légèrement la porte et entends directement les brides de « Baby One More Time » de Britney Spears.

Je me fige, la porte entrouverte. Personne ici n'écoutait Britney Spears, mis à part...

— Maman ? J'appelle doucement en ouvrant complètement la porte.

Ma voix avait tremblé comme une enfant, je ne savais pas pourquoi. Mon cœur s'affolait à l'idée que ça pourrait être elle, dans le bon côté et le mauvais. Au fond moi j'aurais voulu qu'elle revienne mais à quel prix ? Je savais que si elle était de retour nos vies allaient être pires qu'avant.

Je ne voyais rien à l'entrée et les lumières de la cuisine devant moi étaient éteintes. J'entendais une voix que je reconnaissais beaucoup trop bien chanter à tue-tête des paroles qui étaient légèrement différentes de l'original.

Mes pieds me guidèrent alors doucement devant la porte du salon.

Maman était là.

Mais plus le papier auparavant collé au mur.

Les meubles étaient rassemblés au centre de la pièce, le tapis enroulé, et les fenêtres grandes ouvertes malgré le froid glacial qu'il faisait dehors. Je sentais déjà les courants d'air danser contre ma peau qui frissonnait.

Ou peut-être que je frissonnais de soulagement, de peur, ou encore de colère. En fait toutes les émotions se mélangèrent en moi, me figeant sur place à l'entrée du salon.

Maman était dos à moi, abaissée contre un bout de papier peint qui était collé au mur, elle grattait en chantant, s'arrêtait puis d'un coup sec se relevait en arrachant le papier peint. Mon regard glissa contre les murs totalement déchirés, il ne restait que quelques papiers peints à certains endroits, ensuite mes iris s'abaissèrent aux deux bouteilles de vin posées sur la table.

Je regardais maman, puis à nouveau les bouteilles de vin. J'écoutais le son de sa voix stridente exploser mes oreilles.

Mon sang ne fit qu'un tour.

Même si maman ne m'avait pas remarqué, j'ignorai de me manifester devant elle et m'empressai d'aller à toute vitesse vers la chambre à gauche de l'appartement. J'ouvre la porte avec fracas et découvre Nina allongée sur le ventre de son lit, ses jambes battant dans l'air, avec des écouteurs filaires à ses oreilles avec un grand sourire aux lèvres en train de rire au téléphone. Directement, même si j'avais déjà remarqué ce qu'elle faisait, elle plaqua son téléphone face cachée contre les draps et se redressa en enlevant ses écouteurs tout en criant :

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