Pandore
Je reste sous la douche bien trop longtemps. La vapeur envahit l'appartement, embuant les miroirs, s'accrochant aux murs comme un brouillard. La clim est en panne depuis des jours, et la chaleur empire tout, mais je n'arrive pas à couper l'eau.
Je me frotte jusqu'à ce que ma peau brûle.
Je ne me sens toujours pas propre.
La balle est dans mon sac.
Je n'arrête pas d'y penser. À sa présence incongrue. Elle aurait dû être enregistrée. Étiquetée. Envoyée en anatomopathologie. Ou remise à la police. Mais au lieu de ça, je l'ai trouvée. Par terre, dans un hôpital qui prétend qu'il n'a jamais existé.
Et le pire ? Elle était tiède.
Comme si quelqu'un venait de la laisser tomber.
Je coupe l'eau d'un geste brusque. M'enveloppe dans une serviette. L'air de mon appartement colle à ma peau, lourd et moite.
Mes mains tremblent.
Je me sèche à la va-vite et me précipite dans la cuisine, la serviette à peine serrée autour de moi. Ma peau picote encore. J'ouvre violemment le congélateur, attrape le premier plat surgelé à portée de main - du poulet, je crois - et le balance au micro-ondes. Sans même lire l'étiquette.
Je m'appuie contre le plan de travail en fixant le mur pendant que l'appareil ronronne.
Je ne pense qu'à lui.
Arès.
Ma tête martèle.
Je me souviens du sang. Des moniteurs. De la panique de mon équipe tentant de le sauver. Je me souviens lui avoir murmuré comme une folle - ne t'avise pas de mourir - et je me souviens de ces yeux violets m'observant à travers la brume.
Le reste ? Disparu. Comme si quelqu'un avait réécrit les images dans mon cerveau.
Le micro-ondes bippe. Je ne bouge pas.
Mon téléphone vibre dans la poche de mon pyjama. Je réponds sans réfléchir.
— Docteur Ceaser ? crachote une voix à l'autre bout.
Je cligne des yeux. Il me faut une seconde pour reconnaître mon interlocutrice. Leslie D. Hunt - infirmière en traumatologie, fiable, calme en crise, dix ans d'expérience, et sacrément perspicace.
— Leslie, dis-je en expirant. Oui. Je suis là. Qu'est-ce qu'il se passe ?
— Un trauma arrive. Accident de voiture grave. Le chef vous a demandée - je sais que vous êtes officiellement en repos, mais...
— J'arrive dans dix minutes.
Je raccroche avant qu'elle ne puisse ajouter quoi que ce soit.
Le micro-ondes bippe à nouveau. Inutile. L'odeur de poulet réchauffé me soulève le cœur.
J'attrape mon sac, vérifie mes clés, et sors en trombe, pieds nus, toujours en pyjama à motifs de koalas.
Je suis à mi-chemin dans le couloir quand je m'immobilise net.
Quelqu'un se tient devant mon appartement.
Grand. Immobile. Qui attend.
C'est lui.
Arès.
Plus de blouse d'hôpital. Plus de bandages. Juste des vêtements noirs et ces yeux impossibles luisant dans la pénombre du couloir.
Je ne réfléchis pas.
— Qu'est-ce que tu fous ici ?
Je n'ai pas peur. Je devrais. Mais tout ce que je ressens, c'est de la fureur. La chaleur remonte le long de ma colonne comme une menace. Ma voix tremble, mais pas de peur. De colère.
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Le sang des Rois
ParanormalArès, dieu de la guerre cruel et sanglant, n'a toujours connu que la haine, l'anarchie et le chaos total. Avide de destruction, il est banni de l'Olympe par son père, Zeus, qui le condamne ainsi à l'oubli de sa vie d'antan et à la mortalité. Arrivé...
