Marc.
Ici.
Dans cet hôpital.
Je le fixe, comme si je pouvais le faire disparaitre.
— Quoi... ? Ma voix se brise, trop brisée, trop douloureuse.
Je me racle la gorge, essayant de reprendre le contrôle.
— Qu'est-ce que tu fais ici ?
La dernière fois que je l'ai vu, c'était dans un restaurant, une cabine à demi éclairée avec une assiette de pâtes intacte entre nous, l'air si lourd de finalité que j'avais du mal à respirer. J'ai brisé son cœur ce soir-là. Ou du moins, la partie de lui que j'avais pu toucher.
Et puis je suis partie. Je suis sortie sans me retourner. J'ai changé de ville. Changé d'hôpital. Avancé.
Je réalise, avec un frisson froid dans mon ventre, que je n'ai pas pensé à lui une seule fois depuis.
Pas une seule.
Pas quand j'ai emballé mon appartement.
Pas quand j'ai signé les papiers de transfert.
Marc, qui occupait autrefois tout un week-end de ma vie.
Marc, que je connaissais dans l'obscurité.
Maintenant, il ressemble à un étranger.
Les mêmes cheveux en bataille. Les mêmes yeux fatigués. La même légère inclinaison de ses épaules qui lui donnait toujours l'air de se préparer à recevoir un coup.
Marc cligne des yeux, déstabilisé par ma réaction.
— Je couvre un poste, dit-il après un moment, sa voix trop décontractée pour être sincère. — Pénurie de personnel. Réductions budgétaires. Le truc habituel.
Il hésite, m'observant, et il y a quelque chose dans la façon dont ses yeux s'attardent sur moi qui me tord l'estomac un peu plus.
— Je vais bien, je mens, forçant les mots à sortir entre mes dents, essayant de reconfigurer mon visage en quelque chose de neutre.
Il ne bouge pas. Ne détourne pas les yeux.
— Tu n'as pas l'air bien, dit-il finalement, sa voix devenant plus basse, plus douce, comme s'il pensait que la gentillesse pourrait déverrouiller quelque chose en moi.
Je croise les bras sans réfléchir, me préparant contre le tremblement que je ne peux pas totalement réprimer. Le sol sous mes pieds semble trop fin, comme si le poids de tout ce qui m'écrase allait le fissurer.
Marc fait quelques pas vers moi, pas assez pour me toucher, mais assez pour me faire me sentir piégée.
— Tu ressembles à quelqu'un qui vient de se prendre un camion, dit-il, plus doucement cette fois, presque comme s'il m'offrait une issue.
Une chance de me laisser m'effondrer dans ses bras. De retomber dans quelque chose de facile.
— Je t'ai dit que ça allait, je réplique.
Ça sort plus sèchement que je ne le pensais, trop cassé, trop brut. Je le vois le remarquer, la façon dont sa mâchoire se serre, la façon dont quelque chose s'allume dans ses yeux.
— Tu n'as pas répondu à mes messages, dit-il après une longue pause, sa voix devenant plus plate.
— J'avais beaucoup de choses en tête, je marmonne, détestant la façon dont je sonne défensive, même alors que les mots quittent ma bouche.
— Ouais. Il rit, court, amer, creux. — Je l'ai compris quand tu m'as ignoré.
L'accusation pend entre nous, aigre et familière.
VOUS LISEZ
Le sang des Rois
ParanormalArès, dieu de la guerre cruel et sanglant, n'a toujours connu que la haine, l'anarchie et le chaos total. Avide de destruction, il est banni de l'Olympe par son père, Zeus, qui le condamne ainsi à l'oubli de sa vie d'antan et à la mortalité. Arrivé...
