(Tom )
Tout compte fait, nous avons dormi chez Liam. J'étais claqué, Steve aussi. Je n'avais pas bu grand chose mais Steve avait fumé. Il aurait été idiot de prendre le risque.
J'entends des voix, signe que Liam ou Steve sont debout. Je m'étire et me lève. Il me semble que les bruits viennent de la salle, où nous avons joué hier soir.
— Ah! Désolé, nous t'avons réveillé ? me demande Liam en me voyant débarquer dans la pièce.
— Non, je sommeillais. Vous êtes debout depuis longtemps ?
— Steve à l'instant. Moi, mon idiot de frangin est arrivé bourré et a cru qu'il était dans sa piaule. Du coup, je me suis cassé et j'ai dormi sur le canapé.
— Et lui, il ronfle, je présume ? commenté-je.
— Exactement. Bon, pour être honnête, je lui ai déjà fait le coup, alors je ne vais rien dire, plaisante-t-il.
— Il sait ?
— Que je suis gay ? Bien sûr ! C'est plus facile à gérer. Fais pareil. Parle avec ton frère.
— Avec lui, je n'aurai pas le choix de toute façon, il ne lâchera pas l'affaire. Le problème n'est pas là. Il picole, fume. À un moment, il le dira à quelqu'un, c'est plus que certain.
— Et ça, c'est le problème ? Tu crains une réaction de tes parents ?
— Je ne sais pas trop. Ils me semblent tolérants. Mais je suis leur fils, cela peut tout changer. Ils savent les vôtres ?
— Tom, est-ce que tu réalises ce que tu dis ? se moque Steve. Y a deux jours, quand je t'ai rencontré, tu étais dans le flou total. Hier, tu rougissais quand Liam te matait !!
— Ta gueule, merde !
— C'est bon, Tom, ne te fâche pas ! Ne rougis pas, mec. Steve a raison. Tu as évolué. Tu as pris conscience de ce que tu ressens. Laisse-toi du temps. Et oui, pour info, mes parents sont au courant. Bizarrement, mon père l'a pris mieux que ma mère, mais ça va.
— Et toi alors, Steve ?
— Ma mère s'en doute, mais elle ne veut pas en parler. Ça m'arrange. Je ne me cache pas, mais je ne suis pas dans la démonstration non plus. Tu dois rentrer quand ?
— Quand je le veux. J'aimerai juste pas trop tard pour pouvoir parler avec Andy.
— On y va après le repas, alors ?
— C'est bon pour moi. Liam, je peux prendre une douche, s'il te plaît ?
— Bien sûr. La porte à côté de ta chambre. Tu te sers dans le placard, il y a tout ce qu'il faut.
— Ok. Merci.
Dans l'après midi, après avoir déposé Steve chez lui, je rentrais chez moi. Les parents étaient absents, mais Andy était dans sa chambre, j'entendais la musique.
Je prenais une grande respiration et je frappais à sa porte.
— Ouais. Entre, idiot !
— Salut, dis-je. Sympa de m'insulter !
— Tu es un idiot. Tu frappes jamais, normalement.
— C'est vrai. Peut-être que ton sms m'a troublé. On peut en parler ?
— C'est toi qui voit, mec.
— Andy !
— C'était clair, il me semble. Je sais que tu es homo.
— Comment tu le sais ? répliqué-je sans réfléchir.
— Arrête tes conneries, Tom ! Tu n'es pas sorti avec une fille depuis très longtemps.
— Il y a plein de mecs comme moi, tu sais. Qui se réserve pour la bonne.
— OK, râle-t-il. Casse-toi, j'en ai marre d'entendre tes mensonges.
— Bon. Je suis homo, enfin je crois. Ce n'est pas facile, Andy. Je ne me comprends pas moi même.
— Depuis quand, tu le crois ?
— Je ne sais pas vraiment. Je me suis rendu compte que je ne ressentais rien avec une fille. Aucune émotion. Rien.
— Et avec un mec ?
— Je ressens des trucs. Une impression d'être à ma place. Steve est gay. Avec lui, je me sens bien.
— Vous êtes ensemble ?
— Non. Mais je peux en parler avec lui, presque sans gêne. Il ne se passe rien d'autre. Je n'ai encore embrassé personne.
— Pourquoi ? Tu n'oses pas ? s'étonne-t-il.
— Je crois que j'ai peur, tout simplement, avoué-je.
— De quoi ? D'embrasser un mec ? Ou de la suite ?
— De la suite...Mais je n'en suis pas là. Je n'ai pas de copain. S'il te plaît, Andy, ne dis rien à personne.
— Tu as honte ?
— Arrête de dire n'importe quoi ! J'ai juste pas envie de subir les insultes de certains connards du lycée. Et puis, il y a les parents.
— Quoi, les parents ? Ils ne te diront rien les parents. Ils ne sont pas comme cela ! s'offusque-t-il.
— Tu en es sûr ? Je préfère attendre avant d'en parler.
— Comme tu veux ! Et tu vas voir Steve ?
— Je me sens bien avec lui, il est sympa. Et il est homo. J'ai besoin de rencontrer des gens qui ont la même orientation sexuelle que moi. Tu comprends ?
— Tu accepteras que je le rencontre ?
— C'est important pour toi ?
— Oui. Moi aussi j'ai des questions à poser. Je ne veux pas perdre mon frère, la relation que j'ai avec toi, tous les frères et soeurs ne l'ont pas.
— Pourquoi tu la perdrais ? Je ne vais pas changer. Je suis le même, Andy. Juste que j'ai envie de rencontrer quelqu'un, d'aimer et d'être aimer. Je viens de comprendre pourquoi je n' y arrivais pas. Je ne cherchais pas au bon endroit. Hier soir, il n'y avait pas que des homos. En fait, nous étions trois.
— Vous avez fait quoi ?
— On était autour d'un feu. On a discuté, bu un peu, fumé un peu plus. Après ils ont fait de la musique. Rien de plus mais c'était sympa.
— De la musique ? Avec quoi ?
— Liam a une guitare, et il en joue plutôt pas mal. Au début de la soirée, il me draguait carrément. Steve lui a expliqué ma situation. Et du coup, on a beaucoup parlé.
— Il te plaît ?
— Il est sympa, mais c'est tout. Tu sais, je me dis que tu as de la chance d'aimer les filles.
— Comment ça ? m'interroge-t-il.
— On ne t'ennuie pas quand tu aimes une fille. Même quand tu te comportes mal avec elle. Un homo, il doit expliquer pourquoi il aime les mecs. Je ne sais pas pourquoi, je sais juste que c'est comme cela. Steve et Liam me permettent de le verbaliser. Ça m'aide à me sentir mieux.
— Tom, je suis un vrai connard. Sérieux, le bordel que j'ai fait, c'était très nul. Je savais pas si tu étais homo, j'ai tenté le coup. Et je suis content de l'avoir fait.
— Moi aussi, Andy.
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Différents et Alors
RomantiekDeux adolescents, presque adultes. Deux lycées différents. Deux villes différentes. Leur point commun : ils découvrent tous les deux leur attirance indéniable pour les garçons. Des vies, des familles différentes, des éducations différentes. Et pour...
