Chapitre trente-quatre

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Pandore

Je reste là, engourdie, mes mains encore tremblantes des visions qu'elle m'a forcé à voir, mais ce n'est pas les dieux, ni les souvenirs, ni même le chagrin qui presse contre mes côtes maintenant.

C'est lui.

Arès.

Le poids de ce qu'il a fait pour moi écrase tout le reste, plus lourd que la rage, plus lourd que la perte. Je l'ai vu. Je l'ai ressenti. Lui, à genoux devant Zeus, pas comme un guerrier, pas comme un dieu, mais comme quelque chose de brisé. Quelque chose de dépouillé, suppliant pour une seule chose.

Moi.

Ma vie, arrachée des mains du destin par un dieu prêt à brûler tout ce qu'il était juste pour me garder en vie.

Et j'ai cru quand il m'a dit qu'il ne m'aimait pas.

Je l'ai laissé mentir devant moi. Je l'ai laissé me déchirer avec ces mots, froids, calculés, cruels, et je les ai pris comme la vérité. Comme si je le méritais.

Je creuse mes ongles dans mes paumes, désespérée de trouver quelque chose de réel pour m'ancrer, mais la seule chose que je ressens, c'est la haine qui grimpe dans ma gorge. La haine de lui. La haine de moi.

Parce qu'au fond de moi, une partie de moi l'aime encore. Ressent encore son absence. Même après tout.

Et c'est ça que je déteste le plus.

Je le déteste de penser qu'il pouvait choisir pour moi. Je le déteste de croire qu'il avait le droit de décider si je devais me souvenir de lui ou l'oublier. Je le déteste d'être prêt à disparaître encore, de me laisser vivre une vie qui n'était pas la mienne, qui n'était pas la nôtre, parce qu'il pensait que ça m'épargnerait de la douleur.

Et je me déteste pour avoir rendu ça si facile.

Je serre les yeux, espérant que la brûlure dans ma poitrine disparaisse, mais ça n'aide pas. Les images continuent de venir, Arès, hurlant aux portes de l'Olympe, Arès, enchaîné et saignant, Arès, à genoux devant un roi qui ne lui montrerait jamais de clémence. Tout ça pour moi. Tout ça pour une fille qui ne se souviendrait même pas de son nom.

Je pensais qu'il m'avait abandonnée. Je pensais qu'il ne voyait plus rien en moi qui vaille la peine d'être aimé.

Mais il essayait de me sauver.

Je ne peux pas rester là, immobile, pendant que la vérité me ronge de l'intérieur.

Je dois le voir.

Je dois lui faire voir qui je suis, pas comme quelque chose de fragile, quelque chose à plaindre ou à protéger, mais comme la femme qui méritait de connaître la vérité depuis le début.

Même si ça nous détruit tous les deux.

Je prends ma veste sur la chaise sans réfléchir, le mouvement saccadé, maladroit. Mes clés tintent dans ma main, glissent une fois avant que je resserre ma prise.

La porte claque derrière moi, assez fort pour faire trembler le cadre.

Je bricole la serrure, ouvre la porte de la voiture, et me jette derrière le volant, comme si le seul fait de bouger pouvait m'empêcher de m'effondrer. Le moteur tousse, s'éveille. Je le mets en marche, les pneus glissent légèrement alors que je m'éloigne du trottoir.

Je n'ai pas de plan. Pas de mots répétés. Pas d'excuse ni d'accusation assez tranchante pour ce qui saigne sous ma peau.

Tout ce que je sais, c'est que je dois le voir.

Le sang des RoisDes histoires addictives. Découvrez maintenant