Le trajet fut, à ma surprise, la partie la plus désagréable du voyage. J'ignorais si cela était normal, puisque je n'avais jamais fait d'équitation, mais la selle de cuir sur laquelle j'étais perchée m'arrachait l'intérieur des cuisses et les secousses incessantes me démontait le bas des reins. Pour autant, je ne dis rien, bien trop fière pour me plaindre. Néanmoins, ce fut un véritable soulagement lorsque Sébastien annonça la fin de la journée et ordonna que l'on s'arrête pour monter le campement au milieu de la clairière où nous étions.
Je descendis prudemment de l'animal sur lequel je venais de passer les pires heures de ma vie, et qui, bien que Sébastien le nomme autrement, était un simple cheval. J'appréhendais ce moment, peu désireuse de me retrouver enchaîner de nouveau toute la nuit durant. Cependant, Sébastien n'en fit rien et se montra même étrangement agréable avec ma personne, sans que je n'en comprenne la raison.
Après avoir monté la tente en bonne et due forme, il m'invita à entrer en son sein. J'obéis, par peur des représailles, mais je me sentais bizarrement en confiance, bien que tout me le contre-indique. Mon geôlier se tourna vers moi et me tendit une gourde de cuir, m'invitant d'une parole à me désaltérer. Je la saisis et en bus de longue lampée, découvrant à quel point j'étais assoiffée. Je la lui rendis, d'un geste prudent, ne sachant toujours pas les raisons d'une telle gentillesse.
- Tu te méfie encore de moi ? Me demanda-t-il, apparemment amusé de cela.
- Je ne crois pas avoir de bonnes raisons de ne pas le faire, répliquais-je, acerbe.
Il rit, d'un rire franc et gras. Je ne percevais pas le comique de la situation, aussi j'attendis qu'il m'en informe :
- Je pense qu'il n'y en a pas, et qu'il n'y en aura jamais.
- Et c'est ça qui t'amuses ? De savoir que je ne pourrais jamais te faire confiance ?
- Pas tout à fait, rectifia-t-il en retrouvant un air plus sérieux. C'est de savoir que tu n'auras jamais de raison valable de le faire, expliqua-t-il en appuyant sur le mot de manière trop insistante pour être anodine.
- Je ne suis pas sûre de comprendre...
- Tu comprendras bientôt, m'assura-t-il en se levant d'un geste habile. Pour le moment, que dirais-tu de te dégourdir les jambes en ma compagnie ?
- Je suppose que je n'ai pas le choix de ta compagnie ?
- Tu supposes bien. Mais si elle ne t'enchante guère, tu peux tout aussi bien rester ici, seule et entraver pour m'assurer que tu restes en place, ironisa Sébastien sans un regard pour moi.
Je me redressais à mon tour, trop vexée pour ajouter quoi que ce soit, prenant simplement la direction de la sortie de la tente, la tête haute. Il m'emboîta le pas en silence, mais je devinais son petit air satisfait se greffer sur son visage. Je le laissais passer devant moi, ne sachant où il comptait m'emmener et il prit la tête ainsi que le chemin de la forêt sans un mot. Nous marchâmes dans cette même ambiance silencieuse durant quelques minutes et je ne parvenais à détacher mon regard de cet individu. Comme s'il sentait mon regard sur sa nuque, il finit par me demander, sans pour autant se retourner :
- Je peux savoir pourquoi tu me fixes de la sorte ?
- J'essaie de te cerner, avouais-je très honnêtement dans un souffle, adoptant le même ton indifférent dont il usait habituellement.
- Me cerner ? Releva-t-il, une pointe de surprise dans sa voix. Tu n'y parviendras pas.
Il arborait un air de défi, et toujours cette même confiance en lui-même. Ce qui eut pour seul effet de m'agacer au plus haut point.
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Islynn
FantasiaLeslie et Zora sortent tout juste du lycée, fraîchement diplômées, prêtes à affronter leurs études. Mais il semblerait que le destin en ait décidé autrement. Les voici donc toutes deux projetées dans un monde dont elles ne savent rien, excepté qu'e...
