(Tom)
Cela fait trois mois que je suis au Commissariat et que je fais de nouveau équipe avec Peter. Tout se passe bien.
Il faut dire que cet homme, apprécié par tout le monde, n'a pas eu trop de difficultés à m'imposer comme coéquipier.
J'ai trouvé assez vite une petite maison, avec une belle pièce de vie et une cour. Andy est venu le weekend dernier passer la journée.
J'ai très mal dormi.
Nous avons encore eu une plainte pour agression homosexuelle, hier. La troisième en très peu de temps.
Tous les voyants sont au rouge. Il nous faut à tout prix dénicher l'auteur, ou plutôt les auteurs de ces agressions.
Impossible à part l'homophobie évidente de relier les trois dossiers.
***
(Matt)
Je suis accoudé au bar, au coin. Ainsi, j'ai une vision d'ensemble.
Depuis cette première sortie avec Oliv, j'écume les bars. J'ai pris un petit appart. Oliv n'était pas très content, mais c'est le seul moyen que j'ai trouvé pour qu'il retourne sereinement chez lui.
Je vais mieux... enfin... la plupart du temps.
Certains soirs, je n'arrive pas à sortir de chez moi, noyant mes angoisses sous de nombreux verres.
Je bois de plus en plus.
J'ai soif de tout : De sexe en premier lieu, plutôt brutal et rapide.
Pour oublier les images, j'ai trop souvent besoin de m'abrutir d'alcool... j'en deviens dingue. Je me bats de plus en plus souvent. À en perdre toutes mesures. Je ne suis pas certain d'aimer l'homme que je deviens.
Je viens de repérer ma proie de la soirée. Cela fait trois fois qu'il regarde dans ma direction et qu'il rougit quand je le surprends. Je dois accélérer le mouvement.
Quand je m'approche de lui, il a déjà perdu. Son regard, plein de désir, est assez clair.
— Bonsoir. Veux-tu boire quelque chose ? Ou... me suivre ? lui lancé-je, sûr de moi.
— Je pense avoir assez bu, réplique-t-il sans hésitation.
Alors que je nous imagine déjà partir vers un hôtel, des bruits de disputes se font entendre à l'entrée du bar. Deux mecs sont en train de s'en prendre verbalement à un jeune mec. Celui-ci a l'air effrayé et cela me suffit. Sans plus m'occuper de mon coup de ce soir, je me poste ostensiblement à côté du jeune agressé.
— Il y a un problème, ici ? dis-je d'une voix forte.
— Casse- toi, mec ! On discute avec le PD ! me dit un des deux mecs.
— Ah ! D' accord ! Et le PD, il en pense quoi, dis-je en regardant le jeune effrayé. Est-ce qu'il souhaite que je le débarrasse de ces deux connards ou que je m'en aille ?
Son regard répond pour lui, et avant que les autres réagissent, j'envoie mon poing dans la mâchoire du premier, immédiatement suivi par la même chose à son copain.
Ils sont surpris, un peu sonnés. Le moment est tout choisi pour prendre une décision. Ou je me tire avec le petit PD ou je me lance dans une bagarre inégale avec les deux sombres connards. Le petit choisit pour moi, en m'entraînant avec lui, tout sourire.
— Je te remercie, me glisse-t-il alors que nous deguerpissons du secteur. Sans ton intervention, je ne sais pas jusqu'où ils auraient été.
—Tu les connais ? m'informé-je.
— De vue, oui. En général, je les repère avant. Là, ils me guettaient.
— Pourquoi auraient-ils fait cela ?
— Parce que je les ai vu l'autre jour tabasser Freddy, lâche-t-il.
— Tu vas m'expliquer cela, d'accord. J'allais à l'hôtel, tu viens ?
— Tu es gay ? s'inquiète-t-il.
— Oui. Mais là, j'aimerais juste comprendre. Je déteste ce genre de types. Tu n'es pas vraiment mon style, désolé.
— Toi, non plus. Allons chez moi, c'est juste à côté.
— Désolé, j'ai une règle de conduite. Je ne vais ni chez toi ni toi chez moi. Jamais. Même pour discuter.
Après un temps de réflexion, il a accepté l'hôtel. Nous avons beaucoup parlé. J'ai dû prendre sur moi, en serrant mes poings, pour ne pas montrer à quel point son témoignage me faisait mal. J'ai des descriptions précises, des endroits où ils sont souvent, ils vont payer pour mon père et mes frères.
J'ai réglé la chambre, et je ne l'ai pas réveillé avant de partir. Fais attention à toi, petit gars.
J'ai bu beaucoup, en rentrant, frappé mon sac à l'exploser.
Mais ma nuit a été sombre malgré tout.
Au matin, ma décision était prise. Je ne serais pas un justicier, mais face à ces homophobes, je ferais marcher mes poings.
C' est la sonnerie de mon téléphone qui m'a réveillé. Oliv.
J'ai laissé sonner.
***
(Tom)
Deux autres agressions, et toujours rien à nous mettre sous la dent. Les victimes ont peur : aucune ne veut porter plainte. Peter a tenté l'intimiditation, à contre-cœur, ça n'a rien donné.
J'ai moi-même une idée, mais je suis persuadé qu'il ne la validera pas.
— Donne-la ton idée, Tom.
— Je suis certain que tu as compris à quoi je pense et même si cela te déplaît, tu sais très bien qu'avec cette méthode, on va obligatoirement les coincer, lui dis-je.
— Y a juste un sacré inconvénient, tu ne trouves pas, Tom ? Tu es en première ligne.
— Je sers d'appât, Peter.
— Tu veux que j'approuve qu'ils te massacrent ! Pas question, mon vieux. Sans un mec en couverture, je refuse.
— Peter, soufflé-je. N'importe quel flic se fera repérer, tu le sais bien.
— Pas question, Tom. Trop de risques.
— Peter, fais-moi confiance. Il faut faire quelque chose... avant qu' il y ait un mort..
— Huit jours, Tom. Pas un de plus.
***
(Matt)
Et de nouveau le téléphone, et comme je ne réponds pas, un autre message.
— C'est bon, Oliv, m'enervé-je après avoir composé son numéro. Je ne suis pas ta meuf.
— Pauvre idiot ! Si tu veux être tranquille, tu me mets un texto. Point.
— Désolé. Qu'est-ce qui se passe ?
— Tu sors avec moi ce soir, demande-t-il comme très souvent pour m'éviter de rester seul.
— Je n'irai pas là-bas, tu le sais...
— J'suis au loft. Tu passes ?
J'ai été le rejoindre, nous avons discutés de tout et de rien, essayant adroitement de ne pas parler d'Isa, comme d' habitude. Puis, je lui ai parlé de ma soirée de la veille et des casseurs d'homos.
— J'en ai entendu parler, évidemment. A priori, ils sont cinq ou six. Il serait prudent d'éviter les bars seul.
— Oliv, au temps être clair. Je ne vais pas me cacher. S'ils me tombent dessus, je ne me laisserai pas faire.
— Et te connaissant, tu vas les provoquer !
— Pas quand même Oliv. Je vais juste rétablir l'équilibre. Tu me suis ?
— Sans aucune hésitation.
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Différents et Alors
Любовные романыDeux adolescents, presque adultes. Deux lycées différents. Deux villes différentes. Leur point commun : ils découvrent tous les deux leur attirance indéniable pour les garçons. Des vies, des familles différentes, des éducations différentes. Et pour...
