CHAPITRE 39 - MATVEÏ

2.1K 96 9
                                        

Center Patinoire || New York.
DÉCEMBRE.

Mon cœur palpite atrocement fort dans ma poitrine quand je noue les derniers lacets à mes pieds, à l'extérieur des vestiaires, je peux sentir les cris excités et impatients des supporters. J'essaie de ne pas penser à mes parents qui sont aux premières loges, ni à Dior qui porte mon maillot avec fierté - et je le sais uniquement grâce aux photos explicites qu'il m'envoie depuis ce matin. Ses jambes nues seulement vêtues d'une partie minime de mon haut, ses dents mordillent le tissu rêche du col accompagné d'un clin d'œil.

En ce moment même, je pose les yeux sur mon portable en détaillant chaque trait de la photo, parce que je suis incapable de ne pas foncer dans la poubelle pour dégurgiter mon déjeuner. Le match retour contre Boston compte un homme en moins aujourd'hui, grâce à moi, Corey a été remplacé par un débutant qui ne sait même pas patiner. L'entraîneur l'a bien hurlé il y a moins de dix minutes : dites merci à Azarov pour avoir réussi à dégager Mchley sous ses accusations stupides.

Accusations stupides. J'aurais dû lui coller une bonne gifle et espérer que passer pour les prochaines sélections. Nerveusement, j'éteins mon Iphone avant d'observer mes coéquipiers qui se lancent des blagues à tout va en rigolant, j'aimerais me mêler à eux, mais en réalité, ils sont tous du clan Corey Mchley. Alors je n'ai rien à foutre là-dedans, contre ma paume de main, je sens mon cœur s'accélérer à nouveau et ma respiration s'aggraver.

Crise de panique, merde, ça n'était pas arrivé depuis mon tout premier match.

— Azarov, si tu merdes, tu dégages l'année prochaine OK ?

— Laisse-le, il est complètement paumé. On va perdre par sa faute.

Leurs hilarités sonnent creuses contre mes tympans, comme une vitre insonorisée. Obstruer par les larmes et la panique, je ferme les yeux difficilement, j'en viens à penser qu'Alexeï Andreev et tous les connards de son genre avaient raison à mon sujet, je vais entraîner mes coéquipiers vers le bas, encore.

— Eh, tu veux que j'appelle ton copain ou quelqu'un d'autre.. ?

Ma voix est désagréable quand je lâche un léger oui, presque inaudible, mais Johan semble l'entendre puisqu'il accourt immédiatement hors des vestiaires. Après quelques minutes seulement, je sens des mains chaudes se poser sur mes pommettes, accompagné des effluves familiers et rassurants de vanille. Quand mon regard rencontre le sien, ma respiration retrouve un rythme régulier, sans aucune prise de parole.

Triturant l'anneau argenté autour de son index, j'essaie de calmer les derniers tremblements qui m'empêchent de me maintenir correctement debout. Je souris avec difficulté quand il glisse sa main autour de mon poignet - pour essayer de le rassurer. Parce que je sais qu'il est en train de paniquer intérieurement, il ne sait pas quoi faire. Dior n'est pas la personne idéale pour réconforter quelqu'un, sauf pour moi.

— Ce n'est qu'un match mon amour, tu perds et tu me baises. Tu vois, tu gagnes quand même dans tous les cas !

Voilà. C'est de cette innocence dont je parlais, il me tranquillise à sa manière. À travers les sanglots, je pouffe de rire, j'aimerais être comme lui, il n'a pas pleuré une seule fois avant de monter sur le ring. Honteux, je baisse la tête, je suis une merde, encore plus aujourd'hui.

— Matveï..

— Je suis désolé putain, j'arrive pas.

J'arrive pas à avancer dans le hockey, à me défaire de cette emprise qu'Andreev exerce sur moi, à paraître plus fort que je ne le suis. Je ferme les yeux lorsqu'il embrasse le bout de mon nez, c'est la première fois qu'il fait ça. Ses iris bleus croisent mon regard, perdu et soucieux de la suite, quand je ne pense qu'à me barrer, il pense à me retenir pour aller sur la glace affronter ces connards. Hésitant, il pose son front contre le mien.

STARBOYOù les histoires vivent. Découvrez maintenant