Chapitre 22

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L'avantage de s'occuper d'un petit être poilu, c'est qu'il vous fournit joie, tendresse et responsabilité. Le désavantage, c'est qu'il vous réveille quand bon lui semble pour une quelconque raison que seul lui sait. Un grognement sort de ma bouche alors qu'une patte se pose sur celle-ci. J'ouvre les yeux et pousse instantanément un petit cri de joie.
« T'es trop mignonne. »
Un miaulement à peine audible sort de sa petite gueule d'ange. Il faudrait que je l'emmène chez le vétérinaire, en fait. En attendant, j'ai un nom parfait pour elle.

Les nuages défilent à une vitesse incroyable. Ou alors c'est le temps ?
« Morgan, l'exercice ?
— Comment ?
— L'exercice à faire pour aujourd'hui. »
Je fronce des sourcils, essayant de me rappeler si je les ai faits, mais tout ce dont je me rappelle est moi en train de nourrir Alice.
« J'ai oublié, excusez-moi.
— C'est la troisième fois Morgan, ce qui veut dire une heure de colle... »
Un ton nonchalant, une main écrivant automatiquement. Elle en a l'habitude cette prof, et c'est assez triste d'ailleurs. Bon et bien, je vais sûrement m'amuser. C'est une blague.
Ambre n'est pas rentrée de l'hôpital aujourd'hui, bon bah... Je vais éviter de penser à elle ou ça va me faire un pincement au cœur. Mais bon, c'est pas comme si je pouvais contrôler mes pensées.
La sonnerie, vite. Dire que je n'entendrai plus cette sonnerie dans moins d'un mois... Le collège, c'est fini, déjà. 4 ans dans cette enceinte, avec tous les problèmes qui viennent déranger les adolescents avides de savoir, tel que la puberté, les changements soudains d'émotions, les sentiments amicaux, amoureux, haineux. En y repensant, on était tellement sensibles les premières années, à pleurer, crier, taper pour un rien. On n'était que des enfants après tout... Bon, la bagarre avec Rayane, c'est une exception.
« Pardon, dis-je en ayant bousculé quelqu'un, étant trop pressée.
— Désolé, c'est moi. »
Les regards divergent sur nous, tous plus ou moins étonnés avant que je comprenne le délire ; Rayane s'est excusé. Quel fait extraordinaire, incroyable, je dirais même.
« Vous avez un problème ? », dit Rayane avec une voix des plus grave et rocailleuse.
Le silence qui était alors pesant fut remplacé par le brouhaha habituel des élèves rangeant leurs affaires. C'est marrant.
Enfin bref, pas mon problème.
Je la vois sortir de la salle, Clara. Je m'empresse d'aller vers elle, mais finalement elle m'étrangle le cou en me faisant un câlin.
« C'est pas sur le cou qu'il faut faire, dis-je à moitié étouffée, et t'as vraiment un problème avec les câlins.
— C'est juste que je t'aime tellement, dit-elle de la voix la plus mielleuse et niaise possible.
— Moi aussi, allez lâche-moi. »
Elle se recule alors et laisse échapper un souffle d'anxiété.
« Elle va bien ?
— Oui, elle va bien. Elle reviendra sûrement dans quelques jours. Au fait, merci de m'avoir aidé...
— Qu'est-ce-que tu racontes, j'ai fait ce que j'avais à faire, aider deux amies en difficulté. »
Je souris et la pousse légèrement. Qu'est-ce-que je ferai sans elle et Nick... C'est vrai ça, on a toujours besoin de support dans la vie, je ne l'avais jamais remarqué jusqu'à cette année. Sûrement car cette année est synonyme de problèmes. Que la vie d'un adolescent est compliquée. Je sors mon téléphone pour envoyer un message à Nick et à Ambre, leur demandant s'ils vont bien. C'est alors que je vois un troupeau de gens venir en ma direction. J'essaie d'éviter l'embrouille imminente en fuyant vers le cours de français, mais je suis rattrapée tout même par quelqu'un.
« Je sais pas comment t'as fait pour Rayane, mais franchement, respect », dit une camarade de classe dont je ne me souviens toujours pas du nom. Je ne me réponds pas, par peur de devoir continuer à leur parler et me dirige en cours, les laissant attroupés devant le couloir.
C'est en arrivant devant la salle de classe avec Clara, que je vois Elise sortir de celle-ci, encore une fois, en retard. Elle semble détendue et sereine, et je me rappelle de la discussion que j'aie eu avec elle hier.
« Salut, toi.
— Salut, dit-elle rapidement en me souriant, avant de partir en trottant.
— C'est qui ? me demande Clara.
— Juste une amie. »
Il y a des personnes, dans une vie, qui nous marqueront pour toujours, qui nous feront découvrir des choses, qui partageront avec nous des moments inoubliables. C'est comme un cadeau du destin, hop, tiens, voilà, je te présente des petits humains qui vont te marquer à jamais, pour t'aider à avancer dans ta vie, ne me remercie pas. Pour ma part, je pense qu'Elise fait partie de ces personnes-là, qui apparaissent soudainement, pour au final partir, mais en nous ayant montré d'autres côtés de la vie, qui étaient jusqu'à présents cachées. Je ne sais pas si je pourrais à jamais lui reparler comme avant, après cette discussion, mais je pense qu'elle s'en sortira bien sans moi, pour l'instant.
« Bon, tu avances ou quoi ?
— Oui, pardon.
— T'es vraiment perchée, Morgan.
— Oui je sais, Clara. »

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