Chapitre 53 : Détresse

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Alicia :

Tout est noir. Si sombre que le vide semble absorber toute lumière de la surface plane du monde. Un écrin de folie qui la force à rester debout. La terre tangue, vacille, et s'effondre en un million de parcelles. C'est la Mort qui l'attend. Tout au fond de cette masse grouillante et insensée, une femme d'une infinie beauté se dresse, sereine. Elle ne sourit pas, mais son visage exprime une compassion prononcée.

- Bienvenu Alicia.

La femme soupire. Ses cheveux sont coupés au dessus de ses épaules, bruns, tourbillonnant doucement. Elle sourit devant le silence de la jeune fille. Puis celle-ci ouvre la bouche et écarquille de grands yeux. Elle comprend.

- Je suis morte c'est ça ?

La femme hoche de la tête, prise de pitié. Alors Alicia baisse son regard et observe ses mains, le noir, le vide.

- Je pensais qu'il y aurait plus de... je ne sais pas. Prestige ? Ou alors que l'oublie m'emporterait, comme bien d'autres avant moi, souffla-t-elle.

Son corps n'était pas vraiment là. Mais son esprit et son âme, si. C'est pour cela que la femme en robe s'approcha un peu plus.

- Tu as raison. Tu ne devrais pas être là. Mais une chance t'es donnée.

- Vraiment ?

Sa curiosité réveillée, la jeune fille s'en trouva intéressée. Elle n'avait pas retrouvé toute sa capacité de penser et de réflexion, mais une force puissante la poussait vers cette décision. L'espoir d'un jour revenir sur la terre ferme. Elle ne se souvenait plus exactement ce pour quoi elle était là, dans cette situation, ni ce qui l'avait tué ou qui l'avait aimé, mais elle avait encore une chose à accomplir. Ça, elle en était certaine. Plus que tout, encore.

- Oui. Et tu vas devoir passer des épreuves.

- Comment ça ?

- Tu vas devoir affronter tout ce qui t'as fais du mal dans ta vie antérieur. Toutes ces épreuves qui t'ont misent à terre, rouées de coups et déchiré le cœur. Ces obstacles que tu as finalement réussi à dépasser, ces tristesses, ces peines et ces douleurs. A toi de les surmonter à nouveau et d'atteindre la sagesse, Alicia. D'être en paix et de devenir la personne que ton destin attendait.

La jeune fille essaya de fouiller un temps soit peu dans ses souvenirs, récents ou non, mais elle n'y trouva qu'un vide déroutant, semblable à l'endroit où elle se trouvait.

- Y'a-t-il quelque chose que je dois savoir avant que vous me lanciez dans cette fâcheuse affaire ?, demanda-t-elle inquiète.

- Pas grand-chose. Je serais là, à tes côtés. Tu vas vivre une expérience mouvementé. Et surtout, tu vas beaucoup apprendre en très peu de temps. Car le temps, Alicia, c'est là plus important.

Quand la femme eut finit sa phrase, elle disparu instantanément. Puis, sa tête tourna, encore et encore, jusqu'à lui donner le tournis. Son corps tomba en arrière et percuta le vide. Mais au lieu d'un choc violent, la jeune fille sembla tomber plus profondément que l'espace lui-même. Instinctivement, elle ferma les yeux et serra douloureusement sa mâchoire. Enfin, un rait de lumière perça à travers ses paupière et elle les ouvrit délicatement, méfiante. Un formidable spectacle s'offrit à elle.

Elle était dans une petite cours pavée et le soleil perçait les nuages haut dans le ciel. L'air était pur, clair, et des odeurs printanières gonflaient ses poumons. Un décor digne du paradis.

- Mais où sommes nous ?

La Mort ; la femme ; apparue à ses côtés, calme. Elle ne dit pas un mot. Alicia prit le temps de découvrir l'endroit. Des parterres de fleurs parsemaient les façades des maisons aux couleurs chaudes. Des enfants jouaient, non loin de là. Et à travers la vitrine d'un antiquaire, elle pouvait apercevoir les étalages multicolores d'un marché bruyant. Des gens passaient, l'esprit tranquille et insouciant. Derrière elle une magnifique bâtisse dressait sa façade propre au devant de la ruelle, accompagnant ses voisines dans un camaïeu rassurant. La vie semblait simple. Si insouciante...

GendallOù les histoires vivent. Découvrez maintenant