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( PDV de Sacha, la sœur) :

L'ensemble du monde autour de moi est flou, j'ai l'impression que plus la fatigue me gagne, plus je me repose et plus mon esprit petit à petit se fait engloutir par des méandres tortueux. Je suis allongée, le corps trop las pour bouger mais la conscience éveillée, la main sur le ventre – les fourmillements ont cessé mais elle pulse comme un second cœur. Endormie sans l'être pour autant dans cet état passif et sous l'assaut de mes pensées. Parce que je pense, et que penser n'a jamais été aussi horrible.

L'habituel abandon, si cruel mais pourtant tellement plus facile : Pourquoi ne simplement pas baisser les bras ?

Je n'aime plus dormir non-plus, je vois le visage de ma mère lorsqe je ferme les yeux et dans mes rêves aussi. Comme celui très horrible d'hier soir, j'avais cette impression très angoissante d'être prisonnière d'une boucle sans fin, un peu comme dans ce laboratoire aux couloirs semblables et froids. Cette sensation qui se mue en certitude – celle de savoir que, quoi qu'on fasse, on restera sous leur contrôle.

La porte s'ouvre brutalement et va s'écraser contre le mur. Je sursaute en me redressant comme si j'avais été foudroyée.

- C'est quoi ce bord.. !

Timothée vient de précipiter mon frère à l'intérieur de la chambre et je n'aurais jamais cru que son bras maigre puisse avoir tant de force. Sacha ne tombe pas, mais il retrouve son équilibre sur quelques pas et le jeune scientifique le foudroie du regard.

- Comme si j'avais le temps d'écouter de telles bêtises ! crache-t-il avant de refermer la porte.

Je reste quelques secondes à contempler la porte, en essayant de réaliser qu'un ouragan est passé et déjà reparti. Un chose est sûre, l'ours avait l'air furieux (je suis assez contente de ce sobriquet).

- Qu'est ce que tu lui as fait ? je demande en me tournant vers Sacha.

« Arrête de sourire » réplique-t-il en s'asseyant sur son lit, « Je n'ai rien fait de vraiment... spécial.»

Je pousse le drap au fond du lit et me tourne pour être face à lui. Puis je déclare avec un air très sérieux :

- Sacha, tout ce qui peut mettre cet énergumène en rogne est spécial. Alors, raconte !

Il paraît un peu gêné, se dandine un peu sur son lit puis ose dire du bout des lèvres :

« Je... lui ai peut-être proposé de s'évader avec nous. »

- Quoi ?!

Je reste muette l'espace d'un instant, et à son regard qu'il détourne je sais qu'il avait anticipé ma réaction.

- Mais t'es débile ou quoi ?! T'es allé raconter à ce type qu'on voulait s'évader, et s'il racontait tout ? Tu imagines tout ce qu'on pourrait nous faire subir !

Je le vois qui tente de parler, de défendre sa cause pour ne pas simplement subir mes foudres, mais je le coupe en pleine élan.

- On m'a raconté des choses horribles ! C'était totalement inconscient Sacha !

« Oh ça va calme toi ! Tu n'es pas ma mère non plus ! » s'exclame-t-il sans doute un peu frustré 

de ne pas pouvoir en placer une.

Je me fige. Il dégluti et je le sens frissonner.

« Ce que je voulais dire », commence-t-il plus doucement et d'une voix un peu désolée, « C'est que je savais qu'il ne dirait rien. »

Sacha et SachaOù les histoires vivent. Découvrez maintenant