Chapitre 51.

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(Oliv)

Petit à petit, ses cicatrices ont guéri. Mais Mattys, lui ne revenait pas.
Il avait disparu, laissant la place à un homme que j'avais du mal à reconnaître. Il restait de longues heures, dans le noir complet, sans faire un bruit. Impossible de discuter dans ces moments là. Je suis même persuadé qu'il ne me voyait pas.

Les nuits, par contre, étaient pleines de ses cris, de ses larmes. Il acceptait que je le serre contre moi, pareil à un petit enfant effrayé.

Cela faisait presque quinze jours, et Isa, chez nous, n'allait pas bien. Il me fallait lui dire la vérité avec ou sans l'aval de Mattys.

— Matt ! Lève-toi. Je dois retourner chez moi. Je dois expliquer ce qui se passe à Isa.

—Et ? Crois-tu que j'ai envie de lui montrer ça ! dit-il en se désignant. Celui qu'elle a connu n'existe plus.

— Je ne peux pas lui mentir. Tu peux rester là. Dans huit jours, ce sont les vacances. Elle sera à l'abri.

—Je vais trouver un boulot, Oliv. Et un endroit pour vivre.

—Pour l'instant, cela me rassurerait que tu restes là.

— Tu pars quand ?

—Demain après midi. Allons faire des courses.

— Laisse tomber, je me débrouillerai.

— Bouge tes fesses, gamin. Tout de suite.

— Pas envie, ronchonne-t-il.

— Matt, cela fait presque quinze jours que tu n'es pas sorti d'ici, me désespéré-je.

— Est-ce que tu t'es demandé pourquoi ? Est-ce que tu crois que je le fais exprès ?m'apostrophe-t-il.  J'ai essayé, Oliv. J'ai l'impression que tout le monde sait.

— Qu'est-ce qu'ils savent, Matt ?

— Ce qu'ils m'ont fait. Je vois leur dégoût.

— C'est dans ta tête, petit. Nous allons sortir tous les deux. Dès que tu te sens mal, je veux que tu me le dises. J'appelle Isa.

— Ne la sacrifie pas pour moi, me supplie-t-il.

— Je ne sacrifie personne. Elle n'est pas seule. Deux potes sont là-bas. Toi, par contre, tu l'es et tu as besoin d'aide.

....

— Salut, ma puce. Dan m'a dit que tu n'allais pas fort.

— Oliv... il n'est toujours pas revenu. J'ai peur...

— Isa. Tu vas être très en colère, je le sais, mais tant pis. Mattys est chez moi.

— Tu as raison, je suis en colère ! rage-t-elle. Mais je m'en fous... comment va-t- il ?

— Qu'est-ce qui te fait croire qu'il lui est  arrivé quelque chose ?

— Le regard de Joe, Oliv. Il est terrorisé. Il réussit l'exploit de me protéger en me fuyant. Comment va-t-il, répète-t-elle, bornée.

—Son corps se remet.

— Je viens demain, affirme-t-elle.

— Ça n'est pas une bonne idée, Isa. Il n'est pas prêt à affronter ton regard.

— Son père ?

— Oui. Et ses frères.

— Pourquoi t'a-t-il appelé ?

— Il ne l'a pas fait. J'ai juste rendu service à un pote. Je ne savais pas que c'était Mattys.

— Quand ?

— Mercredi. Il est arrivé mercredi, avoué-je.

— Je vois. Dis lui... non... allez vous faire foutre !

Et elle raccroche. Pas la peine de la rappeler, elle ne décrochera pas. Je comprends. Elle doit avoir l'impression que je l'ai trahie. Et c'est le cas. Qu'est-ce que je pouvais faire ?

Honnêtement, pendant quelques jours, je n'avais qu' une crainte, que sa volonté de vivre flanche.
Est-ce que je pouvais en parler à Isa ? Et détruire ce qu'il avait réussi à faire avec elle ?
J'ai attendu. Elle va gueuler, casser deux trois trucs, à moi de préférence, puis elle va se prostrer... et pour finir elle m'appellera.

— Dan ?

— C'est toi qui a déclenché ce cataclysme ? me demande-t-il, abasourdi.

— A ce point !

— Phil est hébété, Oliv. Elle a de la voix, ta sœur. Et de la force. Qu'est-ce que tu veux que je fasse ?

— Laisse la s'épuiser. Sur mes affaires. Elle est en colère. Veille sur elle.

— D'accord. Donc il ne va toujours pas mieux ?

— Il a une étape cruciale à passer. Et pour cela, il a besoin d'aide. Vous pouvez rester encore un peu ?

— Tu oses poser cette question ? Ta chaîne hi-fi vient de s'écraser au sol, elle se calme ! Tu as intérêt à offrir un gueuleton à Phil ! On va gérer ta soeur, mec.

J'ai entièrement confiance en eux. Nous avons un parcours de vie similaire. Conneries. Armée. Conneries de nouveau. Depuis quelques temps, Marc et moi, on a trouvé de quoi sortir de ce cercle vicieux. Nous  louons nos services : surveillance, filature, protection plus ou moins musclé. Presque complètement légal. J'ai pris Dan et Phil avec moi.

***
(Matt)

Oliv est à peine sorti de la pièce, que je la sens arriver. Cette boule au ventre, qui monte inexorablement, qui m'empêche de respirer.
Elle m'entraine... mon esprit fait défiler, encore et encore, ces images. Ces voix qui me hurlent des mots, des mots qui me brisent. Alors, je me roule en boule. Essayant de ne pas perdre pied. Mais je sens que ma volonté diminue.

***
(Oliv)

Il est recroquevillé, entre son lit et le mur.

— Je suis là. Tu vas voir, petit.

— Je n' y arrive plus. Je les vois... Tout le temps.

— Et si tu leur mettais une raclée ! Lève-toi, Mattys. Laisse Matt de côté, c'est à Mattys de régler cela. C'est lui qu'ils ont tapé. Debout, exigé-je.

Je l'aide à se lever. Pas très compliqué, il a perdu beaucoup de poids. Je le dirige vers mon sac de frappe. Il tient à peine sur ses jambes.

— Mattys. Regarde-moi. Ce sac en a pris des coups, crois-moi ! Aujourd'hui, tu n'en as pas la force. Je veux que tu visualises ton père. M'entends-tu ?

— Oui, chuchote -t-il.

— Plus fort, Mattys.

— Oui.

— Tu peux faire mieux.

— Oui, hurle t-il !

— Voilà, regarde le sac, Mattys.
A partir de maintenant, ce n'est plus un sac de frappe. C'est tout ce que tu veux expulser. A chaque fois que tu sentiras cette peur, cette honte te submerger, je veux que tu tapes ce putain de sac. Tu veux essayer ?

— Oui.

— Alors, vas-y bonhomme. Et hurle avec, ça va te soulager.

Et il tape une fois, faiblement. Puis de plus en plus fort, accompagnant chaque coup de cris.
Je le laisse faire, sans dire un mot, puis quand il s'effondre, épuisé, je l'aide à rejoindre son lit.

Le travail de reconstruction a débuté.

Différents et Alors  Où les histoires vivent. Découvrez maintenant