Chapitre vingt-quatre

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Pandore

La docteure continue de parler, mais je l'entends à peine. Sa voix est lointaine — mince, distordue. Étouffée par la stridence qui pulse dans mes oreilles.

— Elle a fait une crise, dit-elle.

C'est tout ce que je capte d'abord. Juste cette phrase. Et puis je sombre.

Le couloir s'étire autour de moi comme un tunnel — stérile, bourdonnant, trop lumineux.
Trop propre. Un endroit qui avale le son, émousse les émotions, fait même du chagrin quelque chose qu'il faudrait doser avec mesure.

Et je redeviens une enfant. Petite. Impuissante. À attendre qu'on me dise quoi faire.

À chaque fois que Daphné vacille, je perds des années. Mon corps reste debout, mais mon esprit replonge dans cette boucle familière : chagrin, peur, impuissance. Les fantômes des murs blancs, des voix coupées, des silences suspendus en attendant des résultats. L'odeur d'antiseptique s'infiltre dans mes poumons, plus âcre encore que l'oxygène injecté dans les siens.

— Nous avons réussi à drainer une grande partie du liquide de ses poumons, poursuit la docteure, douce.

— Alors pourquoi est-elle toujours sous respirateur ? demandé-je, en forçant mon regard à croiser le sien.

Je la connais. Une collègue. La cheffe de pédiatrie. Elle suit le dossier de Daphné depuis que j'ai été transférée ici. On s'est parlé une dizaine de fois.

Mais là, elle pourrait aussi bien être une étrangère.

Un autre visage qui tente d'enrober l'impossible dans un langage doux, avec des chiffres alignés dans un tableau.

— Elle ne respire pas seule, dit-elle. Il y a eu trop de dégâts. Son corps a besoin de temps.

— Elle est en coma artificiel ?

Elle hoche la tête. Hésite. Je la vois chercher comment envelopper la vérité dans quelque chose de plus supportable.

Mes yeux glissent au-delà d'elle, jusqu'à la vitre étroite.

Daphné est allongée, petite et immobile sur les draps blancs. Inconsciente. Pâle. Ses cheveux roux en bataille éclatent sur l'oreiller, sauvages même dans le silence.

Elle a l'air de dormir. Comme si elle allait se réveiller d'une seconde à l'autre.

Mais je sais.

Je sais chaque détail de ce dispositif. Je l'ai enseigné. Je l'ai utilisé.

J'ai arpenté ce service, montrant ces mêmes moniteurs à des parents trop engourdis pour respirer.

Mais rien ne vous prépare à ça.

À voir un corps que vous avez aidé à grandir derrière cette vitre.

— Combien de temps ? demandé-je.

Une autre pause. Plus lourde.

— Nous ne savons pas. Nous la surveillons de près. Nous espérons avoir plus de réponses dans les prochains jours.

Les mots tombent comme des pierres.

Clairs.

Froids.

Ma gorge se serre.

Les larmes montent — brûlantes, prêtes — mais je les retiens.

Pas ici.

Pas maintenant.

Je ne peux pas céder.

Pas tant qu'elle se bat.

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