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(pdv Sacha, la sœur)


La femme me pousse en avant et je sens ses doigts froids dans mon dos qui me donnent envie de courir me réfugier ailleurs. Je lui jette un regard, mais elle a le visage fermé et porté droit devant elle, obéissant. En avançant timidement dans la pièce, je me demande laquelle de nous deux est réellement prisonnière.

Je sens le sol froid sous mes sabots de toile, mais c'est l'odeur chimique de cette salle qui me fait frissonner. À droite de la porte, il y a une grande vitre transparente qui donne sur une pièce blanche et simple ; à gauche une dizaine de yeux scrutateurs qui nous décortiquent méticuleusement comme si leurs rétines pouvaient nous passer au rayon X.

- Avancez, avancez, nous intime un vieux monsieur dans un geste impatient.

J'obtempère silencieusement en sentant mon ventre se tordre et je serre un peu plus la main de mon frère. Celui-ci semble tout autant dépassé par les événements que moi, il tripote le bord de sa chemise depuis tout à l'heure si bien que je suis sûre que les fils distendus finiront par faire un trou.

- Voici les sujet 26 et 27, présente le vieux monsieur en blouse blanche, Ce sont les deux sujets rouges qui sont arrivés il y a quelques semaines, vous les connaissez, ils ont fait parler d'eux hier.

Je déglutis. J'ai du mal à me rappeler tous les événements survenus hier soir et le récit épique que m'en a fait mon frère ne m'aide pas à le croire. Enfin, des filaments dorés ? C'est absurde.Ce n'est visiblement pas le cas des scientifiques qui ont l'air plutôt convaincu.

- Il ne nous reste plus qu'à attendre le retardataire, déclare une femme aux longs cheveux roux en regardant sa montre.

Je jette un regard au visage exsangue de Sacha qui se tortille sur place. J'ai l'impression que les vapeurs d'éthanol me montent à la tête et je ne supporte plus le fait de simplement devoir attendre.

- Excusez-moi, dis-je tandis que Sacha se tourne brusquement vers moi.

« Qu'est-ce que tu fais ?! » S'exclame-t-il dans ma tête.

- J'aimerais savoir ce qu'on fait ici ? je continue en l'ignorant.

Tous ces personnages en blouse et à la tête d'ahuris ont l'air étonné, comme s'ils réalisaient pour la première fois que, sans rire, je pouvais parler !

- Vous allez participer à l'essor de la science ! nous répond la dame rousse dans une exclamation satisfaite.

- Et ne faites rien d'insensé, rajoute le vieux scientifique devant ma grimace (il nous désigne la salle blanche derrière la vitre. ), Cette pièce a été prévue pour vous en cas de besoin.

C'est à ce moment précis que la porte derrière nous s'ouvre à la volée et s'écrase contre le mur. Pour une entrée fracassante, c'est une entrée fracassante, songeai-je en m'écartant d'un pas.

- Quoi, encore ?! S'exclame une voix des plus exaspérée.

Difficile de mettre plus de mépris dans deux mots.

- Sur un autre ton, jeune homme, réplique aussitôt Madeleine qui apparaît à sa suite.

Le gamin qui vient de faire une entrée fracassante – car il a l'air d'un gamin chétif – laisse entrevoir une légère surprise de voir Madeleine surgir derrière lui, une expression néanmoins bien vite remplacée par une grimace suffisante.

Mon frère le détaille curieusement, et il faut dire que ce nouvel arrivant a tout d'un excentrique. 

Il est maigre comme un clou, ses pommettes sont saillantes, mais il garde les épaules droites et une assurance collée sur le visage à la limite de l'arrogance. Malgré sa petite taille, on sent que ce type en impose par son intellect et qu'il en a parfaitement conscience. Ses cheveux blonds sont mi-longs et je sus presque sûre que leur brillance n'est due qu'au fait qu'ils sont gras.

Sacha et SachaOù les histoires vivent. Découvrez maintenant