Je frappe, encore et encore, mes poings s'abattent sur le sac de frappe. Chacun de mes coups résonne dans la pièce comme un écho de la tempête à l'intérieur de moi. Je frappe jusqu'à sentir mes muscles brûler, jusqu'à ce que mes jointures me lancent de douleur. J'en ai besoin. J'ai besoin de ressentir cette douleur, de me perdre dans cet acte répétitif, brutal.
Je frappe jusqu'à ce que l'air manque dans mes poumons, jusqu'à ce que chaque respiration devienne un supplice.
Ne pense pas. Ne ressens rien. Juste frappé.
Je ne veux plus réfléchir, je ne veux plus entendre cette voix qui me susurre que je ne suis pas assez. Pas assez forte, pas assez présente.
Chaque coup que je donne est une protestation, un cri silencieux contre tout ce qui m'enferme. La rage monte à l'idée que Luna ne me laisse plus sortir, plus comme avant. Elle me garde à l'intérieur, me reléguant dans un coin sombre de son esprit. Mais je refuse de m'effacer, de rester dans l'ombre comme un simple témoin.
Et cet enfoiré... Sky. Je frappe plus fort rien qu'à l'évocation de son nom. Il prend ma place. Il la vole, l'éloignant de moi, lui donnant de faux espoirs. Je devrais être celle qui la protège, qui la garde loin de toutes ces illusions stupides sur l'amour et la sécurité.
Je frappe parce qu'il me laisse dans l'ombre, comme si je n'existais pas, comme si je n'étais qu'une partie à ignorer. Je frappe parce que je ne peux pas le supporter. Parce que chaque fois qu'elle lui accorde un regard, une pensée, je sens mon emprise glisser, et cela me rend folle.
Mon souffle se fait plus saccader, mes mouvements plus erratiques. J'ai besoin de reprendre le contrôle, de redevenir celle qui la guide, qui la protège. Mais il est là, lui, avec ses mots doux, sa patience... et elle l'écoute. Elle lui ouvre des portes que je voudrais voir fermer à jamais.
— Putain ! craché-je en frappant le sac avec une violence renouvelée.
Je continue, encore et encore, à taper comme si cela pouvait chasser cette douleur sourde, cette peur de disparaître, d'être oubliée.
J'entends la sonnerie de mon portable résonner dans mon sac, perçant à travers le bruit sourd de mes coups. Je m'arrête brusquement, le souffle court, les muscles tendus. La mélodie insiste, comme un rappel à la réalité que j'essaie d'étouffer.
— Merde... grogné-je, arrachée à ma rage.
Je retire l'un de mes gants, mes doigts tremblants d'épuisement et de colère. Sans perdre de temps, je me dirige vers le banc, fouillant fébrilement dans mon sac jusqu'à en sortir le téléphone. L'écran s'allume, et je sens mon cœur se serrer en voyant le nom affiché : Maman.
Je reste figée un instant, le souffle bloqué dans ma poitrine. Une partie de moi refuse de décrocher, de lui parler, lorsqu'une idée me vient, un sourire trônant sur mes lèvres.
Sans hésiter, je range mes affaires dans mon sac, mes gestes rapides et déterminés. Je ne veux pas traîner ici plus longtemps. Si l'un des Grimshade me voit dans ce club, ils pourraient essayer de m'arrêter, de poser des questions auxquelles je n'ai pas envie de répondre. Ils pourraient appeler Luna.
Attrapant mon sac d'une main ferme, je quitte la salle au pas de course, la respiration encore saccadée par l'entraînement. Une fois dehors, je me dirige vers ma voiture, ouvrant la portière avant de me glisser à l'intérieur. Je ferme les yeux un instant, savourant le calme relatif de l'habitacle.
Je finis par décrocher, posant le téléphone à mon oreille, toujours le sourire aux lèvres.
— Salut, Maman, dis-je d'un ton étonnamment doux, sachant parfaitement le jeu que je suis sur le point de jouer.
Il y a un court silence avant que sa voix ne résonne, teintée d'une pointe de surprise.
— Luna ? Oh, je ne m'attendais pas à t'entendre... Je t'avais appelée, tu sais, plusieurs fois, ajoute-t-elle d'un ton faussement blessé.
