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(PDV Sacha, la sœur)

Je suis terrifiée, sans doute plus que tous les autres autours de moi, j'appréhende tellement les cuves que je m'imagine autant de scénarios catastrophiques, douloureux et terrifiants imaginables.

C'est une escouade de dix hommes qui sont venus nous chercher, ils ont ouvert la porte aussi naturellement que possible, et ne nous ont jeté aucun regard, comme si nous étions des spectres, inexistants. Peut-être que c'est ce que nous sommes maintenant, des choses qui n'ont pas d'existence, de volonté propre, une coquille vide de conscience ; parce que moi, j'ai réellement l'impression de déambuler aux côtés de cadavres.

Je me rends compte que nous somme beaucoup plus libre que je ne l'imaginais. J'ai pu voir, au cours de notre trajet jusqu'aux cuves, plusieurs groupes d'enfants qui se déplaçaient dans les couloirs, sans surveillance. Tous ont la même allure cadavérique, certains plus que d'autres. Je fais tache parmi tout ce monde.

Mon regard accroche un tableau dans lequel on aperçoit une silhouette féminine au milieu d'un immense champ de fleurs, à l'herbe verte qui semble douce. Ces tableaux me font peur, il y en a tellement, de toutes sortes, de toutes les couleurs, ce sont des fenêtres sur une liberté que l'on ne peut qu'entrevoir, observer de loin, en imaginant le bonheur que cela doit être.

On arrive bientôt devant une porte plus grande et plus large que les précédentes. Il y a marqué « Salle 1 » sur son battant, elle a une allure lugubre qui est accentuée par les tableaux qui l'entourent, sur l'un, on peut voir le visage d'un homme déformé par la souffrance, tellement, qu'il n'en paraît plus humain.

- Bienvenue, dit une voix quand la porte pivote sur elle-même, Mes chers enfants.

L'immensité qui s'offre à moi, ouvrant ses bras oppressants, est plus terrifiante que toute éventualité que je m'étais imaginée. Devant moi, s'ouvre la porte d'enfers de souffrances promise.

Une jungle de cuves, de câbles, de tuyau et de matériel médical, il y règne une odeur suffocante et étouffante. Ce sont des aquariums de taille humaine à perte de vue qui s'étalent sous mes yeux, et nous sommes les poissons.

Stupides poissons, leurrés stupidement.

Une femme se tient face à nous, dos aux immenses cuves derrière son dos.

- Bienvenue, répète-t-elle en écartant les bras.

Je suis tétanisée, on me pousse brutalement en avant pour me faire bouger, et je trébuche en avançant. Je me cogne contre quelqu'un aux cheveux rouge et lance aussitôt un rapide « Désolé », mais le garçon bousculé semble être rancunier, car il me lance un regard glaçant, ses yeux jaunes sont si claires qu'ils me frigorifient sur place, il s'éloigne froidement sans plus m'adresser aucun regard. Un peu penaude, je m'avance à mon tour et passe la porte avec appréhension.

Il y a gravé au-dessus de la porte que je franchis une phrase en latin « Quia Vestra Salutem », gravé dans du métal, qui luit sous l'éclairage blanchâtre.

- Mes enfants, sourit-elle, Vous n'avez, aucune, je dis bien aucune raison de vous inquiéter, tout cela est pour votre bien.

Elle s'approche d'un enfant, et lui survole la tête de sa main droite, comme si elle voulait donner l'illusion de lui donner une caresse sans pour autant supporter de le toucher.

- Nous ne voulons que votre bien.

Elle fait un signe aux hommes qui stationnent dans la pièce et ceux-ci viennent progressivement saisir les enfants pour les emmener vers différentes cuves.

Lorsque vient mon tour, je m'aperçois que j'ai droit à un entretien privé avec la femme, de plus près, c'est vrai qu'elle a l'air rassurante, elle a presque une aura maternelle.

- Eh bien, dit-elle en se baissant à ma hauteur, voici la petite nouvelle, je te souhaite bienvenue vingt-six (elle sourit), bienvenue chez toi.

- Je ne m'appelle pas vingt-six, et cet endroit n'est certainement pas chez moi !

- Si, argue-t-elle, tu es née ici et tu as grandi ici jusqu'à ce que cette vilaine femme ne te kidnappe, toi et ton frère.

Je vois rouge, le meurtre sauvage de ma mère est encore trop récent dans ma conscience.

- Ce n'est pas vrai ! je crie à la limite de pleurer.

Elle sourit tristement, mais c'est faux, tout est faux chez cette femme.

- Je m'appelle Madeleine et je peux t'assurer que tout ce que l'on fait ici même, n'est que pour ton bien, pour ton salut et ta sécurité.

- Vous êtes perfide, ce n'est que des mensonges !

Elle a un rictus, et j'entrevoie sa véritable personnalité.

- Nous sommes les seuls, ici, à pouvoir te sauver.

Un médecin s'avance, et me conduit à l'intérieur d'une cuve dont la vitre pivote comme une porte. Je remarque que Madeleine nous a suivi. On me met une perfusion à chaque bras, et plusieurs capteurs sont collés à ma peau sur mes bras, mes jambes et ma tête.

Dans la cuve, le sol est une grille dont le quadrillage s'enfonce dans la plante de mes pieds, quand je vois le médecin saisir le masque à oxygène qui pend à un long tuyau, je m'empresse de demander à Madeleine :

- Me sauver de quoi ?

Elle fait signe au médecin de continuer et s'avance vers moi.

- Mais de toi-même.

La porte vitrée se referme tout à coup dans un claquement sec, je ne comprends pas tout de suite ce qu'il se passe. C'est quand un liquide étrangement scintillant m'arrive aux genoux que je commence à paniquer. Il progresse trop rapidement !

Le masque à oxygène, les grilles, j'aurais dû comprendre plus tôt. J'essaye de briser les vitres, mais c'est un utopisme inatteignable. Les médecins et Madeleine se détournent et je comprends qu'il est trop tard.

Le liquide étrange et légèrement brillant m'arrive maintenant à la poitrine, il me glace progressivement au fil de son ascension, et j'ai la sensation que mon corps ne répond plus, qu'il s'engourdit et s'efface dans une souffrance infinie.

Alors que l'eau ne va pas tarder à engloutir ma tête, j'ai le temps de croiser le regard du garçon que j'ai bousculé un peu plus tôt, il semble me dire « Bienvenue en enfer ».


***

Heyyy les gens !!!✌️

Juste pour m'excuser de ne pas avoir posté hier... J'avoue avoir complètement zappé à cause des exams... Bref, désolé 🙏😅

J'espère que vous allez tous très bien, au passage, et j'espère que l'histoire vous plaît toujours ! Je me répète, mais, si vous voulez faire n'importe quelle remarque, n'hésitez pas à mettre un commentaire ! (mdr, j'ai trop l'impression d'être une forceuse)

Bonne semaine à vous, et à dimanche !!! (si cette fois, je n'oublie pas...)

Byyye 😘

Sacha et SachaOù les histoires vivent. Découvrez maintenant