Chapitre 13-2

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   - Je vous avais dit que c'était une erreur ! Ne pouvait s'empêcher de répéter Dario pendant que les deux autres se trempaient lentement la tête dans l'eau fraîche de la rivière pour se sentir mieux. 

   - Parle un peu moins fort, tu veux ? Intima Jefferson. On a compris la leçon, la gueule de bois, ça fait mal. 

   - On avait bien le droit de profiter un peu, non ? Intervint Thomas en grimaçant. 

   - Mais on prend du retard, s'indigna Dario. Par votre faute, on n'aura pas le temps d'aller assez loin. 

   - D'ailleurs, j'y ai réfléchi, dit Thomas en ignorant sa remarque, on ne peut pas continuer en barque beaucoup plus longtemps. C'est très fatiguant et on avance pas beaucoup. Il y a des vélos dans la maison, je pense qu'on devrait les utiliser. 

   - Mais comment on saura par où aller, une fois dans la forêt ? Demanda l'américain. 

   - Comment tu comptais savoir qu'on était arrivé au point le plus proche de Paris sur la Loire ? 

   - Avec une boussole. 

   - On utilisera ça aussi pour se diriger. Pour l'instant, Paris est au nord. On essayera de trouver une carte le plus tôt possible. Et si on rejoint une autoroute, ou une nationale, ça sera facile de se diriger grâce aux panneaux. 

Il finit par convaincre les deux autres et ils se dirigèrent vers le garage. Il y en avait quatre, sûrement un pour chacun des anciens habitants de la baraque. Deux B-tween taille adultes, un vélo taillé pour jeunes adolescents, et un dernier, plus petit, rose bonbon avec des paillettes au bout des poignées. 

   - Elle en avait un comme ça, leur apprit Thomas sans parvenir à détacher son regard de l'engin. Si elle était encore là, elle aurait sauté de joie en le voyant. 

   - Thomas... répondit Jefferson, elle est toujours là, dans nos coeurs. Tu le sais. 

   - Non. Lizzie est morte. Elle doit être enterrée quelque part dans une fosse commune près de Lyon. Elle n'est plus là parce que je l'ai abandonnée.

La fin de sa phrase s'est finie dans un sanglot qu'il essaya de contenir au fond de sa gorge. 

   - Tu regrettes, n'est-ce pas ? Alors elle te pardonnera, Thomas. Elle t'aimait. 

Il accueillit son ami dans le creux de son épaule et le laissa verser quelques larmes silencieuses. La chienne, sentant sa tristesse, vint se frotter à ses jambes. Quand il se redressa Dario lui tendit un mouchoir. Il s'essuya les yeux et le nez avant d'empoigner un des grands vélos en disant : 

   - Je ne pourrai pas oublier sa voix. Elle me disait que c'était ma faute. Elle m'empêchait de dormir, elle me parlait sans cesse. Et puis elle est morte. Le dernier soir, sa voix était douce. Elle m'a dit qu'elle allait rejoindre nos parents. Et elle m'a dit qu'elle me pardonnait. Pourtant, je ne peux pas oublier. 

   - Je crois que tu ne veux pas oublier, lui annonça Jefferson en attrapant à son tour son vélo. Dans les livres, ils appellent ça le syndrome du survivant. On est pas dans un bouquin, mais ce qu'on vit pourrait s'approcher d'une sacrée fiction, alors ça doit marcher. Tu penses que c'est injuste, donc tu te convaincs que c'est ta faute. Sauf que tu sais que ce n'est pas le cas. Ce n'est la faute de personne, c'est juste... la faute à pas de chance. 

Thomas pouffa, ce qui, mélangé aux sanglots, ressemblait à un espèce d'éternuement étouffé. 

   - J'aimerais être toi, Jeff. C'est la faute à pas de chances... Tu réussirais presque à me convaincre. Mais je ne crois plus aux bisounours depuis trop longtemps. Depuis que mon père m'a frappé, en fait. 

Il passa une jambe au dessus de la selle, attrapa le guidon et lança : 

   - Il faut partir, on a encore un long chemin avant Paris. 

Jefferson le suivit en soupirant, attristé par l'attitude de son ami. Lizzie était pour lui une blessure ouverte qui ne guérirait jamais, peu importe la quantité de sourires qu'il ferait pour l'effacer. 

Quand ils sortirent du terrain qui les avait accueilli trois jours durant, Thomas était en tête, les joues trempées, Dario suivait en pédalant aussi vite qu'il pouvait, handicapé par ses roues plus courtes, et Jefferson fermait la marche, ralenti par le poids de Newton installée dans le siège pour enfant posé sur son porte bagage. 

NémésisOù les histoires vivent. Découvrez maintenant