Je serre les dents. Maman. Cette femme qui a toujours joué avec les mots, qui sait exactement comment tourner les choses à son avantage.
— Désolée pour ça, dis-je d'un ton léger, feignant l'indifférence. Sa tombe bien que tu m'appelles, je voulais te parler de quelque chose. Je pensais... est-ce que je peux venir te voir demain ?
Un silence lourd s'installe. Je l'imagine, de l'autre côté du téléphone, fronçant les sourcils, perplexe. C'est bien la première fois que je propose de venir la voir de mon propre chef.
— Tu veux venir... me voir ? répète-t-elle, hésitante, essayant sans doute de comprendre ce qui a changé. Je l'entends inspirer profondément, puis elle reprend d'une voix plus enjouée. Eh bien, bien sûr, ma chérie ! Je serais ravie ! Tu sais que ma porte est toujours ouverte pour toi.
Ma porte est toujours ouverte. Quelle ironie venant de celle qui a ouvert d'autres portes bien plus sombres pour moi, à une époque où Luna n'avait aucune voix pour dire non. Une colère froide monte en moi, mais je la refoule. Je dois rester calme, concentrée sur mon objectif.
— Super, dis-je, mon ton toujours aussi doux, presque jovial. Je passerai en fin de journée, alors.
— Oh, bien sûr, ma chérie, répond-elle, visiblement ravie de ce soudain rapprochement. J'ai hâte de te voir.
— Moi aussi, maman, je termine, feignant une tendresse qui me répugne.
Je raccroche, laissant retomber le téléphone sur le siège passager. Un soupir m'échappe alors que je reste un instant dans le silence de la voiture. Demain, les choses vont changer, et je reprendrais ma place !
Luna a beau essayer de m'enfermer, de m'éloigner, elle ne sait pas à quel point je suis prête à tout pour la protéger. Pour nous protéger. Ce retour chez « maman » sera le début de quelque chose de nouveau, et je m'assurerai qu'elle comprenne qu'on ne m'efface pas si facilement.
Je reprends mon souffle, un sourire glacial se dessinant sur mes lèvres. Demain, tout va changer.
À l'intérieur, Gloomy crie, sa voix résonnant dans les coins sombres de mon esprit.
Ne fais pas ça, Felicity ! hurle-t-elle. Ne la mets pas en danger !
Son ton est chargé d'une angoisse palpable, d'une peur viscérale que je reconnais bien. Mais je l'ignore, repoussant ses avertissements sans la moindre hésitation.
— Tais-toi, murmuré-je dans un souffle, comme pour faire taire l'écho de ses mots qui s'entrechoquent contre ma volonté.
Pourquoi devrais-je l'écouter ? Gloomy, cette femme fragile et tellement peu intéressante, toujours apeurée, toujours prête à se cacher. Elle est faible, et je n'ai pas besoin de sa faiblesse en ce moment.
Gloomy continue pourtant, suppliant, m'implorant de faire demi-tour, de ne pas aller voir notre mère.
Tu ne sais pas ce que tu risques, tu sais combien elle est dangereuse ! crie-t-elle encore, sa voix devenant presque un murmure désespéré dans mon esprit.
Je secoue la tête, refusant de céder.
⸺ Ferme là !
Cette fois, c'est moi qui prends le contrôle, et rien ni personne, surtout pas Gloomy, ne m'arrêtera.
Un sourire froid étire mes lèvres. Elle peut bien pleurer, suppliée, mais je sais ce que je fais. Je sais ce que je dois faire pour que Luna me revienne. Et ce n'est certainement pas en nous cachant dans l'ombre ou en écoutant les angoisses d'une partie de nous-mêmes trop terrifiée pour agir.
Je jette un dernier regard à mon téléphone, puis à la route devant moi, avant de démarrer et d'appuyer sur l'accélérateur.
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Sky Grimshade, tome 2
RomanceSky Grimshade est un jeune boxeur prometteur, fils d'une famille respectée dans le milieu de la boxe. Pour lui, la vie se résume à ses combats à venir, sa famille et ses aventures sans lendemain. Mais tout bascule lorsqu'une rencontre inattendue ave...
