Serpent sans poison

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« Voici votre commande.
- Merci. »

Je déposais les consommations sur la table et repartis derrière le comptoir.
Cela faisait deux soirs de suite que je m'occupais des commandes, étant donné qu'Elora est tombée malade.

Cela dit, les pourboires étaient nombreux, ce qui me réconfortais un peu sur mon sort.
Deux jours s'étaient écoulés depuis le moment... intime partagé avec Lucifer.

Deux jours où j'avais tout fais pour instaurer de nouveau une distance raisonnable entre nous.
Deux jours où je me forçais à calfeutrer les souvenirs de mon enfance. Mais il était bien plus simple de fuir un démon que ses propres souvenirs. Pour mon plus grand malheur.

Un verre humide dans la main, un chiffon dans l'autre, j'essuyais les contenants, laissant mes pensées divaguer.

// Flashback //

« Maman ! Regardes les belles fleurs !
- Oui ma chérie. Ce sont des coquelicots. La plupart du temps, ces fleurs symbolisent la résurrection, la vie éternelle, la beauté ou même la paix lors de la mort.
- Alors si elles sont signe de beauté, je vais t'en faire un bouquet ! Parce que tu es la plus belle des mamans ! »

Tout en disant ceci, je me baissais afin de cueillir les fleurs, pour les réunir en un petit bouquet d'un rouge éclatant.
Fière de moi, je tendais ce dernier vers ma maman, qui, émue, murmura en me caressant les cheveux :

« C'est vraiment très gentil ce que tu viens de dire mon ange. Merci. Je le garderais précieusement. »

Devant ses yeux embués, je lui fis un immense sourire. Un sourire franc et lumineux.
Un sourire qui devient irréalisable quelques années plus tard...

// Fin du flashback //

Les coquelicots.... ce n'était pas pour rien que je m'en étais fais tatouer sur mon épaule gauche..
Symbole de la paix lors de la mort...
Symbole de résurrection....

Il avait été le tout premier tatouage à orner mon corps. Je me l'étais fais tatouer peut de temps après que j'eus quitté la maison de mes géniteurs.

En abandonnant ce lieu maudit, j'avais pu m'épanouir et sauver mon âme de la douleur. Ou du moins un minimum. J'étais revenue d'entre les morts. J'étais ressuscitée, plus combative que jamais.

Mettant fin à mes lamentations intérieures, une silhouette féminine s'approcha d'une démarche chaloupée vers moi :

« Un Monaco pour moi.
- Bien le bonsoir Claire. Dis moi, un "s'il te plaît" t'écorcherais la langue ?
- Pff. Ne dois-tu pas être aimable avec les clients ?
- Si mais l'amabilité la même pour tout le monde. Tiens, le voilà ton Monaco. »

Je posais le verre sur le comptoir, espérant enfin me débarrasser de la sangsue en face de moi. Malheureusement pour moi, cette dernière s'installa tranquillement sur une chaise haute en face du comptoir :

« Bon, tu te doutes bien que je ne reste pas ici en ta présence pour tes "beaux" yeux.
- Pourquoi alors ? Pour polluer mon espace vital peut être.
- Je vais être honnête avec toi. Le beau gosse là-bas. »

Elle me pointa de son doigt manucuré Lucifer, assis dans un coin plongé dans l'ombre du bar.

« Il est pour moi. Il a beau vouloir jouer sur deux tableaux, je ne permettrais pas que tu sortes vainqueur de ce match.
- Calmes tes hormones Claire. Je ne suis pas intéressée par Luci... Luc. Je te le laisse sans aucun problème.
- J'espère bien.
- Mais... laisse moi te prévenir. Ce mec ne s'intéresse à toi, ne serait-ce qu'un peu, uniquement pour tes airs de poupée gonflable. Te fais pas d'illusions.
- Comment ? Répètes un peu pour voir sale garce ! »

Je plantais mes yeux vairons dans les siens meurtriers et déclarais d'une voix claire :

« Il ne s'intéresse qu'à ton cul et à rien d'autre. T'as bien entendu là ? »

Ses yeux se réduisirent à l'état de deux fentes, et ses poings se serrèrent.
Et sans prévenir, elle tenta de m'attraper par le col de ma veste en cuir noire.

Agile, j'esquivais le coup, saisissant plutôt ses cheveux blonds, et plaquais violemment son visage sur le comptoir.
Un bruit de craquement se fit entendre et j'ignorais s'il s'agissait de son nez ou non.

Elle releva la tête, du sang maculant son visage. Ah, c'était donc son nez...

« Tu as vu ce que tu m'as fais ?
- Difficile de ne pas voir cela dit.
- Sale garce !
- A court de venin peut-être ? »

Elle avait osé tenter une attaque frontale.
Elle ignorait à qui elle se frottait en faisant ça.
Je fis craquer mes jointures à travers mes mitaines cloutées et, rejoignant la furie blonde de l'autre côté du comptoir, je déclarais :

« Si t'as un problème avec moi, autant qu'on règle ça tu crois pas ? »

Je me postais face à elle, les jambes légèrement écartées, de façon à ce qu'elles suivent le prolongement de mon bassin.
J'entendis un sifflement à ma droite et remarquais alors que tout le monde avait cessé de parler, attentif à notre confrontation.

Au même moment où nous allions nous mettre à régler nos comptes, une voix puissante et rauque déclara :

« Même si voir deux femmes se battre ne me gênerais pas, je préfère mettre fin à tout ça avant de devoir agir de façon plus... active. »

Je me retournais, et le vis.

Le Reflet | Terminé |Où les histoires vivent. Découvrez maintenant