Chapitre 12-Agnès Sorel

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Il faisait presque nuit, la soirée glaciale faisait frissonner Agnès. Elle savait qu'il était temps, qu'elle ne pouvait plus reculer face à cet instant décisif de sa vie... Elle allait tuer la Reine. Au fond de son âme, la mort lui était horrible, la tourmentait grandement. Et pourtant, en un habit de serveuse en tunique ivoire, un plateau d'argent dans les mains... La coupe de vins avait des aspects de sang, le pourpre intense et profond se balançait de droite à gauche à chaque pas qu'Agnès faisait dans les couloirs du château. Il n'y avait que le bruit de ses pas qui résonnaient... Un peu comme un rictus de mort.

Agnès se trouva face à la porte de la chambre de sa majesté, dans ses pensées tout lui dictait qu'un noir absolu l'attendait derrière cette infime façade. Par dessus tout elle ne pouvait empêcher son cœur de battre si fortement, à lui en faire mal à la cage thoracique. Malgré la douleur et la peur qui faisait trembler ses membres, il y avait un désir d'en finir avec tout cela. Enfin renaître dans un nouveau monde qu'elle et Louis auront façonné... Ainsi était-ce son plus grand rêve.

Elle toqua tout d'abord, s'annonçant pour ensuite ouvrir d'une main mal assurée la poignée. Lorsque la porte glissa contre le parterre luxueux, Agnès cru voir un cauchemar. Il n'y avait pas seulement le noir, aussi sombre que dangereux qui la paralysait un instant sur place. Non, il y avait aussi une tension terrible qui planait dans l'aire, comme si les ténèbres s'apprêtaient à l'engloutir. Elle avait cette sensation qu'à tout moment, un démon venu de l'enfer lui même viendrait la dévorer. Similaire à un autre univers, il s'agissait comme d'une rupture entre la réalité et l'illusion. Qu'avait-il dans une telle pièce close, persécutée d'un noir affligeant ? Mais Agnès ne pouvait plus reculer... Un souffle à l'intérieur de la chambre l'appelait à entrer. Elle se laissa guidée par le peu de courage qui lui restait et se força à pénétrer dans l'entre des ténèbres. Derrière elle la porte se referma lentement... Jusqu'à ce qu'elle brutalise les murs d'un geste violent. Agnès... était enfermée.

Elle tourna sur elle même, cherchant ne serait-ce qu'une source de lumière pour apercevoir la Reine. Elle sentait une présence autour d'elle, des regards se poser sur sa personne et l'épiés avec malice et orgueil. Elle tentait désespérément de cacher sa respiration haletante, seul le silence était présent dans cette chambre d'horreur. Alors elle sentit une main effleurer son bras tandis qu'elle se figea instinctivement. Des doigts caressaient sa peau et une voix de femme, stricte et autoritaire lui parvînt.

- Tu es nouvelle... (Agnès hocha de la tête en déglutissant avec difficulté) Que m'apportes tu ?

La femme se retira, non sans garder des yeux avides, fixés sur Agnès. Celle-ci compris qu'il s'agissait de la Reine, elle fit une petite révérence avant de présenter la coupe. Le liquide lui était maintenant visible, les yeux d'Agnès, peu à peu, s'intégraient bien. Elle en venait à voire défiler devant elle une silhouette, aussi captivante que terrifiante. Un dos droit, une robe longue avec un col relevé en des piques majestueux. Les cheveux de la reine se trouvaient en un chignon vertigineux alors qu'elle scrutait Agnès, faisant attention au moindre mouvement de son invité. La tension était si intense que l'aire paraissait lui même s'évaporer... Agnès cherchait de l'oxygène, son cœur était compressé par un stress nouveau, insurmontable. La coupe bougeait de quelques centimètres en accord avec ses tremblements. Le temps passait si lentement qu'une envie irréductible de fuir la submergea.

Puis tout autour d'elle parût se figé... D'un geste brutal la Reine poussa la coupe qui s'écrasa contre le parterre à présent taché d'un rouge sang. Le liquide envahit le sol, telle une marque mortelle aspirant la vie pour représenter la mort. Le plateau en argent glissa d'entre les mains d'Agnès... Lui aussi s'effondra dans un bruit sourd. Agnès resta muette, son corps, ses yeux, rien n'avait encore assimilé tout ce qui s'était passé. Ses membres tremblotaient, quelques mèches de cheveux collaient sur son visage et son dos ruisselait de sueur. Alors elle cru perdre tout espoir... était-elle véritablement capable d'une telle chose ? Dans une colère terrible, la Reine hurla près de son visage :

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⏰ Dernière mise à jour : Feb 20, 2017 ⏰

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