Chapitre 52 : Goutte pourpre

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Marc :

- Attention !

Les deux amis se baissèrent à l'arriver d'un boulet de canon virulent. Ils couraient depuis plus d'une heure à travers la ville, esquivant, se taillant un chemin à travers les cadavres et les démons. Alicia tranchait chaque squelette de fumée avec une force impressionnante, mettant en pratique ses nombreux entraînements aux côtés de Kiarra. Elle semblait danser dans les rues, pratiquant avec grâce l'art du combat. Sa mine restait sérieuse, concentrée et bien déterminer à atteindre le Commandant Homors. Son cœur était emprunt d'une colère décharnée qui ne demandait qu'à être utilisée.

- Alicia on y est presque.

Posant une main rassurante sur son épaule, il força son amie à calmer sa frénésie. Avec un regard reconnaissant, la garde baissa son arme et reprit son souffle. Dans le feu de l'action elle n'avait pas prit le temps d'observer la pagaille qui les entourait. Feu, fumée étouffante, grondement constant au fond de l'air et filet de sang s'insinuant entre les pavés gris. Un contraste frappant qui couperait le souffle à quiconque connaissait la Citadelle sous ses jours heureux. Alicia pleurait en se souvenant la place du marché et Mme Circale qui protégeait ses œufs, le boulanger qui chargeait courageusement sa farine sur son dos, perpétuant la tradition familiale. Hope, qui trottait doucement sur la pierre, le Pont des Milles Souhaits et sa plus grande peur qui naissait, au sein même de son petit monde tranquille. Tant de jours innocents, tant de rires et de sourires... Mais comment, comment avaient-ils pu en arriver là !

Marc entra avec fracas dans la taverne du Piano Perché. La guerre ne semblait pas avoir franchis les portes du bar. Il était vide de toute vie, poussiéreux aux tables renversées. On aurait dit qu'une tempête était passée par là, soulevant les chaises et le mobilier, cassant les bouteilles d'alcools extravagants et renversant les verres pleins. Le bois craqué à diverses endroits faisaient ressortit la mousse insinuée entre les fentes, d'où passait une lumière vive aux rayons lumineux, emplies d'espoir. Cet espoir si rare qui transperçait dans l'odeur lourde mais préservée de ce petit coin gardé de la guerre. La fumée, les bruits, rien ne semblait atteindre le Piano Perché. La mélodie résonnait toujours.

Là, dans le vent chaud des canonniers, Flanchaut caressait les touches doucement, prenant tout son temps pour faire résonner le vieil instrument. Ses doigts étaient lents, ils exprimaient toutes la tristesse de la situation actuelle. Mélancolique d'une époque à jamais perdue, au seuil du deuil et de ce gouffre profond qui les menaçait. C'était comme si la Mort était penchée au dessus de son épaule, lui murmurant les notes à jouer. Une symphonie du trépas effrayante, envoûtante. Flanchaut accéléra le rythme, ferma les yeux et se balança tranquillement, mut d'une sincère tristesse pour les soldats tombés au combat.

- Alors vous êtes revenu n'est-ce pas ?, demanda-t-il, les yeux toujours clos, ses mains continuant leur danse hypnotisante.

- Affran mourra, répondit fermement la chevalier.

- Ah ! C'est drôle que tu dises ça. Tu sais, tu es quelqu'un de particulier, Smith. Vas sauver ton peuple.

Le musicien ricana et se concentra sur sa mélodie. Marc soupira un peu et amorça sa descente aux Enfer. Avant de courber son dos pour pénétrer dans le petit passage, il entendit Alicia faire un dernier geste pour son ami de longue date. Elle prit place à côté de lui et termina les derniers accords de la chanson, reproduisant parfaitement les geste de Flanchaut, qui souriait doucement. Une tradition de l'époque, que la jeune fille reproduisait, à moitié couverte de sang, en hommage à son ancienne vie. Puis, elle se leva avec difficulté, au vu de ses nombreuses blessures, et rejoignit son ami dans le passage caverneux.

Alors qu'ils avançaient, ils pouvaient encore entendre les notes qui résonnaient, suspendant leur mélodie dans l'air. Mais l'ambiance était d'une toute autre teneur. Le froid et l'humidité commençaient à transpercer leurs vêtements, paralysant leurs membres devenu douloureux. Même si elle n'en disait rien, la garde souffrait de ses nombreuses blessures qui saignaient et se frottaient contre la pierre, aggravant son état. Après ce qui leur paru une éternité, un point lumineux apparu au loin.

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