Chapitre 45 : Prise de conscience

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Héloïse :

Héloïse ne regrettait rien. Aucun de ses choix, aucune de ses décisions. Un mois et deux semaines qu'elle vivait de façon bancale, au rythme du vent sans avoir de prise sur son présent. Elle avait prononcé ces mots. "Alicia Smith je vous démets de vos fonctions". Et si elle devait recommencer, elle répéterait la même phrase, sans hésiter, en gardant son regard encré dans celui de la femme qu'elle aimait. Cette période de temps, cette période de solitude lui avait fait comprendre. Tous les gestes mal interprétés, tous les regards attentionnés, cette sécurité que lui apportait la jeune fille... Héloïse Saint-Clair était pour la première fois tombée amoureuse. Et ce constat, elle l'avait comprit quand Alicia c'était jetée sur Vince. Elle l'avait comprit et surtout, elle avait prit conscience du danger que représentait ces sentiments. Éloigner la chevalier Smith était essentielle si Alicia voulait rester en vie. Une princesse qui tombe pour sa garde ? Impensable. Une princesse amoureuse d'une fille de la campagne ? Autant la mettre au bûcher. Et son père l'aurait fait si il avait comprit. Il l'aurait fait sans regrets, condamnant la soldate pour le seul crime d'aimer. Et ça, Héloïse voulait l'éviter à tout prix. Au prix même de son bonheur et de ce manque béant ressentit depuis un mois et deux semaines.

Ainsi éloignée, Alicia serait triste un temps, mais finirait par oublier ce passé et reconstruirait sa vie, retrouverait quelqu'un à aimer... Son Altesse, elle, se marierait avec Vince, aurait des héritiers et perdurait la tradition. Son destin serait accomplit. Mais c'était sans compter sur la bienveillance des déesses...

A présent, la princesse devait se distraire pour ne pas trop penser. Ne pas trop penser à elle. Et la distraction parfaite était à porter de main. Vince serait l'alibi parfait pour oublier. Pour se perdre et éviter le sujet. Les premiers jours, elle devait faire face à l'absence et au trou sans fond qu'avait laissé Alicia après son départ. Elle était restée 7 jours enfermée dans sa chambre, peignant tous les souvenirs qui lui revenaient en mémoire. Des toiles magnifiques, aux paysages florissants avec toujours la même protagoniste principale. Puis elle avait caché les toiles pour que personne ne les trouvent, preuve directe que son cœur battait pour la mauvaise personne. La semaine écoulée, elle en était ressortie comme une revenante dans le monde des vivants. Seule Nina pouvait l'approcher, alors. Puis au fil du temps, Marc devint son nouveau garde personnel, cependant jamais monté au rang de chevalier.

Vince revint quelques jours plus tard, bouquet de fleurs à l'appuie. Après deux jours de bonne entente, il l'embrassa. Sur le banc froid du jardin d'hiver. Son Altesse avait été étonnée à ce contacte mais n'avait pas répondu à ces lèvres pressées contre les siennes. Elle avait gardé les yeux ouverts, regardant cet homme qui n'était pas le bon, l'embrasser avec passion. Juste après, son père la voyait déjà mariée. Héloïse ne s'y opposa pas et ne fut pas non plus surprise quand Vince passa tous les jours, durant un mois et une semaine, à lui rendre visite avec un sourire charmeur et des farandoles de présents. Il lui faisait la cour sans jamais qu'elle n'y réponde. C'était juste au dessus de ses forces...

Quelque chose avait changé dans son âme. Une détermination sans faille qui forgeait ses responsabilité avec une farouche envie d'accomplir son destin. Une maturité signée Alicia Smith dans toute sa grandeur. Mais quand la nouvelle tomba, que son père le roi vint la chercher pour lui annoncer que Gendall était en guerre, Héloïse craqua. Étoile, son petit chiot devenu un peu plus gros, serré contre son buste, elle relâcha tous ces sentiments retenu durant un mois et deux semaines. Elle pleura à chaudes larmes, ne se retenant pas. Nina l'avait rassurée, frottant doucement sa main dans son dos, mais la princesse était inconsolable. Alors la dame de chambre en était venue à demander conseil à Marc et Thomas, les hommes de la situation. Le Homors était contre l'entrée en guerre et ne soutenait pas la décision du royaume, malgré sa place à la cour il devait lui aussi faire face à la douleur de bientôt devoir décimer son propre peuple et sa famille. Marc, lui, avait su préconiser un traitement de taille : une dose d'Alicia Smith. Et l'idée avait finalement marché.

GendallOù les histoires vivent. Découvrez maintenant