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Sacha (la sœur) :



- Tu veux nous faire croire qu'après t'être tant moquée de nous, tu souhaites t'évader à ton tour ? dis-je avec ce ton sceptique que je n'emploie que lorsque la situation devient tendue.

Jeanne me jette un regard fou, ses yeux azur se mirent d'une lueur jaune sous l'ampoule branlante du plafond. Elle se recoiffe sommairement en jetant ses lourdes boucles derrière son épaule et prend le temps de laisser ses mots s'imposer lorsqu'elle les articule :

- Je suis votre meilleure chance. Et au risque de me répéter, sans moi, vous mourrez très probablement.

Je regarde Sacha, lui non plus ne semble pas savoir sur quel pied danser - Jeanne possède cette image de je-m'en-foutiste bien trop ancré dans mon esprit pour que je puisse la prendre au sérieux.

- Ça reste une mauvaise idée, affirme Timothée qui s'était glissé derrière nous.

Le jeune scientifique soulève doucement le couvercle d'une boîte métallique qu'il a visiblement sorti du sac que je transportais. Voilà donc pourquoi il était si lourd. Je le zieute pas vraiment discrètement, il termine de vérifier tout un grand dispositif, quelques leds clignotent et une légère vapeur s'échappe sous le couvercle. À son contact, Timothée frissonne violemment et j'en déduis que ce doit être assez froid.

C'est marrant de le voir en si mauvais état, je parle de Timothée, - non pas qu'il ai l'air moins malade en générale – il a les mains nerveuses lorsqu'il manipule une minuscule capsule dans laquelle flotte une sorte de pilule grise aussi fine et petite qu'un grain de riz. Je sens mon frère suivre mon regard et fixer à son tour Timothée, ce doit être la paire d'œil de trop car les iris polaires du scientifique se braquent subitement sur nous.

Je me demande si c'est de la peur que j'éprouve lorsque je me détourne immédiatement.

- Donc ? intervient Jeanne.

- Quoi ? je demande, surprise.

- Vous avez l'air suffisamment détendus pour m'ignorer. J'en déduis que vous accompagner dans votre évasion ne sera guère un problème.

« Quoi ?! » réagit à son tour mon frère avant de se raviser lorsqu'il se rappelle que Jeanne ne peut pas l'entendre.

- Comment on pourrait te faire confiance ! je m'exclame alors que Jeanne tire un tabouret vers elle pour s'asseoir.

- Vous n'avez pas le choix ! fait insolemment l'adolescente en guise de réponse, C'est ça qui est génial !

- Mais ce n'est pas pour autant que vos nouvelles chances de survie sont optimales, lance Timothée à la cantonade.

- Mais je suis sûre qu'elles le seraient si tu nous accompagnais, réplique Jeanne en lui faisant un clin d'œil. En plus, la seule sortie se situe dans l'aile Ouest, et qui de mieux placé que moi pour vous y conduire ?

Le scientifique garde sa mine renfrognée.

- Tu as dû y aller quoi... trois fois, peut-être quatre ? répond-t-il en fermant le couvercle de sa boite métallique.

- Mais au moins, moi, j'y suis allée, chantonne Jeanne avec une moue moqueuse, C'est une aide précieuse, tu ne crois pas ? Surtout si l'on sait que les plans de l'aile Ouest sont tenus secrets ! Personne n'est censé pouvoir sortir d'ici.

« Comment a-t-elle pu y aller alors ? » demande Sacha en me regardant.

Je décide de jouer les traductrices et m'adresse à Jeanne :

Sacha et SachaOù les histoires vivent. Découvrez maintenant